Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
Cyrano, Christian.
CHRISTIAN.
Obtiens-moi ce baiser !..
CYRANO.
Non !
CHRISTIAN.
Tôt ou tard...
CYRANO.
C'est vrai !
Il viendra, ce moment de vertige enivré
Où vos bouches iront l'une vers l'autre, à cause
De ta moustache blonde et de sa lèvre rose !
(À lui-même).
J'aime mieux que ce soit à cause de...
(Bruit des volets qui se rouvrent, Christian se cache sous le balcon).
Scène X
Cyrano, Christian, Roxane.
ROXANE, s'avançant sur le balcon.
C'est vous ?
Nous parlions de... de... d'un...
CYRANO.
Baiser. Le mot est doux.
Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l'ose ;
S'il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?
Ne vous en faites pas un épouvantement :
N'avez-vous pas tantôt, presque insensiblement,
Quitté le badinage et glissé sans alarmes
Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes !
Glissez encore un peu d'insensible façon :
Des larmes au baiser il n'y a qu'un frisson !
ROXANE.
Taisez-vous !
CYRANO.
Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le cœur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme !
ROXANE.
Taisez-vous !
CYRANO.
Un baiser, c'est si noble, Madame,
Que la reine de France, au plus heureux des lords,
En a laissé prendre un, la reine même !
ROXANE.
Alors !
CYRANO, s'exaltant.
J'eus comme Buckingham des souffrances muettes,
J'adore comme lui la reine que vous êtes,
Comme lui je suis triste et fidèle...
ROXANE.
Et tu es
Beau comme lui !
CYRANO, à part, dégrisé.
C'est vrai, je suis beau, j'oubliais !
ROXANE.
Eh bien ! montez cueillir cette fleur sans pareille...
CYRANO, poussant Christian vers le balcon.
Monte !
ROXANE.
Ce goût de cœur...
CYRANO.
Monte !
ROXANE.
Ce bruit d'abeille...
CYRANO.
Monte !
CHRISTIAN, hésitant.
Mais il me semble, à présent, que c'est mal !
ROXANE.
Cet instant d'infini !..
CYRANO, le poussant.
Monte donc, animal !
(Christian s'élance, et par le banc, le feuillage, les piliers, atteint les balustres qu'il enjambe).
CHRISTIAN.
Ah ! Roxane !..
(Il l'enlace et se penche sur ses lèvres).
CYRANO.
Aïe ! au cœur, quel pincement bizarre !
- Baiser, festin d'amour dont je suis le Lazare !
Il me vient dans cette ombre une miette de toi, -
Mais oui, je sens un peu mon cœur qui te reçoit,
Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
Elle baise les mots que j'ai dits tout à l'heure !
(On entend les théorbes).
Un air triste, un air gai : le capucin !
(Il feint de courir comme s'il arrivait de loin, et d'une voix claire).
Holà !
ROXANE.
Qu'est-ce ?
CYRANO.
Moi. Je passais... Christian est encor là ?
CHRISTIAN, très étonné.
Tiens, Cyrano !
ROXANE.
Bonjour, cousin !
CYRANO.
Bonjour, cousine !
ROXANE.
Je descends !
(Elle disparaît dans la maison. Au fond rentre le capucin).
CHRISTIAN, l'apercevant.
Oh ! encor !
(Il suit Roxane).
Scène XI
Cyrano, Christian, Roxane, le capucin, Ragueneau.
LE CAPUCIN.
C'est ici, - je m'obstine -
Magdeleine Robin !
CYRANO.
Vous aviez dit : Ro-lin.
LE CAPUCIN.
Non : Bin. B, i, n, bin !
ROXANE, paraissant sur le seuil de la maison, suivie de Ragueneau qui porte une lanterne, et de Christian.
Qu'est-ce ?
LE CAPUCIN.
Une lettre.
CHRISTIAN.
Hein ?
LE CAPUCIN, à Roxane.
Oh ! il ne peut s'agir que d'une sainte chose !
C'est un digne seigneur qui...
ROXANE, à Christian.
C'est De Guiche !
CHRISTIAN.
Il ose ?..
ROXANE.
Oh ! mais il ne va pas m'importuner toujours !
(Décachetant la lettre).
Je t'aime, et si...
(À la lueur de la lanterne de Ragueneau, elle lit, à l'écart, à voix basse).
« Mademoiselle,
Les tambours
Battent ; mon régiment boucle sa soubreveste ;
Il part ; moi, l'on me croit déjà parti : je reste.
Je vous désobéis. Je suis dans ce couvent.
Je vais venir, et vous le mande auparavant
Par un religieux simple comme une chèvre
Qui ne peut rien comprendre à ceci. Votre lèvre
M'a trop souri tantôt : j'ai voulu la revoir.
Éloignez un chacun, et daignez recevoir
L'audacieux déjà pardonné, je l'espère,
Qui signe votre très... et cætera... »
(Au capucin).
Mon Père,
Voici ce que me dit cette lettre. Écoutez.
(Tous se rapprochent, elle lit à haute voix).
« Mademoiselle,
Il faut souscrire aux volontés
Du cardinal, si dur que cela vous puisse être.
C'est la raison pourquoi j'ai fait choix, pour remettre
Ces lignes en vos mains charmantes, d'un très saint,
D'un très intelligent et discret capucin ;
Nous voulons qu'il vous donne, et dans votre demeure,
La bénédiction
(Elle tourne la page).
nuptiale sur l'heure.
Christian doit en secret devenir votre époux ;
Je vous l'envoie. Il vous déplaît. Résignez-vous.
Songez bien que le ciel bénira votre zèle,
Et tenez pour tout assuré, Mademoiselle,
Le respect de celui qui fut et qui sera
Toujours votre très humble et très... et cætera. »
LE CAPUCIN, rayonnant.
Digne seigneur !.. Je l'avais dit. J'étais sans crainte !
Il ne pouvait s'agir que d'une chose sainte !
ROXANE, bas à Christian.
N'est-ce pas que je lis très bien les lettres ?
CHRISTIAN.
Hum !
ROXANE, haut, avec désespoir.
Ah !.. c'est affreux !
LE CAPUCIN, qui a dirigé sur Cyrano la clarté de sa lanterne.
C'est vous ?
CHRISTIAN.
C'est moi !
LE CAPUCIN, tournant la lumière vers lui, et, comme si un doute lui venait, en voyant sa beauté.