Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
(Riant).
J'ai traversé la Lyre en cassant une corde !
(Superbe).
Mais je compte en un livre écrire tout ceci,
Et les étoiles d'or qu'en mon manteau roussi
Je viens de rapporter à mes périls et risques,
Quand on l'imprimera, serviront d'astérisques !
DE GUICHE.
À la parfin, je veux...
CYRANO.
Vous, je vous vois venir !
DE GUICHE.
Monsieur !
CYRANO.
Vous voudriez de ma bouche tenir
Comment la lune est faite, et si quelqu'un habite
Dans la rotondité de cette cucurbite ?
DE GUICHE, criant.
Mais non ! Je veux...
CYRANO.
Savoir comment j'y suis monté.
Ce fut par un moyen que j'avais inventé.
DE GUICHE, découragé.
C'est un fou !
CYRANO, dédaigneux.
Je n'ai pas refait l'aigle stupide
De Regiomontanus, ni le pigeon timide
D'Archytas !..
DE GUICHE.
C'est un fou, - mais c'est un fou savant.
CYRANO.
Non, je n'imitai rien de ce qu'on fit avant !
(De Guiche a réussi à passer et il marche vers la porte de Roxane. Cyrano le suit, prêt à l'empoigner).
J'inventai six moyens de violer l'azur vierge !
DE GUICHE, se retournant.
Six ?
CYRANO, avec volubilité.
Je pouvais, mettant mon corps nu comme un cierge,
Le caparaçonner de fioles de cristal
Toutes pleines des pleurs d'un ciel matutinal,
Et ma personne, alors, au soleil exposée,
L'astre l'aurait humée en humant la rosée !
DE GUICHE, surpris et faisant un pas vers Cyrano.
Tiens ! Oui, cela fait un !
CYRANO, reculant pour l'entraîner de l'autre côté.
Et je pouvais encor
Faire engouffrer du vent, pour prendre mon essor,
En raréfiant l'air dans un coffre de cèdre
Par des miroirs ardents, mis en icosaèdre !
DE GUICHE, fait encore un pas.
Deux !
CYRANO, reculant toujours.
Ou bien, machiniste autant qu'artificier,
Sur une sauterelle aux détentes d'acier,
Me faire, par des feux successifs de salpêtre,
Lancer dans les prés bleus où les astres vont paître !
DE GUICHE, le suivant, sans s'en douter, et comptant sur ses doigts.
Trois !
CYRANO.
Puisque la fumée a tendance à monter,
En souffler dans un globe assez pour m'emporter !
DE GUICHE, même jeu, de plus en plus étonné.
Quatre !
CYRANO.
Puisque Phœbé, quand son arc est le moindre,
Aime sucer, ô bœufs, votre moelle... m'en oindre !
DE GUICHE, stupéfait.
Cinq !
CYRANO, qui en parlant l'a amené jusqu'à l'autre côté de la place, près d'un banc.
Enfin, me plaçant sur un plateau de fer,
Prendre un morceau d'aimant et le lancer en l'air !
Ça, c'est un bon moyen : le fer se précipite,
Aussitôt que l'aimant s'envole, à sa poursuite ;
On relance l'aimant bien vite, et cadédis !
On peut monter ainsi indéfiniment.
DE GUICHE.
Six !
- Mais voilà six moyens excellents !.. Quel système
Choisîtes-vous des six, Monsieur ?
CYRANO.
Un septième !
DE GUICHE.
Par exemple ! Et lequel ?
CYRANO.
Je vous le donne en cent !..
DE GUICHE.
C'est que ce mâtin-là devient intéressant !
CYRANO, faisant le bruit des vagues avec de grands gestes mystérieux.
Houüh ! houüh !
DE GUICHE.
Eh bien !
CYRANO.
Vous devinez ?
DE GUICHE.
Non !
CYRANO.
La marée !..
À l'heure où l'onde par la lune est attirée,
Je me mis sur le sable - après un bain de mer -
Et la tête partant la première, mon cher,
- Car les cheveux, surtout, gardent l'eau dans leur frange ! -
Je m'enlevai dans l'air, droit, tout droit, comme un ange.
Je montais, je montais doucement, sans efforts,
Quand je sentis un choc !.. Alors...
DE GUICHE, entraîné par la curiosité et s'asseyant sur le banc.
Alors ?
CYRANO.
Alors...
(Reprenant sa voix naturelle).
Le quart d'heure est passé, Monsieur, je vous délivre.
Le mariage est fait.
DE GUICHE, se relevant d'un bond.
Çà, voyons, je suis ivre !..
Cette voix ?
(La porte de la maison s'ouvre, des laquais paraissent portant des candélabres allumés. Lumière. Cyrano ôte son chapeau au bord abaissé).
Et ce nez !.. Cyrano ?
CYRANO, saluant.
Cyrano.
- Ils viennent à l'instant d'échanger leur anneau.
DE GUICHE.
Qui cela ?
(Il se retourne. - Tableau. Derrière les laquais, Roxane et Christian se tiennent par la main. Le capucin les suit en souriant. Ragueneau élève aussi un flambeau. La duègne ferme la marche, ahurie, en petit saut de lit).
Ciel !
Scène XIV
Les mêmes, Roxane, Christian, le capucin, Ragueneau, laquais, la duègne.
DE GUICHE, à Roxane.
Vous !
(Reconnaissant Christian avec stupeur).
Lui ?
(Saluant Roxane avec admiration).
Vous êtes des plus fines !
(À Cyrano).
Mes compliments, Monsieur l'inventeur des machines.
Votre récit eût fait s'arrêter au portail
Du paradis, un saint ! Notez-en le détail,
Car vraiment cela peut resservir dans un livre !
CYRANO, s'inclinant.
Monsieur, c'est un conseil que je m'engage à suivre.
LE CAPUCIN, montrant les amants à De Guiche et hochant avec satisfaction sa grande barbe blanche.
Un beau couple, mon fils, réuni là par vous !
DE GUICHE, le regardant d'un œil glacé.
Oui.
(À Roxane).
Veuillez dire adieu, Madame, à votre époux.
ROXANE.
Comment ?
DE GUICHE, à Christian.
Le régiment déjà se met en route.
Joignez-le !
ROXANE.
Pour aller à la guerre ?
DE GUICHE.
Sans doute !
ROXANE.
Mais, Monsieur, les cadets n'y vont pas !
DE GUICHE.
Ils iront.
(Tirant le papier qu'il avait mis dans sa poche).
Voici l'ordre.
(À Christian).
Courez le porter, vous, baron.
ROXANE, se jetant dans les bras de Christian.
Christian !
DE GUICHE, ricanant, à Cyrano.
La nuit de noce est encore lointaine !
CYRANO, à part.
Dire qu'il croit me faire énormément de peine !
CHRISTIAN, à Roxane.
Oh ! tes lèvres encor !
CYRANO.
Allons, voyons, assez !
CHRISTIAN, continuant à embrasser Roxane.