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Du brut pour les brutes

Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:

Boris Alliachev, vous connaissez ?
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
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— C’est moi, gazouille le brigadier.

— Que Jeannot a poussé l’amabilité jusqu’à m’escorter ici. On discute le bout de gras. Je fais une flambée dans la cheminée… Reconnais que c’était plutôt sinistre, cette baraque délabrée, la nuit, avec un cercueil…

Force m’est bien d’admettre que ça ne vaut pas une virouze aux Folies-Bergère…

— Voilà-t-il pas que dans un placard mural, je déniche des bouteilles de rouge…

— Il y en avait une de rosé ! précise le gendarme qui a le souci de l’exactitude.

— C’est vrai, reconnaît Pinaud, du rosé d’Anjou…

« Bref, on a voulu tuer le temps. Tu sais ce que c’est ? Une chose en amenant une autre… »

— J’ai vu.

Pinuche passe à la contre-offensive :

— Sans te vexer, tu aurais été à notre place, je me demande si…

— Pardon, m’insurgé-je, insulte à son supérieur ?

— Fais pas la mauvaise tête…

Ayant d’autres chats à fouetter, comme le dit si justement Mme Soraya, je creuse un trou dans la conversation, j’y enfouis la hache de guerre et la recouvre de questions professionnelles.

— A part vos libations, quoi de nouveau ?

— Rien, dit Pinaud, la fille du comte de Souvelle est une belle peau d’hareng. Elle fait la morte, elle aussi. On va enterrer monsieur son père sans qu’elle vienne lui jeter une goutte d’eau bénite…

— Elle a reniflé le piège, observe Béru. Pas folle, la guêpe…

— A quelle heure l’enterrement ?

— Onze heures quinze, fait Jean Névudautre dont le beau-père, je l’apprends par la suite, est chef de gare.

Je mate mon cadran romain. Il est dix plombes.

— Qui s’est chargé des formalités avec les pompes ?

— La municipalité… Les de Souvelle n’ont plus un fifrelin. Tu te rends compte ? Un comte. Avoir eu des arrière-grands-pères croisés, d’autres porte-coton, d’autres guillotinés, et se faire enterrer aux frais de la princesse…

— Qu’est-ce qu’on fait ? tranche Béru que l’atmosphère des lieux débilite.

— On attend l’heure des funérailles ici.

— Et puis ?

— Nous assisterons à celles-ci, sauf toi. Tu resteras ici…

— Pour quoi fiche ? grogne le Béru morose.

— Pour surveiller.

— Tu espères que la souris va venir in extremis…

J’examine la question avec une loupe d’horloger.

— Ma foi oui, quelque chose me dit qu’elle sera attirée par la mort de son père… J’ai eu des… heu… contacts avec cette fille, dans le fond elle m’a paru fofolle, mais pas foncièrement mauvaise…

— T’as le cœur sur la main, ricane le Gros dont l’amertume, aujourd’hui, est plus véhémente que celle du Fernet-Branca.

— En apprenant que son père s’est suicidé, elle a dû éprouver un choc. J’ai confiance…

— Eh bien, dans deux plombes nous serons fixés…

L’atmosphère s’alourdit. Nous attendons l’heure des obsèques en grillant des cigarettes.

Au bout d’un moment, Pinaud murmure :

— Je ne sais pas si tu es comme moi, Jeannot, mais j’ai la migraine…

Le brigadier s’insurge. Il n’a jamais de migraine. Il fait toujours très bon dans sa tête ; je suppose que c’est entièrement climatisé.

— Voyez-vous, ajoute compère Pinuchet en me guignant du coin de son œil mité, je prendrais bien deux comprimés d’aspirine dans un grand verre de vin blanc… C’est radical…

— Après l’enterrement, tranché-je. C’est l’expiation, Pinuche.

Il se renfrogne.

Rien n’est plus sinistre que cette attente en ces lieux désolés. Je comprends la faiblesse de mon collaborateur et je l’excuse. Il faut avoir des nerfs d’acier pour passer la nuit seul dans cette cahute.

Enfin il se produit un peu d’animation. Vingt minutes avant l’heure prévue, des nabus du cru se radinent loqués de noir, avec des chemises propres. Ils attendent dans la cour d’horreur du château. Je tire Névudautre de la croisée.

— Vous connaissez ces gens ?

