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Cyrano de Bergerac

Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:

Une représentation à l'hôtel de Bourgogne (en 1640). La salle du théâtre se remplit: on va y donner une pastorale, la Clorise, dans le genre précieux. Le jeune et beau Christian de Neuvillette y vient contempler la femme qu'il aime: Roxane, une précieuse épouvantablement ravissante à qui le comte de Guiche fait la cour. La pièce commence, mais est vite interrompue par le turbulent Cyrano de Bergerac, qui interdit à l'acteur Montfleury de jouer, car il est trop gros! Des spectateurs protestent, et l'un d'eux provoque Cyrano, en critiquant son nez, très grand - ce à quoi le héros réplique par la célèbre tirade des nez, éloge de sa propre laideur, avant de se battre avec l'importun. Pendant le duel, il compose une ballade (À la fin de l'envoi, je touche!). À son ami Le Bret, il confesse qu'il aime passionnément Roxane sa cousine, mais sa laideur le laisse sans espoir...
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CYRANO, se rapprochant avec fièvre.

Oui, tout autre, car dans la nuit qui me protège

J'ose être enfin moi-même, et j'ose...

(Il s'arrête et, avec égarement).

Où en étais-je ?

Je ne sais... tout ceci, - pardonnez mon émoi, -

C'est si délicieux... c'est si nouveau pour moi !

ROXANE.

Si nouveau ?

CYRANO, bouleversé, et essayant toujours de rattraper ses mots.

Si nouveau... mais oui... d'être sincère.

La peur d'être raillé, toujours au cœur me serre...

ROXANE.

Raillé de quoi ?

CYRANO.

Mais de... d'un élan !.. Oui, mon cœur

Toujours, de mon esprit s'habille, par pudeur.

Je pars pour décrocher l'étoile, et je m'arrête

Par peur du ridicule, à cueillir la fleurette !

ROXANE.

La fleurette a du bon.

CYRANO.

Ce soir, dédaignons-la !

ROXANE.

Vous ne m'aviez jamais parlé comme cela !

CYRANO.

Ah ! si loin des carquois, des torches et des flèches,

On se sauvait un peu vers des choses... plus fraîches !

Au lieu de boire goutte à goutte, en un mignon

Dé à coudre d'or fin, l'eau fade du Lignon,

Si l'on tentait de voir comment l'âme s'abreuve

En buvant largement à même le grand fleuve !

ROXANE.

Mais l'esprit ?..

CYRANO.

J'en ai fait pour vous faire rester

D'abord, mais maintenant ce serait insulter

Cette nuit, ces parfums, cette heure, la Nature,

Que de parler comme un billet doux de Voiture !

- Laissons, d'un seul regard de ses astres, le ciel

Nous désarmer de tout notre artificiel.

Je crains tant que parmi notre alchimie exquise

Le vrai du sentiment ne se volatilise,

Que l'âme ne se vide à ces passe-temps vains,

Et que le fin du fin ne soit la fin des fins !

ROXANE.

Mais l'esprit ?..

CYRANO.

Je le hais dans l'amour ! C'est un crime

Lorsqu'on aime de trop prolonger cette escrime !

Le moment vient d'ailleurs inévitablement,

- Et je plains ceux pour qui ne vient pas ce moment ! -

Où nous sentons qu'en nous une amour noble existe

Que chaque joli mot que nous disons rend triste !

ROXANE.

Eh bien ! si ce moment est venu pour nous deux,

Quels mots me direz-vous ?

CYRANO.

Tous ceux, tous ceux, tous ceux

Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,

Sans les mettre en bouquet : je vous aime, j'étouffe,

Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;

Ton nom est dans mon cœur comme dans un grelot,

Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,

Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !

De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé.

Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,

Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !

J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure

Que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,

On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,

Sur tout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,

Mon regard ébloui pose des taches blondes !

ROXANE, d'une voix troublée.

Oui, c'est bien de l'amour...

CYRANO.

Certes, ce sentiment

Qui m'envahit, terrible et jaloux, c'est vraiment

De l'amour, il en a toute la fureur triste !

De l'amour, - et pourtant il n'est pas égoïste !

Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,

Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien,

S'il se pouvait, parfois, que de loin, j'entendisse

Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !

- Chaque regard de toi suscite une vertu

Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu

À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?

Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?..

Oh ! mais vraiment, ce soir, c'est trop beau, c'est trop doux !

Je vous dis tout cela, vous m'écoutez, moi, vous !

C'est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,

Je n'ai jamais espéré tant ! Il ne me reste

Qu'à mourir maintenant ! C'est à cause des mots

Que je dis qu'elle tremble entre les bleus rameaux !

Car vous tremblez, comme une feuille entre les feuilles !

Car tu trembles ! car j'ai senti, que tu le veuilles

Ou non, le tremblement adoré de ta main

Descendre tout le long des branches du jasmin !

(Il baise éperdument l'extrémité d'une branche pendante).

ROXANE.

Oui, je tremble, et je pleure, et je t'aime, et suis tienne !

Et tu m'as enivrée !

CYRANO.

Alors, que la mort vienne !

Cette ivresse, c'est moi, moi, qui l'ai su causer !

Je ne demande plus qu'une chose...

CHRISTIAN, sous le balcon.

Un baiser !

ROXANE, se rejetant en arrière.

Hein ?

CYRANO.

Oh !

ROXANE.

Vous demandez ?

CYRANO.

Oui... je...

(À Christian, bas).

Tu vas trop vite.

CHRISTIAN.

Puisqu'elle est si troublée, il faut que j'en profite !

CYRANO, à Roxane.

Oui, je... j'ai demandé, c'est vrai... mais justes cieux !

Je comprends que je fus bien trop audacieux.

ROXANE, un peu déçue.

Vous n'insistez pas plus que cela ?

CYRANO.

Si ! j'insiste...

Sans insister !.. Oui, oui ! votre pudeur s'attriste !

Eh bien ! mais, ce baiser... ne me l'accordez pas !

CHRISTIAN, à Cyrano, le tirant par son manteau.

Pourquoi ?

CYRANO.

Tais-toi, Christian !

ROXANE, se penchant.

Que dites-vous tout bas ?

CYRANO.

Mais d'être allé trop loin, moi-même je me gronde ;

Je me disais : tais-toi, Christian !..

(Les théorbes se mettent à jouer).

Une seconde !..

On vient !

(Roxane referme la fenêtre. Cyrano écoute les théorbes, dont l'un joue un air folâtre et l'autre un air lugubre).

Air triste ? Air gai ?.. Quel est donc leur dessein ?

Est-ce un homme ? Une femme ? - Ah ! c'est un capucin !

(Entre un capucin qui va de maison en maison, une lanterne à la main, regardant les portes).

Scène VIII

Cyrano, Christian, un capucin.

CYRANO, au capucin.

Quel est ce jeu renouvelé de Diogène ?

LE CAPUCIN.

Je cherche la maison de madame...

CHRISTIAN.

Il nous gêne !

LE CAPUCIN.

Magdeleine Robin...

CHRISTIAN.

Que veut-il ?..

CYRANO, lui montrant une rue montante.

Par ici !

Tout droit, - toujours tout droit...

LE CAPUCIN.

Je vais pour vous - Merci -

Dire mon chapelet jusqu'au grain majuscule.

(Il sort).

CYRANO.

Bonne chance ! Mes vœux suivent votre cuculle !

(Il redescend vers Christian).

Scène IX

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