Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
Je lançais au hasard ces aveux et ces plaintes.
Tu verras se poser tous ces oiseaux errants.
Tu verras que je fus dans cette lettre - prends ! -
D'autant plus éloquent que j'étais moins sincère !
- Prends donc, et finissons !
CHRISTIAN.
N'est-il pas nécessaire
De changer quelques mots ? Écrite en divaguant,
Ira-t-elle à Roxane ?
CYRANO.
Elle ira comme un gant !
CHRISTIAN.
Mais...
CYRANO.
La crédulité de l'amour-propre est telle,
Que Roxane croira que c'est écrit pour elle !
CHRISTIAN.
Ah ! mon ami !
(Il se jette dans les bras de Cyrano. Ils restent embrassés).
Scène XI
Cyrano, Christian, les Gascons, le mousquetaire, Lise.
UN CADET, entr'ouvrant la porte.
Plus rien... Un silence de mort...
Je n'ose regarder...
(Il passe la tête).
Hein ?
TOUS LES CADETS, entrant et voyant Cyrano et Christian qui s'embrassent.
Ah !.. Oh !..
UN CADET.
C'est trop fort !
(Consternation).
LE MOUSQUETAIRE, goguenard.
Ouais ?..
CARBON.
Notre démon est doux comme un apôtre !
Quand sur une narine on le frappe, - il tend l'autre ?
LE MOUSQUETAIRE.
On peut donc lui parler de son nez, maintenant ?..
(Appelant Lise, d'un air triomphant).
- Eh ! Lise ! Tu vas voir !
(Humant l'air avec affectation).
Oh !.. oh !.. c'est surprenant !
Quelle odeur !..
(Allant à Cyrano, dont il regarde le nez avec impertinence).
Mais monsieur doit l'avoir reniflée ?
Qu'est-ce que cela sent ici ?..
CYRANO, le souffletant.
La giroflée !
(Joie. Les cadets ont retrouvé Cyrano : ils font des culbutes).
RIDEAU.
Partie 3
Le Baiser de Roxane
Une petite place dans l'ancien Marais. Vieilles maisons. Perspectives de ruelles. À droite, la maison de Roxane et le mur de son jardin que débordent de larges feuillages. Au-dessus de la porte, fenêtre et balcon. Un banc devant le seuil.
Du lierre grimpe au mur, du jasmin enguirlande le balcon, frissonne et retombe.
Par le banc et les pierres en saillie du mur, on peut facilement grimper au balcon.
En face, une ancienne maison de même style, brique et pierre, avec une porte d'entrée. Le heurtoir de cette porte est emmailloté de linge comme un pouce malade.
Au lever du rideau, la duègne est assise sur le banc. La fenêtre est grande ouverte sur le balcon de Roxane.
Près de la duègne se tient debout Ragueneau, vêtu d'une sorte de livrée : il termine un récit, en s'essuyant les yeux.
Scène I
Ragueneau, la duègne, puis Roxane, Cyrano, et deux pages.
RAGUENEAU.
...Et puis, elle est partie avec un mousquetaire !
Seul, ruiné, je me pends. J'avais quitté la terre.
Monsieur de Bergerac entre, et, me dépendant,
Me vient à sa cousine offrir comme intendant.
LA DUÈGNE.
Mais comment expliquer cette ruine où vous êtes ?
RAGUENEAU.
Lise aimait les guerriers, et j'aimais les poètes !
Mars mangeait les gâteaux que laissait Apollon.
- Alors, vous comprenez, cela ne fut pas long !
LA DUÈGNE, se levant et appelant vers la fenêtre ouverte.
Roxane, êtes-vous prête ?.. On nous attend !
LA VOIX DE ROXANE, par la fenêtre.
Je passe
Une mante !
LA DUÈGNE, à Ragueneau, lui montrant la porte d'en face.
C'est là qu'on nous attend, en face.
Chez Clomire. Elle tient bureau, dans son réduit.
On y lit un discours sur le Tendre, aujourd'hui.
RAGUENEAU.
Sur le Tendre ?
LA DUÈGNE, minaudant.
Mais oui !..
(Criant vers la fenêtre).
Roxane, il faut descendre,
Ou nous allons manquer le discours sur le Tendre !
LA VOIX DE ROXANE.
Je viens !
(On entend un bruit d'instruments à cordes qui se rapproche).
LA VOIX DE CYRANO, chantant dans la coulisse.
La ! la ! la ! la !
LA DUÈGNE, surprise.
On nous joue un morceau ?
CYRANO, suivi de deux pages porteurs de théorbes.
Je vous dis que la croche est triple, triple sot !
PREMIER PAGE, ironique.
Vous savez donc, Monsieur, si les croches sont triples ?
CYRANO.
Je suis musicien, comme tous les disciples
De Gassendi !
LE PAGE, jouant et chantant.
La ! la !
CYRANO, lui arrachant le théorbe et continuant la phrase musicale.
Je peux continuer !..
La ! la ! la ! la !
ROXANE, paraissant sur le balcon.
C'est vous ?
CYRANO, chantant sur l'air qu'il continue.
Moi qui viens saluer
Vos lys, et présenter mes respects à vos ro... ses !
ROXANE.
Je descends !
(Elle quitte le balcon).
LA DUÈGNE, montrant les pages.
Qu'est-ce donc que ces deux virtuoses ?
CYRANO.
C'est un pari que j'ai gagné sur d'Assoucy.
Nous discutions un point de grammaire. - Non ! - Si ! -
Quand soudain me montrant ces deux grands escogriffes
Habiles à gratter les cordes de leurs griffes,
Et dont il fait toujours son escorte, il me dit.
« Je te parie un jour de musique ! » Il perdit.
Jusqu'à ce que Phœbus recommence son orbe,
J'ai donc sur mes talons ces joueurs de théorbe,
De tout ce que je fais harmonieux témoins !..
Ce fut d'abord charmant, et ce l'est déjà moins.
(Aux musiciens).
Hep !.. Allez de ma part jouer une pavane
À Montfleury !..
(Les pages remontent pour sortir. - À la duègne).
Je viens demander à Roxane
Ainsi que chaque soir...
(Aux pages qui sortent).
Jouez longtemps, - et faux !
(À la duègne).
... Si l'ami de son âme est toujours sans défauts ?
ROXANE, sortant de la maison.
Ah ! qu'il est beau, qu'il a d'esprit, et que je l'aime !
CYRANO, souriant.
Christian a tant d'esprit ?..
ROXANE.
Mon cher, plus que vous-même !
CYRANO.
J'y consens.
ROXANE.
Il ne peut exister à mon goût
Plus fin diseur de ces jolis riens qui sont tout.
Parfois il est distrait, ses Muses sont absentes ;
Puis, tout à coup, il dit des choses ravissantes !
CYRANO, incrédule.
Non ?
ROXANE.
C'est trop fort ! Voilà comme les hommes sont.
Il n'aura pas d'esprit puisqu'il est beau garçon !