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San-Antonio met le paquet

Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:

C'est par un petit événement en marge de nos activités professionnelles que démarre cette fois-ci l'aventure.
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
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— Grand Dieu ! mais c’est insensé !

— Vous niez ?

— Je nie en haussant les épaules devant cette fable stupide !

— Vous niez avoir quitté votre appartement à onze heures ?

— Non. Je suis en effet allé chercher mon automobile, mais là s’arrête la concordance avec vos accusations extravagantes !

— Ravioli a été assassiné.

— Je sais.

— Comment le savez-vous, les journaux n’ont pas encore eu le temps d’annoncer le meurtre ?

— Les journaux, non, mais Europe n° 1, si. Et ma belle-fille passe sa vie près de son poste de télévision ou de radio. Entre nous, lorsque votre sbire est venu me chercher sous un prétexte fallacieux, j’ai pensé qu’on requérait mon témoignage au sujet de cet individu…

— Parce que vous aviez quelque chose à dire sur lui ?

— Rien d’autre que ce que je vous ai dit.

— Et moi je prétends que vous l’avez assassiné, monsieur Aquoix !

Il était blanc comme un sous-produit laitier, mais du coup il devient plus bleuté que de la porcelaine de Delft.

Le voilà qui se lève et qui articule du bout de son bridge :

— Monsieur le commissaire, je ne répondrai plus à vos questions, vous pouvez me faire arrêter si bon vous semble. J’aurai au moins recours à un avocat !

Mon palpitant joue un solo de castagnettes dans ma poitrine.

Par moments, il se fait sous ma coupole de brèves explosions qui s’achèvent en myriades d’étincelles. C’est joli, mais douloureux. Bonté ! vivement mes toiles que je me mette un peu sur la voie de garage !

— Asseyez-vous, Aquoix !

— Non !

— Asseyez-vous, tonnerre de m… !

Dompté, il pose son dargif maigrichon sur une chaise dépaillée.

— Et, maintenant, parlez-moi de votre belle-fille, pour changer.

Ça la lui coupe comme avec un sécateur. Voilà des paroles qui valent de l’or. Ça me rappelle la péripatéticienne qui se faisait douiller chérot sous prétexte qu’elle avait une dent branlante.

Il manque d’air, Aquoix ! L’homme-grenouille qui fait un accroc à sa combinaison doit pousser cette frime dans le monde du silence !

— Ma belle-fille !

Je ricane :

— Vous n’allez pas m’affirmer aussi que la jeune personne qui vit chez vous est votre belle-fille, non ?

Cette fois, ça lui échappe :

— Comment savez-vous… ?

Je le tiens ! Il est à moi, le bilieux ! Comme c’est une journée placée sous le haut patronage des PTT, mon bignou remet ça. Je décroche. C’est Lavoine.

— Ah ! patron… Je n’arrivais pas à obtenir la communication avec Paris… C’est fou, la banlieue… Fernand Raynaud a raison, vous savez, il vaut mieux faire passer par New York pour avoir Asnières !

— Au fait ! Je suis pressé, tranché-je.

— Bon. J’ai vu plusieurs personnes. Pas d’erreur, la photo est bien celle de Mlle Planqueblé !

Je me demande tout à coup si je ne suis pas le jouet d’un rêve (ce qui vaut mieux que d’être celui d’un enfant brise-tout !). Comment ! Voilà l’Aquoix qui s’affale, il reconnaît que la donzelle photographiée par moi n’est pas sa belle-fille. Et l’autre tronche d’alose me tube pour m’affirmer le contraire !

— Tu charries ou quoi ?

— Mais non, patron. C’est officiel. Tous les gens que j’ai interviewés sont formels…

— Ça va, merci…

Le filet de bave de ma stupeur coule aux commissures des lèvres de mon amertume. Je dépose le combiné sur sa fourche comme un grigou dépose un lingot d’or dans son coffre. Heureusement qu’Aquoix est plus troublé que moi ; il ne s’aperçoit pas de mon trouble.

