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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]

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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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Le jour baissait, et le crépuscule s’enroulait autour des fûts des arbres. Enfin, les hobbits virent s’élever devant eux, indistinctement, un pays sombre et escarpé : ils étaient arrivés au pied des montagnes et aux racines vertes du haut Methedras. Au flanc de la colline, la jeune Entévière, jaillissant de ses sources sur les hauteurs, s’élançait tumultueusement à leur rencontre, bondissant de pierre en pierre. À droite du cours d’eau s’élevait une longue pente couverte d’herbe, à présent grise dans la pénombre. Aucun arbre n’y poussait, et elle donnait vue sur le ciel : des étoiles scintillaient déjà dans des lacs bordés de rives nuageuses.

Barbebois gravit la pente à grandes enjambées, sans guère ralentir le pas. Soudain, les hobbits virent se dessiner devant eux une large ouverture. Deux grands arbres se tenaient à cet endroit, un de chaque côté, comme les montants d’un vivant portail ; mais il n’y avait là aucune porte, sinon leurs ramures croisées et entrelacées. À l’approche du vieil Ent, les arbres élevèrent leurs branches, et toutes leurs feuilles frémirent et bruissèrent. Car ces arbres étaient sempervirents, et leurs feuilles, sombres et lustrées, luisaient dans la pénombre. Derrière ce portail d’arbres se trouvait un vaste espace plat, tel le plancher d’une grande salle creusée à même la colline. Les murs, de chaque côté, s’élevaient graduellement jusqu’à une hauteur de cinquante pieds ou plus, et le long de chaque mur se dressait une rangée d’arbres qui, eux aussi, gagnaient en majesté à mesure que l’Ent avançait.

Tout au fond, la paroi rocheuse était à pic ; mais sa base avait été évidée en une sorte d’alcôve peu profonde, au plafond voûté en forme d’arche : c’était d’ailleurs la seule toiture de la salle, hormis les branches des arbres qui, vers la partie arrière, ombrageaient tout l’espace, ne laissant qu’une large allée découverte au milieu. Un petit ruisseau s’échappait des sources d’en haut et, s’écartant du grand cours d’eau, coulait sur la face abrupte du rocher avec un doux tintement : ses gouttes argentées tombaient devant l’alcôve en un fin rideau. L’eau était récupérée dans une vasque de pierre creusée dans le sol entre les arbres, puis elle s’en déversait et ruisselait en bordure de l’allée pour aller rejoindre l’Entévière dans son voyage à travers la forêt.

« Hm ! Nous y voici ! dit Barbebois, rompant son long silence. Je vous ai portés sur environ soixante-dix mille foulées d’Ent, mais j’ignore ce que cela représente selon la mesure de votre pays. Toujours est-il que nous sommes aux racines de la Dernière Montagne. Une partie du nom de cet endroit pourrait se dire Fontenay, si on le traduisait dans votre langue. J’aime bien. Nous logerons ici cette nuit. » Il les déposa sur l’herbe entre les rangées d’arbres, et les hobbits le suivirent vers la grande arche. Ils remarquèrent alors que ses genoux se pliaient à peine tandis qu’il marchait ; mais ses jambes s’ouvraient en une longue foulée. Ses grands orteils (et ils étaient certes énormes, mais aussi très larges) se plantaient dans le sol avant toute autre partie de son pied.

Pendant un moment, Barbebois se tint sous la pluie de la chute, respirant profondément ; puis il rit et passa à l’intérieur. Une grande table de pierre se trouvait là, mais il n’y avait pas de chaises. Au fond de l’alcôve, il faisait déjà bien sombre. Barbebois prit deux grands vaisseaux et les déposa sur la table. Ils semblaient remplis d’eau ; mais lorsqu’il plaça ses mains au-dessus, ils se mirent aussitôt à luire, le premier d’un éclat doré, l’autre d’une riche lueur verte ; et le mélange de lumières éclaira l’alcôve, comme un soleil d’été à travers une voûte de jeunes feuilles. Se retournant, les hobbits virent que les arbres dans la cour avaient eux aussi commencé à luire, faiblement au début, mais avec une ardeur croissante, jusqu’à ce que chaque feuille fût bordée de lumière : verte pour certaines, dorée pour d’autres, ou encore d’un rouge cuivré ; tandis que leurs fûts ressemblaient à des colonnes sculptées dans du roc lumineux.