— Faitement : le père Méable et ses deux fils…

— Si vous apercevez quelqu’un d’inconnu dans l’assistance, vous me le désignez.

— Avec plaisir…

Ça continue d’arriver. On a droit à la veuve Clitos, la tenancière du village, escortée de sa belle-sœur ; puis à Mésédile, le maire, flanqué d’une partie du conseil municipal. Vient la fanfare, dirigée par Albert Lioz, le grainetier… Toujours pas d’inconnus en vue. Le Béru jubile. C’est une espèce de pari informulé entre nous deux. Moi je sens Monique, lui il a le nez bouché.

Le brigadier énumère les arrivants, comme un valet de grande maison annonce les invités :

— Le père Turbet, l’éleveur de volailles… Noisette, l’idiot du village… Louis Trèze, le brocanteur… La Victorine Denice et son mari le bourrelier…

Enfin on voit danser une croix dorée au-dessus des têtes.

— Voilà le curé, annonce le gendarme.

— On l’enterre à l’église, bien qu’il se soit suicidé ? s’étonne le Gros.

— Un comte, riposte Névudautre, vous ne voudriez pas qu’on le foutasse dans un trou comme un malpropre !

Nous sortons alors parmi la foule pour assister, témoins passifs mais attentifs, au déroulement des opérations.

— Alors, je reste ? soupire le Gros.

— Oui.

— Tu crois que c’est utile ? Réfléchis, si la gonzesse se radinait, poussée par le remords, elle irait directo à la cérémonie ?

— C’est pas certain… Cesse de discuter et fais ce que je te dis. Tu n’as pas peur, j’espère ?

Il hausse les épaules.

— C’est pas la question, seulement qu’est-ce que tu veux, aujourd’hui j’ai le bourdon.

— Eh bien ! gloussé-je, car j’ai énormément d’esprit, pas du meilleur mais du plus efficace. Eh bien, sonne-le ; c’est de circonstance.

Là-dessus, je me joins au cortège qui vient, si j’ose m’exprimer ainsi, d’emboîter le pas à Souvelle. En effet, ce dernier est porté à dos d’hommes. Ils sont quatre costauds à le coltiner vaillamment par les chemins ravinés. La flotte continue de tomber. La voix du vieux curé est plus désespérante que celle de Sylvie Vartan…

On s’en va, cahin-caha, à l’église.

Pinaud trébuche contre chaque pierre.

Il me chuchote :

— Pendant la messe, tu permets que j’aille prendre mon aspirine ? J’ai le cerveau qui grince…

CHAPITRE XIII

DE L’ENTERREMENT CONSIDÉRÉ COMME UN SUPER-SPORT

Le chant maigrelet d’une dame mal honorée par son époux débite des cantiques tandis qu’un vieux mironton à binocle pédale sur l’harmonium avec la hargne d’un Bobet escaladant le Galibier.

Les pégreleux de Courmois-sur-Lerable somnolent sur leurs prie-Dieu en attendant la fin de l’office religieux. Pinaud est allé lichetrogner du muscadet de Bercy au troquet voisin en compagnie de son cher brigadier. Et le gars Moi-même, l’homme à qui je porte tant d’estime, réfléchit au son de l’harmonium. C’est la musique ad hoc pour qui se penche sur les problèmes de l’espèce humaine. Un conseil, les gars : lorsque vous voudrez vraiment prendre vos mesures, allez le faire derrière un cercueil. Je me dis que la vie est une drôle de fumisterie. On se bigorne avec elle. On saute les uns après les autres les obstacles qu’elle s’amuse, la perfide, à dresser devant vous. On se dit que c’est le dernier, mais il y en a toujours de nouveaux, et le manège continue jusqu’à ce qu’on rate le dernier et qu’on se casse le gicleur…

Je pense à ce pauvre comte, à ses passions, à ses malheurs… Lui aussi a sauté aussi longtemps qu’il a pu. Hop ! Hop ! Hop ! encore ! Encore ! ENCORE ! Et puis un jour, il n’a plus pu. L’obstacle lui a semblé trop haut, trop perfide ; ou bien il a réalisé l’absurdité du système. Il s’est dit que d’autres haies s’interposaient à l’infini entre son présent et son futur. Il a essuyé le coup de pompe. Un tout petit bout de plomb contenait tout ce qu’il fallait pour stopper la ronde insensée, la ronde morne et tuante…

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