Quelqu'un marchait sur ma tombe
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1963
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- ISBN: 978-2265056541
- Жанр: Криминальные детективы
Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
— Je voudrais que vous me compreniez, implora-t-il. Ce n’est pas une évasion que vous venez de réussir, c’est une exhumation. Une évasion, c’est un truc qui se prépare de l’intérieur : on creuse un trou, on affûte une cuillère, on tresse ses draps et surtout, oui surtout, on y pense ! Évader est un verbe pronominal. On n’évade pas quelqu’un : on s’évade. Moi, personne ne m’a prévenu. J’étais entre mes murs comme un mort entre ses planches. Je ne savais même pas que quelqu’un marchait sur ma tombe ! Vous voudriez me réanimer d’un coup et que je revive aussi vite qu’on meurt d’embolie ? Impossible ! J’ai mis des années à crever, moi !
Paulo essuya la grosse larme qui dégoulinait sur ses joues fripées.
— Vous voyez, Lisa, balbutia le petit homme. Nous avions tout prévu, tout, sauf ses réactions.
20
Les pompiers réussirent à fixer des grappins sous le fourgon. Avec des grincements aigus, les treuils se mirent en action ; les chaînes se tendirent et la masse sombre du véhicule s’arracha lentement à la vase.
Le commissaire surveillait l’opération, les mains aux poches, son éternel cigare planté dans sa bouche déformée.
Un policier en uniforme s’approcha de lui et fit claquer ses talons.
— J’ai une déclaration à vous faire, herr commissaire, dit-il.
Le commissaire considéra l’homme avec intérêt.
— De quoi s’agit-il ?
— Dans le bureau d’un entrepôt il y a un groupe d’hommes et une femme.
— Eh bien ? fit le magistrat intrigué.
— Je leur ai posé des questions, comme à tous les gens du quartier…
— Et alors ?
— Ils m’ont tous affirmé n’avoir rien vu et je suis reparti en estimant que tout était normal. Seulement quelque chose vient de me revenir à l’esprit. Sur le moment, j’ai enregistré ce détail mentalement, sans m’y attarder…
— Quel est-il ?
— L’un des hommes portait un pantalon d’uniforme.
— Uniforme marin ?
— Non, herr commissaire. Uniforme de motard !
— Vous êtes sûr ?
— À peu près, herr commissaire !
Le commissaire regarda le fourgon sortir de l’eau.
— Qu’on cerne immédiatement l’entrepôt en question, ordonna-t-il. Ne laissez sortir personne. Mais n’intervenez pas avant que nous ayons examiné l’intérieur du fourgon.
Quelque part, la demie de sept heures retentit. Le policier regarda sa montre.
— Ce clocher avance de cinq minutes, fit-il.
21
Warner entra en trombe dans le bureau.
— Ça y est ! le bateau accoste.
— C’est pas dommage ! soupira Freddy, ivre de soulagement.
— Qu’est-ce qu’il dit ? demanda Paulo.
— Voilà le barlu !
Warner partit dans une longue tirade. Lorsqu’il eut achevé, Frank se tourna vers Gessler.
— Ce qui veut dire ?
— Il dit qu’ils ont placé des sacs sur le quai et que vous devrez ramper derrière pour atteindre la caisse sans être vus. La police foisonne.
— Il faut y aller, décida Lisa en enfilant son imperméable. Viens, Frank !
Frank acquiesça.
— Paulo et Freddy, embarquez les premiers, nous vous suivons.
— Surtout ne lambinez pas, hein ! s’inquiéta Paulo.
Il porta deux doigts à son oreille, en un salut qui ressemblait à une pirouette.
— Personnellement je vous dis merci, Gessler, dit-il. Votre tête ne me revient pas tellement, mais je vous dis merci quand même.
Les deux hommes sortirent par l’entrepôt.
— Alors on se quitte, maître ? fit l’évadé.
Gessler hocha la tête.
— On se quitte.
— Sale moment pour vous, n’est-ce pas ?
— Un moment préparé, minuté, riposta Gessler sans se départir de son calme.
— En me faisant évader, vous saviez que vous alliez perdre Lisa…
— Je le savais.
Lisa craignit de voir son ami repartir dans une nouvelle crise.
— Dépêchons-nous ! supplia-t-elle.
— Attends, jeta Frank avec un geste d’agacement.
— Le bateau, lui, n’attendra pas, assura Gessler.
— Vous l’aimiez et vous acceptez de la perdre ? ironisa Frank. Quelle grandeur d’âme !
— Qui vous dit que je la perds ? objecta Gessler.
— Partons vite, Frank ! insista la jeune femme. Le bateau…
— J’arrive, promit l’évadé. J’arrive…
Il prit Gessler par le bras, familièrement.
— Tout à l’heure, j’ai reconstitué symboliquement ma cellule et je vous y ai fait entrer en me disant : « S’il fait un pas pour en sortir je l’abats. » Vous en êtes sorti et pourtant je n’ai pas tiré…
Il sortit de sa poche le pistolet de Freddy.
— C’est dur de tuer un homme qui aime la même femme que vous ! Beaucoup plus dur qu’on ne croit.
Baum donna un coup de pied dans la porte de l’entrepôt. Il n’entra pas. Fiché dans l’encadrement, les poings aux hanches, il avertit :
— Arrivez tout de suite, les autres sont déjà à bord et le bateau va partir.
Lisa se suspendit au bras de Frank.
— Tu ne comprends donc pas ! Il faut faire vite ! Vite ! Le bateau…
Baum disparut en levant les bras au ciel pour montrer qu’il renonçait à comprendre.
Frank pointa le pistolet sur Gessler.
— Je crois très sincèrement que votre mort m’apaiserait, Gessler. Mais je n’ai pas le courage de vous tuer.
— Cela vous regarde, fit l’avocat avec un suprême détachement.
Frank cueillit la main pantelante de Lisa, lui ouvrit les doigts et logea la crosse du pistolet dans le creux de sa main.
— C’est Lisa qui va s’en charger, assura-t-il. N’est-ce pas, Lisa ?
Elle regarda l’arme, hébétée.
— Mais, Frank, fit-elle plaintivement, qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je te demande de dire adieu à ton professeur d’allemand, Lisa. Je t’offre l’occasion unique d’effacer ces cinq années de cauchemar.
Elle comprit enfin et lâcha le pistolet comme s’il lui avait brûlé la main.
Frank le ramassa sans se presser et le lui replaça entre les doigts.
— Tu abats Gessler et ce sont dix-huit cent vingt-deux jours qui se volatilisent. Dix-huit cent vingt-deux jours que nous n’aurions jamais dû vivre. Tout recommence, Lisa ; tout ! Le jour se lèvera demain sur un Danemark tout neuf !
— Mais non, Frank, soupira Gessler, vous vous trompez encore : on ne cache pas le blé en l’enterrant.
— Le bateau part dans dix secondes, aboya Frank, alors tire !
— Jamais ! protesta Lisa.
— Si tu tires, reprit-il avec ardeur, je saurai que tu n’as jamais été sa maîtresse. Je saurai que tu n’as jamais rien éprouvé pour lui…
— Mais si tu ne tires pas, je pars sans toi ! Décide : le moment est venu pour toi de dire adieu à l’un de nous deux.
Gessler sortit son mouchoir pour essuyer un peu de sueur sur son front.
— Vous pouvez tirer, Lisa, fit l’avocat. Je me sens accroché à la vie de façon si précaire.
Elle secoua la tête.
— Adieu, Lisa ! jeta Frank en se dirigeant vers la porte.