« Bien, bien, nous pouvons continuer à bavarder, à présent, dit Barbebois. Vous avez soif, je présume. Peut-être êtes-vous fatigués également. Buvez ceci ! » Il se rendit au fond de l’alcôve, et ils virent alors que plusieurs jarres de pierre étaient posées à cet endroit, hautes, munies de lourds couvercles. Découvrant l’un des récipients, il y plongea une énorme louche ; puis il remplit trois bols, dont un très grand et deux autres plus petits.

« Ceci est une maison d’Ent, dit-il, et il n’y a pas de sièges, hélas. Mais vous pouvez vous asseoir sur la table. » Soulevant les hobbits, il les installa sur la grande dalle de pierre, à six pieds au-dessus du sol : ils s’y assirent, balançant leurs jambes dans le vide et sirotant leur boisson.

Cette boisson était semblable à de l’eau, très semblable, en fait, à l’eau qu’ils avaient bue dans l’Entévière près de l’orée ; pourtant, elle avait un parfum ou une saveur qu’ils ne parvenaient pas à définir, très subtile, mais qui leur rappelait l’odeur d’un bois lointain portée par une fraîche brise nocturne. L’effet du breuvage commençait aux orteils et montait peu à peu dans chaque membre, redonnant fraîcheur et vitalité dans sa course vers le haut, jusqu’à l’extrémité des cheveux. Les hobbits sentirent d’ailleurs leur chevelure se dresser sur leur tête et se mettre à onduler, à friser et à pousser. Barbebois, quant à lui, se lava d’abord les pieds dans le bassin situé sous l’arche, puis il vida son bol d’un seul trait, long et lent. Les hobbits crurent qu’il ne s’arrêterait jamais de boire.

Enfin, il posa son bol. « Ah – ah, fit-il. Hm, houm, maintenant, nous serons plus à l’aise pour bavarder. Vous pouvez vous asseoir par terre, et je vais m’étendre : cela empêchera cette boisson de me monter à la tête et de m’endormir. »

Dans le coin droit de l’alcôve se trouvait un grand lit assez bas sur pied, couvert d’une épaisse couche de fougères et d’herbes sèches, mais qui ne devait pas faire plus de deux pieds de haut. Barbebois s’y allongea lentement (avec une légère flexion du bassin tout au plus) jusqu’à être complètement étendu, les bras derrière la tête, de manière à regarder le plafond, où la lumière dansait comme le soleil jouant sur les feuilles. Merry et Pippin s’assirent auprès de lui sur des coussins d’herbe.

« Maintenant, racontez-moi votre histoire, et prenez votre temps ! » dit Barbebois.

Les hobbits lui firent alors le récit de leurs aventures depuis leur départ de Hobbiteville – sans ordre particulier, car ils ne cessaient de s’interrompre l’un l’autre, et Barbebois arrêtait souvent le raconteur pour revenir sur un point précédemment abordé, ou pour faire un saut en avant et les interroger sur la suite des choses. Ils ne firent pas la moindre allusion à l’Anneau et ne lui dirent jamais pour quelle raison ils étaient partis, ni où ils allaient ; et il ne demanda pas à le savoir.

Tout l’intéressait au plus haut point : les Cavaliers Noirs, Elrond et Fendeval, la Vieille Forêt et Tom Bombadil, les Mines de Moria, la Lothlórien et Galadriel. Il leur fit décrire le Comté et ses terres plus d’une fois. Il eut alors une curieuse remarque. « Vous ne voyez jamais, hm… jamais d’Ents par là-bas, à tout hasard ? demanda-t-il. Enfin, pas des Ents, des Ents-Femmes, devrais-je dire en réalité. »

« Des Ents-Femmes ? dit Pippin. Est-ce qu’elles vous ressemblent un tant soit peu ? »

« Oui, hm, enfin non : je ne le sais plus très bien, dit Barbebois d’un air pensif. Mais votre pays leur plairait, alors je me demandais, voilà tout. »

Barbebois, néanmoins, sembla particulièrement intéressé par tout ce qui concernait Gandalf ; et encore plus par les faits et gestes de Saruman. Les hobbits étaient bien désolés d’en savoir si peu de chose : tout au plus, un assez vague compte rendu de Sam leur rapportant ce que Gandalf avait dit au Conseil. Ils avaient au moins une certitude : Uglúk venait d’Isengard, et lui et sa troupe parlaient de Saruman comme de leur maître.

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