Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
— Capitaine, fit Mercurio. Il voulait lui faire peur… Peut-être lui faire du mal. Mais pas la tuer. »
Lanzafame le fixa. « Tu n’y crois pas toi-même.
— Faites-le pour Benedetta… »
Le capitaine regarda la jeune fille à la peau d’albâtre. Elle avait la tête penchée et la lumière jouait dans ses cheveux cuivrés. De nouveau il pensa qu’elle était très jolie. Et très jeune. « Peut-être qu’à l’embarquement, le gamin sera mal attaché…
— Merci, capitaine, fit Mercurio.
— De quoi ? », dit Lanzafame, et il s’en alla, criant à ses hommes de se mettre en marche.
Dans la nuit, le capitaine avait envoyé une estafette à Mestre pour annoncer leur arrivée. L’après-midi, quand ils atteignirent la Fidélissime, ainsi qu’on appelait l’antichambre de Venise, les combattants furent accueillis par une foule en liesse, même s’ils n’étaient qu’une petite caravane de blessés rentrant chez eux. Les commandants en chef et le gros des troupes alliées avec les Français du roi François 1er de Valois continuaient la guerre. Mais le peuple, après la peur des années précédentes, n’avait qu’un seul désir : fêter la victoire de Marignan, qui avait eu lieu quelque dix jours plus tôt : elle semblait marquer un tournant dans la terrible crise vénitienne et rendait à la Sérénissime une grande partie de ses territoires sur la terre ferme.
Le capitaine Andrea Lanzafame marchait en tête de la colonne, derrière les porteurs d’étendards. Droit sur sa selle, une main sur le pommeau de l’épée qui pendait à son flanc gauche, l’autre menant son puissant hongre, il souriait à la foule qui chantait à la gloire des combattants. Sur son armure cabossée par les coups de l’ennemi claquait sa tunique sans manches, aux couleurs et aux armes de sa ville et de sa maison : croix d’or sur champ de gueules à deux sarments de vigne fruités de grappes d’or, indiquant qu’il descendait des seigneurs siciliens de Capo Peloro.
Depuis le chariot des vivres, Mercurio, Benedetta, Isacco et Giuditta regardaient par les petites fenêtres latérales la foule bigarrée. Ils franchirent un affluent du Marzenego, le flumen de Mestre, puis passèrent sous la porte Belfredo del Castelnuovo, au nord de la cité.
Mercurio compta onze tours, dont l’une portait une grande horloge. Les remparts étaient en mauvais état, montrant les traces profondes d’un incendie. Il trouva le château gigantesque, pendant que la procession pénétrait à l’intérieur d’un plan en forme d’écu. Au centre se dressait une tour plus grande et plus haute que les autres, le Mastio, siège du Proveditorat, devant lequel les plus hautes autorités de Mestre, en grande tenue de cérémonie, attendaient le retour de ces premiers héros.
Placée à la gauche de Mercurio, Giuditta était si absorbée par cette vision que, tout excitée, elle serra sa main blessée, croyant peut-être avoir son père à côté d’elle. Au début, Mercurio se raidit, à la fois parce qu’il était surpris et qu’il avait eu mal. Mais il répondit ensuite à l’étreinte, avec chaleur. Giuditta se tourna vers lui, étonnée. Il avait le visage rouge et la fixait, le cœur battant la chamade, emporté par une émotion intense. Et il comprenait maintenant, à ce contact, pourquoi on disait que les filles n’apportent que des ennuis.
Giuditta tenta de dégager sa main.
Mercurio la retint.
Elle le laissa la retenir.
Ils se regardèrent un long moment. Autour d’eux, c’était comme si le silence s’était fait.
Puis Isacco, se tournant vers sa fille, s’exclama : « Et ça, ce n’est rien, tu vas voir Venise ! »
Les mains de Giuditta et Mercurio se dénouèrent à l’instant même.
Le garçon se détourna, embarrassé, ne montrant plus au docteur que son dos. Il rencontra les yeux de Benedetta, qui le fixait d’un air renfrogné. Elle aussi était devenue rouge. Mais de colère, pensa Mercurio. Et de cela aussi il fut surpris. Il détourna les yeux mais ne savait plus où regarder.
