Tango chinetoque
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #60
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
— On est déjà à Villeneuve-Saint-Georges ?
— Presque.
Il s'assied en geignant, se masse les lampions entre le pouce et l’index, ce qui produit un curieux petit bruit de girouette surmenée par le Mistral, et murmure :
— Je rêvais que je rentrais de la Côte d'Azur avec ma Berthe, et qu'on se tapait un morceau de calendos dans le train…
— Viens, Mec, tranché-je, c'est pas le moment de potasser la clé des songes, on les met.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Il se passe que ton ami Lang Fou Ré est un salopard et qu'il appartient aux services secrets chinois. Si on reste sous sa tutelle, d'ici pas longtemps et peut-être avant, on va se retrouver au paradis.
— Lui, t'es dingue, proteste Bérurier, toujours généreux dans ses sympathies. Y-a pas plus chouette que ce gars-là. Il nous l'a prouvé, je crois !
— Du bluff, Béru. Du bluff. C'est une manœuvre.
— Comment que tu le sais ?
— La cousine ! Je lui ai fait son gala de l'Union. Et ça l'a tellement chavirée qu'elle m'a mis au parfum ! Elle va essayer de nous sauver la mise, alors si tu peux te déplacer sans casser la vaisselle ni renverser les tables, c'est le moment !
Il branle le chef.
— Pas d'accord, San-A., déclare-t-il. Si Lang Fou Ré nous double, je tiens à lui mettre mes poings sur les z'i avant de filer.
— Les représailles sont un luxe qui n'est pas dans nos prix, tranché-je. Allez, ouste, arrive !
On s'engage dans le raide escadrin. La belle Vao est en bas qui nous attend.
Je passe le premier, Béru suit en soufflant fort. A mi-parcours, il rate un échelon et achève sa descente en chute libre. Ça fait un bruit terrible. Un sac de farine tombant d'un troisième étage sur un plancher vermoulu.
Les lames de bois peuvent pas résister et le Gros se retrouve déguisé en homme-tronc.
Je l'aide à s'extraire de sa fâcheuse position. A cet instant, le camarade Lang Fou Ré surgit, les carreaux encroisillonnés de sommeil.
— Que se passe-t-il ? demande l'agent du Grand Poû La Gha.
En une seule enjambée je suis sur lui.
— Ça ! dis-je simplement.
Mon crochet au menton le décolle du sol. Il fait un vol plané et s'abat à la renverse, les bras en croix, plus K.O. qu'un cheminot venant de prendre une ruade de locomotive dans le tarin.
CHAPITRE NEUF
Je ne sais pas si les Chinois sont aussi impassibles qu'on veut bien le dire, en tout cas je puis vous assurer que certaines Chinoises, elles, le sont.
Exemple, la resplendissante Vao Dan Sing qui regarde maillocher son cousin d'un œil indifférent.
Elle ressemble à une belle chatte siamoise qui regarderait se déchirer des matous pour ses beaux yeux bleus.
— Et maintenant partons ! fait-elle de sa voix unie.
La nuit est limpide comme un torrent de montagne. Les étoiles brillent comme des cailloux. Vao Dan Sing marche devant nous, d'une allure souple et féline. Quelle belle bête il y a là, cré bon gu ! En voyant onduler ses hanches, ma parole d'homme, je remettrais aussi sec le couvert.
Béru louche aussi sur le valseur de mademoiselle puisqu'il murmure à un certain moment :
— T'as pas dû t'embêter, gars !
— La chose revêtait effectivement un certain intérêt, phrasé-je.
— Elle a le baigneur monté sur roulement à billes, cette Miss Camomille ! Quand tu lui interprètes le grand air de Cavaleria Rusticana, tu dois avoir l'impression de courir le prix de Diane !
— Chasse tes idées salaces, Gros, l'heure n'est plus à la jambons party.
Vao nous drive avec beaucoup de sûreté dans des ruelles de plus en plus étroites et biscornues. Arrivée à un croisement, elle s'immobilise brusquement et nous fait signe de nous planquer sous un auvent.
