Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
CYRANO.
Il sait parler du cœur d'une façon experte ?
ROXANE.
Mais il n'en parle pas, Monsieur, il en disserte !
CYRANO.
Il écrit ?
ROXANE.
Mieux encor ! Écoutez donc un peu.
(Déclamant).
« Plus tu me prends de cœur, plus j'en ai !.. »
(Triomphante, à Cyrano).
Hé ! bien ?
CYRANO.
Peuh !..
ROXANE.
Et ceci : « Pour souffrir, puisqu'il m'en faut un autre,
Si vous gardez mon cœur, envoyez-moi le vôtre ! »
CYRANO.
Tantôt il en a trop et tantôt pas assez.
Qu'est-ce au juste qu'il veut, de cœur ?..
ROXANE, frappant du pied.
Vous m'agacez !
C'est la jalousie...
CYRANO, tressaillant.
Hein !..
ROXANE.
... d'auteur qui vous dévore !
- Et ceci, n'est-il pas du dernier tendre encore ?
« Croyez que devers vous mon cœur ne fait qu'un cri,
Et que si les baisers s'envoyaient par écrit,
Madame, vous liriez ma lettre avec les lèvres !.. »
CYRANO, souriant malgré lui de satisfaction.
Ha ! ha ! ces lignes-là sont... hé ! hé !
(Se reprenant et avec dédain).
mais bien mièvres !
ROXANE.
Et ceci...
CYRANO, ravi.
Vous savez donc ses lettres par cœur ?
ROXANE.
Toutes !
CYRANO, frisant sa moustache.
Il n'y a pas à dire : c'est flatteur !
ROXANE.
C'est un maître !
CYRANO, modeste.
Oh !.. un maître !..
ROXANE, péremptoire.
Un maître !..
CYRANO, saluant.
Soit !.. un maître !
LA DUÈGNE, qui était remontée, redescendant vivement.
Monsieur de Guiche !
(À Cyrano, le poussant vers la maison).
Entrez !.. car il vaut mieux, peut-être,
Qu'il ne vous trouve pas ici ; cela pourrait
Le mettre sur la piste...
ROXANE, à Cyrano.
Oui, de mon cher secret !
Il m'aime, il est puissant, il ne faut pas qu'il sache !
Il peut dans mes amours donner un coup de hache !
CYRANO, entrant dans la maison.
Bien ! bien ! bien !
(De Guiche paraît).
Scène II
Roxane, De Guiche, la duègne, à l'écart.
ROXANE, à De Guiche, lui faisant une révérence.
Je sortais.
DE GUICHE.
Je viens prendre congé.
ROXANE.
Vous partez ?
DE GUICHE.
Pour la guerre.
ROXANE.
Ah !
DE GUICHE.
Ce soir même.
ROXANE.
Ah !
DE GUICHE.
J'ai
Des ordres. On assiège Arras.
ROXANE.
Ah !.. on assiège ?..
DE GUICHE.
Oui... Mon départ a l'air de vous laisser de neige.
ROXANE, poliment.
Oh !..
DE GUICHE.
Moi, je suis navré. Vous reverrai-je ?.. Quand ?
- Vous savez que je suis nommé mestre de camp ?
ROXANE, indifférente.
Bravo.
DE GUICHE.
Du régiment des gardes.
ROXANE, saisie.
Ah ? des gardes ?
DE GUICHE.
Où sert votre cousin, l'homme aux phrases vantardes.
Je saurai me venger de lui, là-bas.
ROXANE, suffoquée.
Comment !
Les gardes vont là-bas ?
DE GUICHE, riant.
Tiens ! c'est mon régiment !
ROXANE, tombant assise sur le banc, - à part.
Christian !
DE GUICHE.
Qu'avez-vous ?
ROXANE, toute émue.
Ce... départ... me désespère !
Quand on tient à quelqu'un, le savoir à la guerre !
DE GUICHE, surpris et charmé.
Pour la première fois me dire un mot si doux,
Le jour de mon départ !
ROXANE, changeant de ton et s'éventant.
Alors, - vous allez vous
Venger de mon cousin ?..
DE GUICHE, souriant.
On est pour lui ?
ROXANE.
Non, - contre !
DE GUICHE.
Vous le voyez ?
ROXANE.
Très peu.
DE GUICHE.
Partout on le rencontre
Avec un des cadets...
(Il cherche le nom).
ce Neu... villen... viller...
ROXANE.
Un grand ?
DE GUICHE.
Blond.
ROXANE.
Roux.
DE GUICHE.
Beau !..
ROXANE.
Peuh !
DE GUICHE.
Mais bête.
ROXANE.
Il en a l'air !
(Changeant de ton).
... Votre vengeance envers Cyrano ? - c'est peut-être
De l'exposer au feu, qu'il adore ?.. Elle est piètre !
Je sais bien, moi, ce qui lui serait sanglant !
DE GUICHE.
C'est ?..
ROXANE.
Mais si le régiment, en partant, le laissait
Avec ses chers cadets, pendant toute la guerre,
À Paris, bras croisés !.. C'est la seule manière,
Un homme comme lui, de le faire enrager.
Vous voulez le punir ? privez-le de danger.
DE GUICHE.
Une femme ! une femme ! il n'y a qu'une femme
Pour inventer ce tour !
ROXANE.
Il se rongera l'âme,
Et ses amis les poings, de n'être pas au feu.
Et vous serez vengé !
DE GUICHE, se rapprochant.
Vous m'aimez donc un peu ?
(Elle sourit).
Je veux voir dans ce fait d'épouser ma rancune
Une preuve d'amour, Roxane !..
ROXANE.
C'en est une.
DE GUICHE, montrant plusieurs plis cachetés.
J'ai les ordres sur moi qui vont être transmis
À chaque compagnie, à l'instant même, hormis...
(Il en détache un).
Celui-ci ! C'est celui des cadets.
(Il le met dans sa poche).
Je le garde.
(Riant).
Ah ! ah ! ah ! Cyrano !.. Son humeur bataillarde !..
- Vous jouez donc des tours aux gens, vous ?..
ROXANE, le regardant.
Quelquefois.
DE GUICHE, tout près d'elle.
Vous m'affolez ! Ce soir - écoutez - oui, je dois
Être parti. Mais fuir quand je vous sens émue !..
Écoutez. Il y a, près d'ici, dans la rue
D'Orléans, un couvent fondé par le syndic
Des capucins, le Père Athanase. Un laïc
N'y peut entrer. Mais les bons Pères, je m'en charge !..
Ils peuvent me cacher dans leur manche : elle est large.
- Ce sont les capucins qui servent Richelieu
Chez lui ; redoutant l'oncle, ils craignent le neveu. -
On me croira parti. Je viendrai sous le masque.
Laissez-moi retarder d'un jour, chère fantasque !..
ROXANE, vivement.