Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Sans s’arrêter, il partit à travers les arbres d’un long pas mesuré, s’enfonçant dans les bois sans vraiment s’éloigner du torrent, mais toujours grimpant vers les pentes des montagnes. Bon nombre des arbres semblaient endormis, aussi inconscients de sa présence que de celle de toute autre créature qui n’aurait fait que passer ; mais certains frémissaient, et d’autres levaient leurs branches au-dessus de sa tête à son approche. Et tout ce temps-là, tandis qu’il marchait, il se parlait à lui-même en un long déferlement de sons musicaux et ininterrompus.
Les hobbits demeurèrent quelque temps silencieux. Curieusement, ils se sentaient tout à fait à l’aise et en sécurité ; et ils avaient ample matière à réfléchir et à s’interroger. Enfin, Pippin aventura quelques mots.
« Pardon, Barbebois, dit-il, puis-je vous demander quelque chose ? Pourquoi Celeborn nous a-t-il mis en garde contre votre forêt ? Il disait que nous risquions de nous y empêtrer. »
« Hmm, ah bon ! gronda Barbebois. Je pourrais vous dire la même chose, si vous alliez dans l’autre direction. N’allez pas vous empêtrer dans le bois de Laurelindórenan ! C’est ainsi que l’appelaient autrefois les Elfes, mais de nos jours ils en raccourcissent le nom : Lothlórien, disent-ils. Ils ont peut-être raison : peut-être est-il en train de se faner et non de croître. Pays de la Vallée de l’Or Chantant, voilà ce qu’on disait, il fut un temps. Maintenant, c’est la Fleur de Rêve. Eh oui ! Mais c’est un endroit étrange, et tout le monde ne doit pas s’y aventurer. Je suis étonné que vous en soyez jamais ressortis, mais encore plus surpris que vous ayez pu y entrer : voilà maintes années que des étrangers ne l’avaient pas fait. C’est un étrange pays.
« On peut en dire autant de celui-ci. Il a pu arriver malheur à des gens, ici. Oui, malheur. Laurelindórenan lindelorendor malinornélion ornemalin, fredonna-t-il pour lui-même. Ils prennent bien du retard sur le monde, là-bas, je suppose, dit-il. Ni ce pays-ci, ni rien d’autre en dehors du Bois Doré n’est plus ce qu’il était, du temps de la jeunesse de Celeborn. Néanmoins :
Taurelilómëa-tumbalemorna Tumbaletaurëa Lómëanor1,
c’est ce qu’ils disaient autrefois. Les choses ont changé, mais c’est encore vrai à certains endroits. »
« Que voulez-vous dire ? dit Pippin. Qu’est-ce qui est vrai ? »
« Les arbres et les Ents, dit Barbebois. Moi-même, je ne comprends pas tout ce qui se passe, alors je ne puis vous l’expliquer. Certains des nôtres sont encore de vrais Ents, et assez animés, à notre manière ; mais bien d’autres sont de plus en plus somnolents, devenant arbresques, diriez-vous. La plupart des arbres ne sont que des arbres, bien entendu ; mais beaucoup sont à demi éveillés. Certains le sont tout à fait, et quelques-uns deviennent… enfin euh, disons, entesques. Cela se produit continuellement.
« Quand cela arrive à un arbre, on s’aperçoit que certains ont un cœur mauvais. Rien à voir avec leur bois : ce n’est pas ce que je dis. Ma foi, j’ai connu de bons vieux saules en bas sur l’Entévière, disparus depuis longtemps, hélas ! Ils étaient complètement creux ; en fait, ils tombaient en morceaux, mais ils avaient la voix tranquille et douce d’une tendre feuille. Et puis il y a des arbres dans les vallées sous les montagnes – parfaitement sains, et mauvais jusqu’au trognon. Ce genre de chose semble se répandre. Il y avait autrefois des endroits très dangereux dans ce pays. Il y a encore des coins très noirs. »
« Comme la Vieille Forêt au nord, vous voulez dire ? » demanda Merry.
