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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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– J’engage Votre Excellence à se rendre sur-le-champ chez monsieur le chef de la sûreté, à la préfecture, dit-il en se levant à son tour. Ce mot servira d’explication et, là-bas, l’autre billet pourra trouver son emploi.

Il salua respectueusement, et le duc prit congé.

Aussitôt qu’il fut sorti, le commissaire sonna. Picard entra.

– Il y a quelque chose là-dessous, lui dit le commissaire. Est-ce que la jeune femme est jolie?

– Plus que jolie, répliqua Picard. Elle est à croquer, malgré ses yeux rouges et ses pauvres joues pâles.

– Faites venir Rioux.

Rioux était un assez vilain bourgeois, mais un bel agent. Son profil affectait un peu la forme fuyante des têtes de levrettes, mais, en dépit de l’évangile phrénologique, il ne manquait pas d’intelligence. Il arriva tout soucieux.

– Ce duc avait sa voiture à la grande grille, dit-il; quoiqu’il soit entré au Jardin des Plantes par la porte de la rue Cuvier. C’est drôle.

– Et la voiture a suivi au pas derrière le monde, par le pont d’Austerlitz, ajouta Picard, elle attend à la porte.

Le commissaire consulta sa montre d’un air égrillard.

– Chacun a ses petites histoires d’amour, fit-il en ramenant les faces de ses cheveux: ce sont des sauvages qui roucoulent comme des tigres, là-bas. Celui-ci n’a pas inventé la poudre. Je l’ai envoyé à la préfecture pour la règle, mais je ne serais pas fâché que le pot aux roses fût découvert par nous. Attention! il y a une prime.

– Le grand seigneur m’en avait l’air, répondit Picard. Je suis resté pour ça.

Rioux étendit les cinq doigts de sa maigre main.

– Preu! dit-il comme les enfants au jeu. J’ai un truc.

– Moi aussi, s’écria Picard. Ecrivons!

Ils saisirent à la fois leurs carnets, qui ne brillaient pas par la propreté, et tracèrent une ou deux lignes au crayon. Le commissaire lut d’abord le truc du brigadier et dit: Pas mal! Il jeta les yeux sur celui du sergent de ville et se prit à rire.

– Le même! fit-il. Ex aequo. Ça doit être bon. Carte blanche et cent francs de mise en train pour les frais. Cinq cents au gagnant. À Dieu vat!

Rioux et Picard se précipitèrent dehors.

Le commissaire avait lu sur leurs carnets la même phrase, écrite lisiblement, avec des orthographes diverses, mais également fautives.

«Faire aujourd’hui même l’épluchage de la foire au pain d’épice.»

Rioux et Picard montèrent fraternellement en fiacre place Mazas, car il s’agissait de se hâter.

– Ma vieille, dit Rioux, la prime ne nuit pas, mais j’y mettrais du mien pour retrouver la petiote.

– Rapport à la jeune dame, répliqua Picard, compris, le sentiment, je le partage.

– Et on va y aller comme des tigres pas vrai?

– À l’œuf! mêle-t-on?

– On mêle… Au galop, le cocher!

Saladin ne se doutait guère d’être serré de si près.

Il ne savait pas que l’ennemi allait l’attendre dans ses propres quartiers.

Il avait manœuvré comme un ange, et nous ne pouvons nous dispenser de donner au lecteur les détails de son expédition, en faisant toutefois observer qu’il était bien jeune. On ne peut demander la perfection à la quatorzième année. Plus tard, il devait se comporter mieux encore.

Les enfants sont conduits par de singuliers caprices, et Petite-Reine avait les défauts de ses qualités. À force d’être sociable et «gentille avec le monde», elle arrivait à être un peu banale, toujours prête à prodiguer des caresses, pour faire naître ces sourires d’admiration qui partout l’accueillaient. Elle aimait son succès, il lui fallait sa vogue, et la Gloriette, hélas! n’avait pas peu contribué à exalter ce besoin d’être adulée.

Ces murmures d’admiration que soulevait le passage de l’enfant-bijou c’était la vie, c’était le bonheur de la pauvre Gloriette.

Au Jardin des Plantes, quand pour la première fois le regard de Petite-Reine était tombé sur madame Saladin, l’impression avait été une vive répugnance et un mouvement de frayeur instinctive. Le voile bleu pendu au béguin, surtout, lui faisait peur.

Sans le hasard qui avait permis à madame Saladin de montrer son talent pour tourner la corde, l’impression aurait eu de la peine à s’effacer, mais Petite-Reine avait été applaudie grâce à cette vieille qui avait mis un voile bleu, et bientôt après cette même vieille lui avait donné un sucre de pomme. Petite-Reine était gourmande presque autant que coquette et amie des bravos. La connaissance fut faite.

Quand arriva la bagarre que nous avons amplement décrite, madame Saladin trouva moyen de placer la foule entre Petite-Reine et le troupeau. Elle lui donna le bonhomme en pain d’épice qui enchanta l’enfant et détourna son attention pendant deux grandes minutes.

C’était plus qu’il n’en fallait. Madame Saladin, qui déjà gagnait au large vers l’extrémité du bosquet, saisit tout à coup Petite-Reine dans ses bras en disant d’une voix étouffée:

– Prends garde! prends garde! les lions sont échappés! Vois comme les demoiselles de la communion se sauvent!

Il y avait en effet un mouvement dans la foule, et les communiantes s’éloignaient. Petite-Reine, épouvantée, regarda et vit les lions. Les enfants voient tout ce qu’ils craignent et tout ce qu’ils désirent. Elle mit sa tête dans le sein de madame Saladin, qui se prit à courir en disant:

– N’aie pas peur! je les tuerai s’ils veulent te faire du mal. Petite-Reine se serrait de toutes ses forces contre sa protectrice qui s’arrêta dans l’allée des Robinias, où elle entama un tout autre genre de travail.

– Est-ce que tu ne te souvenais pas de moi? demanda-t-elle. Justine découvrit sa jolie petite figure pour la regarder avec étonnement.

La prétendue vieille marchait toujours, mais moins vite, pour ne pas éveiller les soupçons. Les communiantes étaient dépassées.

– Et les lions? fit l’enfant.

– Ils sont enchaînés, on les a repris.

– Retournons à mère Noblet, alors.

– Nous y allons, tu vois bien! fit madame Saladin qui tourna l’angle de la grande allée du milieu.

– Mais non! repartit Justine, cherchant à s’orienter, c’est là-bas qu’est mère Noblet, sous les arbres.

– Est-elle drôle! s’écria la vieille en la mangeant de baisers. Elle veut savoir ça mieux que moi!… alors, tu m’avais tout à fait oubliée, petiote?

Elle lui fourra un biscuit entre les dents.

– Le joli petit ange! dit un groupe de dames à la hauteur de la fosse aux ours. Voyez donc cet amour!

Petite-Reine fut aussitôt distraite et envoya aux dames un beau sourire avec un baiser. Saladin la mit à terre et lui dit à l’oreille:

– Fais-leur voir comme tu marches bien!

Et l’enfant, reprenant aussitôt son rôle de petite merveille, marcha en se tenant droit, en balançant sa crinoline bouffante et les pieds bien en dehors.

– Pour ta peine, reprit Saladin qui passa la porte du jardin zoologique, je vais te montrer les gros moutons et les cocottes qui vont dans l’eau… C’est étonnant comme les enfants oublient! Te souviens-tu de petit père, au moins?

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