Giuditta, elle, continuait de sourire exagérément à son père, les joues empourprées.
« Pourquoi fais-tu cette tête ? demanda Isacco, soupçonneux.
— J’ai chaud », fit Giuditta, en s’éventant avec sa main. Isacco vit qu’elle avait du sang sur les doigts. Elle n’était pas blessée. Alors il regarda Mercurio, qui lui tournait le dos, obstinément. « Nettoie ta main », dit-il sévèrement à Giuditta. Et il déplaça sa fille pour s’interposer entre Mercurio et elle.
À ce moment, la porte du chariot s’ouvrit.
« Descendez festoyer avec nous, docteur », dit Donnola.
L’espace d’un instant, la tension se dilua dans la lueur du jour, au milieu des cris de la foule et dans une ambiance de fête. En descendant du chariot, les deux jeunes gens se frôlèrent et de nouveau rougirent. Isacco prit sa fille et la tira derrière lui. Giuditta, en s’éloignant, lança un coup d’œil furtif à Mercurio, qui lui sourit à peine, encore bouleversé par ses propres émotions.
« Restons ensemble », dit Benedetta d’une voix pleine de colère ; et elle rejoignit Zolfo, qui était attaché par les mains à un cheval. Mercurio la suivit, évitant son regard.
Le capitaine Lanzafame, au milieu de la foule, retenait son cheval avec peine. Il pointa l’index vers Isacco. « Ressors ton bonnet jaune. Ici, il faut respecter la loi. »
Puis ils se joignirent aux autorités, qui guidèrent les valeureux combattants vers la Fossa Gradeniga, où trois grosses barges, des navires marchands, les attendaient pour les emmener à Venise, piazza San Marco, en plein cœur des festoiements.
« Montez avec nous, dit Lanzafame à Isacco, faisant signe aussi à Mercurio. En temps de guerre, les étrangers n’ont pas le droit d’embarquer pour Venise, mais vous avez gagné votre passage. »
Une large passerelle de planches de hêtre était construite sur le rivage, surélevée pour rendre visibles les valeureux soldats et faciliter l’embarquement des chariots et des invalides. Les nuages s’étaient dispersés çà et là dans le ciel gris, laissant par endroit filtrer le soleil, qui éclairait la Route de l’Eau.
Alors qu’Isacco et Giuditta montaient sur la passerelle, suivis par Mercurio, Benedetta et Zolfo toujours attaché, un cri retentit.
« Satan ! Je t’ai retrouvé !
— Ne te retourne pas », ordonna Isacco à sa fille, en reconnaissant la voix.
En revanche, tous les autres se retournèrent.
Le frère prêcheur qu’Isacco et Giuditta avaient rencontré à l’auberge et qui les avait pourchassés s’avançait maintenant à grands pas, le crucifix à la main, jouant des coudes pour s’ouvrir un chemin. Ses cheveux étaient collés à son crâne et sa barbe inculte incrustée de restes de nourriture.
« Suppôts de Satan ! Impies, pécheurs, ne semez pas votre chancre parmi nos troupes ! » Puis, à court d’insultes, il cria : « Espèce de Juifs ! »
Isacco poussa sa fille derrière le cheval du capitaine Lanzafame.
« Hérétiques ! », hurla le frère, qui se jeta presque sur la passerelle.
L’animal, nerveux, fit un écart. « Ils ont déjà amené le malheur à quelques lieues d’ici ! Une petite fille innocente est morte par leur faute, une créature de Dieu ! Ils m’ont échappé une fois, mais Satan aujourd’hui ne me jouera pas un nouveau tour.
— Que veux-tu, frère ? », l’apostropha Lanzafame.
Mercurio s’aperçut que les yeux de Zolfo s’étaient de nouveau enflammés, et il lui donna une claque sur la tête.
« Ne laisse pas ce chancre empester tes valeureux soldats », dit le frère avec emphase.
Le capitaine laissa ses yeux errer sur les gens. Ils ne savaient de quel côté pencher, esclaves qu’ils étaient des superstitions religieuses. « Cet homme a soigné mes soldats, dit-il de façon à ce que tous l’entendent. Et c’est grâce à lui qu’ils rentrent dans leurs familles. »