Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
Mais...
ROXANE, vivement.
Post-scriptum.
« Donnez pour le couvent cent vingt pistoles. »
LE CAPUCIN.
Digne,
Digne seigneur !
(À Roxane).
Résignez-vous !
ROXANE, en martyre.
Je me résigne !
(Pendant que Ragueneau ouvre la porte au capucin que Christian invite à entrer, elle dit bas à Cyrano).
Vous, retenez ici De Guiche ! Il va venir !
Qu'il n'entre pas tant que...
CYRANO.
Compris !
(Au capucin).
Pour les bénir
Il vous faut ?..
LE CAPUCIN.
Un quart d'heure.
CYRANO, les poussant tous vers la maison.
Allez ! moi, je demeure !
ROXANE, à Christian.
Viens !..
(Ils entrent).
Scène XII
Cyrano, seul.
CYRANO.
Comment faire perdre à De Guiche un quart d'heure.
(Il se précipite sur le banc, grimpe au mur, vers le balcon).
Là !.. Grimpons !.. J'ai mon plan !..
(Les théorbes se mettent à jouer une phrase lugubre).
Ho ! c'est un homme !
(Le trémolo devient sinistre).
Ho ! ho !
Cette fois, c'en est un !..
(Il est sur le balcon, il rabaisse son feutre sur ses yeux, ôte son épée, se drape dans sa cape, puis se penche et regarde au dehors).
Non, ce n'est pas trop haut !..
(Il enjambe les balustres et attirant à lui la longue branche d'un des arbres qui débordent le mur du jardin, il s'y accroche des deux mains, prêt à se laisser tomber).
Je vais légèrement troubler cette atmosphère !..
Scène XIII
Cyrano, De Guiche.
DE GUICHE, qui entre, masqué, tâtonnant dans la nuit.
Qu'est-ce que ce maudit capucin peut bien faire ?
CYRANO.
Diable ! et ma voix ?.. S'il la reconnaissait ?
(Lâchant d'une main, il a l'air de tourner une invisible clef).
Cric ! crac !
(Solennellement).
Cyrano, reprenez l'accent de Bergerac !..
DE GUICHE, regardant la maison.
Oui, c'est là. J'y vois mal. Ce masque m'importune !
(Il va pour entrer, Cyrano saute du balcon en se tenant à la branche, qui plie, et le dépose entre la porte et De Guiche ; il feint de tomber lourdement, comme si c'était de très haut, et s'aplatit par terre, où il reste immobile, comme étourdi. De Guiche fait un bond en arrière).
Hein ? quoi ?
(Quand il lève les yeux, la branche s'est redressée ; il ne voit que le ciel ; il ne comprend pas).
D'où tombe donc cet homme ?
CYRANO, se mettant sur son séant, et avec l'accent de Gascogne.
De la lune !
DE GUICHE.
De la ?..
CYRANO, d'une voix de rêve.
Quelle heure est-il ?
DE GUICHE.
N'a-t-il plus sa raison ?
CYRANO.
Quelle heure ? Quel pays ? Quel jour ? Quelle saison ?
DE GUICHE.
Mais...
CYRANO.
Je suis étourdi !
DE GUICHE.
Monsieur...
CYRANO.
Comme une bombe
Je tombe de la lune !
DE GUICHE, impatienté.
Ah çà ! Monsieur !
CYRANO, se relevant, d'une voix terrible.
J'en tombe !
DE GUICHE, reculant.
Soit ! soit ! vous en tombez !.. c'est peut-être un dément !
CYRANO, marchant sur lui.
Et je n'en tombe pas métaphoriquement !..
DE GUICHE.
Mais...
CYRANO.
Il y a cent ans, ou bien une minute,
- J'ignore tout à fait ce que dura ma chute ! -
J'étais dans cette boule à couleur de safran !
DE GUICHE, haussant les épaules.
Oui. Laissez-moi passer !
CYRANO, s'interposant.
Où suis-je ? soyez franc !
Ne me déguisez rien ! En quel lieu, dans quel site,
Viens-je de choir, Monsieur, comme un aérolithe ?
DE GUICHE.
Morbleu !..
CYRANO.
Tout en cheyant je n'ai pu faire choix
De mon point d'arrivée, - et j'ignore où je chois !
Est-ce dans une lune ou bien dans une terre,
Que vient de m'entraîner le poids de mon postère ?
DE GUICHE.
Mais je vous dis, Monsieur...
CYRANO, avec un cri de terreur qui fait reculer de Guiche.
Ha ! grand Dieu !.. je crois voir
Qu'on a dans ce pays le visage tout noir !
DE GUICHE, portant la main à son visage.
Comment ?
CYRANO, avec une peur emphatique.
Suis-je en Alger ? Êtes-vous indigène ?..
DE GUICHE, qui a senti son masque.
Ce masque !..
CYRANO, feignant de se rassurer un peu.
Je suis donc dans Venise, ou dans Gêne ?
DE GUICHE, voulant passer.
Une dame m'attend !..
CYRANO, complètement rassuré.
Je suis donc à Paris.
DE GUICHE, souriant malgré lui.
Le drôle est assez drôle !
CYRANO.
Ah ! vous riez ?
DE GUICHE.
Je ris,
Mais veux passer !
CYRANO, rayonnant.
C'est à Paris que je retombe !
(Tout à fait à son aise, riant, s'époussetant, saluant).
J'arrive - excusez-moi ! - par la dernière trombe.
Je suis un peu couvert d'éther. J'ai voyagé !
J'ai les yeux tout remplis de poudre d'astres. J'ai
Aux éperons, encor, quelques poils de planète !
(Cueillant quelque chose sur sa manche).
Tenez, sur mon pourpoint, un cheveu de comète !..
(Il souffle comme pour le faire envoler).
DE GUICHE, hors de lui.
Monsieur !..
CYRANO, au moment où il va passer, tend sa jambe comme pour y montrer quelque chose et l'arrête.
Dans mon mollet je rapporte une dent
De la Grande Ourse, - et comme, en frôlant le Trident,
Je voulais éviter une de ses trois lances,
Je suis allé tomber assis dans les Balances, -
Dont l'aiguille, à présent, là-haut, marque mon poids !
(Empêchant vivement de Guiche de passer et le prenant à un bouton du pourpoint).
Si vous serriez mon nez, Monsieur, entre vos doigts,
Il jaillirait du lait !
DE GUICHE.
Hein ? du lait ?..
CYRANO.
De la Voie
Lactée !..
DE GUICHE.
Oh ! par l'enfer !
CYRANO.
C'est le ciel qui m'envoie !
(Se croisant les bras).
Non ! croiriez-vous, je viens de le voir en tombant,
Que Sirius, la nuit, s'affuble d'un turban ?
(Confidentiel).
L'autre Ourse est trop petite encor pour qu'elle morde !