Deux policiers en uniforme patrouillent. Ils avisent notre cicerone et l'interpellent.
Sans se départir de son calme, Vao s'approche d'eux et leur jacte des explications qui, vraisemblablement les satisfont puisqu'ils reprennent leur ronde.
— Que leur avez-vous dit ? murmuré-je après l'avoir rejointe, une fois l'alerte passée.
— Que j'allais chercher un médecin pour mon père malade.
— Où nous conduisez-vous ?
— Dans un entrepôt que nous possédons non loin d'ici. Vous vous y cacherez en attendant que je trouve une voiture.
— Une voiture ! m'exclamé-je.
— Une de mes camarades travaille aux Va Ghon Li Couk, c'est elle qui assure le service postal entre le rail et la grand-poste de Chou Far Si. Je vais lui demander de me prêter l'auto de son service. A bord d'une voiture de l'administration nous serons en sécurité.
Quelques minutes plus tard, elle nous introduit (à charge de revanche) dans un vieux hangar pourri, couvert de toile goudronnée. Un capharnaüm plus lamentable que celui de l'échoppe du vieux magot s'empile dans le local.
— Pendant mon absence, vous allez rester dans l'obscurité, nous recommande-t-elle, il ne s'agit pas de signaler votre présence.
Je la saisis dans mes bras.
— Vao, mon cher amour ; vous êtes la fille la plus sensationnelle qu'il m'ait été donné de rencontrer, mens-je (vu que, j'en ai rencontré d'autres).
Elle frotte ses petits seins contre ma poitrine. Dans le noir je cherche et trouve ses lèvres ardentes. Notre baiser passionné se prolonge, vachement fameux.
— Après vous s'il en reste, soupire Bérurier.
Nous nous séparons, elle et moi, à regret, la bouche blasée.
— Dans quelle région de Chine souhaiteriez-vous aller ? s'inquiète Vao.
— Je n'en sais rien, lui répondis-je.
— Je ne vois pas son regard, mais à sa voix je le devine bourré d'incrédulité.
— Vous faites un drôle d'enquêteur !
— A vrai dire, ma chérie, je sais ce que je cherche, mais j'ignore où cela se trouve. Probablement dans une région désertique.
— Si vous me disiez ce dont il s'agit, peut-être pourrais-je vous orienter ?
Il est des circonstances dans la vie où l'agent le plus secret doit se confier. Je me dis que ça n'est pas en jouant Motus (pièce en trois actes de Vivendi d'une façon systématique que j'arriverai à dégauchir cette saloperie de base.)
— Votre pays s'amuse à balancer des satellites, révélé-je. Ce sont les plus gros engins jamais propulsés dans le cosmos. Pour réaliser ce tour de force, il faut de l'espace, ce n'est pas depuis la terrasse du Pékinois Libéré qu'on peut opérer des shoots de cette ampleur !
— Nous devons donc longer la limite du Sinkiàng, assure-t-elle résolument.
Son nous me va droit au cœur. Elle n'a pas froid aux châsses, ma nouvelle conquête.
Je dois l'avoir particulièrement bien réussie pour qu'elle abandonne tout et affronte les pires dangers. On ne chantera jamais assez l'abnégation des femmes.
Elle part. Nous nous asseyons (à tâtons) sur des ballots (ce genre de sièges convenant admirablement au Gros) et nous attendons. Le silence est profond. Mais voici que, tout à coup, un frôlement se fait entendre contre la porte du hangar.
— V'là de la visite, chuchote le Mastar dont l'ouïe est fine quand il ne dort pas.
Le frôlement se fait plus insistant. La porte bouge. De toute évidence quelqu'un tripatouille la serrure.
— Qu'est-ce tu crois qu'il s'agit ? demande Béru.
— Peut-être un cambrioleur, supposé-je.
— Ce serait le comble, il pourrait pas venir à un autre moment ?
— Tu sais, même en Chine, ces messieurs sont plutôt équipe de nuit !
On tâtonne dans l'ombre à la recherche d'un truc contondant qui nous permettrait d'infliger au visiteur du soir l'accueil qu'il mérite.