« Oui, oui, quelque chose comme ça, mais bien pire. Je ne doute pas qu’il subsiste encore, là-bas au nord, une ombre de la Grande Obscurité ; et les mauvais souvenirs se transmettent. Mais dans ce pays-ci, il est des vallées creuses où l’Obscurité n’a jamais été levée, et où les arbres sont plus vieux que moi. Mais nous faisons notre possible. Nous éloignons les étrangers et les téméraires ; et nous formons et nous enseignons, nous marchons et nous arrachons.
« Nous sommes les bergers des arbres, nous les vieux Ents. Nous sommes encore un certain nombre. Les moutons viennent à ressembler au berger, et les bergers aux moutons, a-t-on coutume de dire ; mais cela prend du temps, et les uns comme les autres ne restent pas longtemps au monde. Pour les arbres et les Ents, c’est plus rapide et plus marqué, et ils marchent ensemble à travers les âges. Car les Ents ressemblent plus aux Elfes : ils s’intéressent moins à eux-mêmes que les Hommes, et ils sont plus doués pour pénétrer au cœur des choses. Mais en même temps, les Ents ressemblent plus aux Hommes : ils sont plus versatiles que les Elfes, et plus susceptibles de prendre la couleur de l’extérieur, si l’on peut dire. Ou bien ils les surpassent tous deux ; car ils sont plus constants, et leur esprit s’arrête plus longuement sur les choses.
« Certains des miens ressemblent tout à fait à des arbres, à présent : il faut quelque chose de majeur pour les éveiller ; et ils ne parlent que par murmures. Mais d’autres de mes arbres ont les branches lestes, et ils sont nombreux à pouvoir me parler. Ce sont les Elfes qui ont tout commencé, bien sûr : éveiller les arbres, leur apprendre à parler, et comprendre leur langage arbresque. Ils voulaient toujours parler à tout, les Elfes anciens. Mais alors, la Grande Obscurité est venue, et ils sont passés au-delà de la Mer ou ont fui dans de lointaines vallées, et ils se sont cachés, chantant des jours qui ne seraient jamais plus. Jamais plus. Si, si : il fut un temps où il n’y avait qu’une seule forêt, d’ici aux Montagnes de Loune ; et cette partie n’était que la Pointe Est.
« C’étaient les jours fastes ! Il fut une époque où je pouvais marcher et chanter toute la journée, sans entendre rien d’autre que l’écho de ma propre voix au creux des collines. Les bois étaient comme ceux de Lothlórien, seulement plus denses, plus forts, plus jeunes. Et la senteur de l’air ! Il m’arrivait de passer une semaine rien qu’à respirer. »
Barbebois se tut, marchant à longues enjambées mais produisant à peine un son avec ses grands pieds. Puis il se remit à fredonner, et sa voix monta en un chant murmurant. Peu à peu, les hobbits s’aperçurent qu’il chantait pour eux :
Je marchais au Printemps dans les saulaies de Tasarinan.
Ah ! splendeurs et parfums du Printemps de Nan-tasarion !
Et je disais que c’était bien.
J’errais en Été dans les ormaies de l’Ossiriand.
Ah ! lumière et musique de l’Été des sept rivières d’Ossir !
Et je ne trouvais pas mieux.
Aux hêtraies de Neldoreth, je venais en Automne.
Ah ! le rouge et l’or et le soupir des feuilles de l’Automne de Taur-na-neldor !
C’était plus qu’il ne m’en fallait.
Aux pinèdes du haut Dorthonion, je montais en Hiver.
Ah ! la bise, la blancheur, les branches noires de l’Hiver d’Orod-na-Thôn !
Ma voix s’élevait et chantait dans le ciel.
Et désormais, toutes ces terres gisent sous les flots,
Et je marche à Ambaróna, à Tauremorna, à Aldalómë,
Dans ma contrée, au pays de Fangorn,
Où les racines sont longues,
Où les années s’étendent plus épaisses que les feuilles
À Tauremornalómë.
Il acheva son chant et poursuivit sa marche en silence ; et dans tout le bois, si loin que portât l’oreille, il n’y avait pas un son.