— Comment avez-vous su que Thérèse n’était pas ma belle-fille, mais ma fille ? balbutie le quinquagénaire.

Je reste abruti, le nez froncé, la bouche ouverte, le regard comme deux cerises gâtées.

— C’est un secret tellement intime, soupire-t-il. Oui, j’ai connu Germaine Planqueblé au début de son premier mariage. Elle est devenue ma maîtresse. Quelque temps plus tard, elle s’est trouvée enceinte. Elle avait la preuve que l’enfant était de moi, car son époux était stérile… Elle a failli divorcer. Et puis nous avons été lâches : son mari avait une situation importante, moi pas. Bref, elle est parvenue à lui faire croire que les docteurs s’étaient trompés, qu’il était bien le père de Thérèse… Je me suis effacé. Je suis parti pour l’Afrique où je suis demeuré jusqu’en 1951. De retour en France, j’ai voulu voir mon enfant. J’ai alors découvert que ma maîtresse de jadis était veuve… Nous pouvions recommencer une seconde vie, elle et moi. Nous nous sommes mariés… Mais le sort pardonne difficilement aux lâches et notre union légitime a été de courte durée !

Il essuie une larme.

— J’ai du moins retrouvé mon enfant. Dans un triste état, puisqu’elle a eu une attaque de polio à l’âge de douze ans. Je m’applique à lui rendre la vie douce, monsieur le commissaire… C’est ma consolation !

La vie douce ! Je pense aux chaussures pour dame élégante aperçues chez les Aquoix. Ma Félicie, avec son immense cœur de mère, ne s’était pas gourée. C’était un jeu. Avec ces pompes qui ne lui servent à rien, Thérèse Planqueblé joue à la personne normale ! La garce de vie, quoi !

— Curieuse histoire que la mienne, n’est-ce pas ? murmure Aquoix.

— Très curieuse, conviens-je.

— Comment avez-vous su ?

Je me monte le col jusqu’aux sourcils.

— Je suis psychologue, vous voyez… J’ai pressenti…

Mais, comme je n’aime pas me cloquer les plumes du paon dans le fignedé pour chiquer au roi de la volière, j’enchaîne :

— Dites-moi où vous étiez cette nuit, entre onze heures et demie et deux heures et demie, et si votre alibi est recta je vous laisse tranquille, monsieur Aquoix !

Il baisse la tête.

— Ma vie privée a-t-elle donc une telle importance ?

— Dans la mesure où elle éclaire votre position vis-à-vis du meurtre de cette nuit, oui.

— Mais pourquoi me suspecter, moi ? Parce que je l’ai eu comme locataire ?

— Les desseins de la police sont comme ceux de la Providence, monsieur Aquoix, ils sont impénétrables.

Il se dresse. Je dois le botter et il a un coup de confiance.

— Nous sommes entre hommes, monsieur le commissaire.

— Indéniablement, fais-je.

— Je vis une existence très sédentaire… Toutes mes journées sont consacrées à ma fille. Je… je me réserve parfois certaines de mes nuits.

— Une maîtresse ?

— Même pas : des filles. N’est-ce pas le plus simple ? Je vais au bois de Boulogne, oui, je l’avoue, ou à Vincennes, pour ces piètres amours. J’emmène une fille dans une boîte de nuit. Nous buvons une bouteille de champagne avant de sacrifier à la chair. J’ai un instant l’illusion de sortir une femme…

Je détourne les yeux.

Qui donc a dit que tous les drames étaient des drames de la solitude ?

— Il va sans dire que si vous aviez besoin de retrouver absolument ma complice de cette nuit, la chose est faisable. D’ailleurs je peux vous citer le nom de l’établissement où je l’ai emmenée boire… C’est le Rayon X, à Saint-Germain-des-Prés, près de la faculté de médecine…

Je note sur mon bloc. Et tout en écrivant, j’ai un œil qui traîne sur les photos de la taule étalée devant moi. Je m’immobilise. La grosse sonnerie d’alarme carillonne à toute vibure dans ma guitoune.

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