Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Je n’ai aucun mal à croire cela, dit Merry. Mais vous n’avez pas encore ramené votre butin à la maison. Et il n’est pas près d’aller de votre côté, on dirait, quoi qu’il arrive. Si nous parvenons à Isengard, le grand Grishnákh n’en retirera pas le moindre avantage : Saruman prendra tout ce qu’il pourra trouver. S’il y a quelque chose que vous désirez, c’est le moment de conclure un marché. »
Grishnákh commençait à s’emporter. Le nom de Saruman semblait particulièrement l’énerver. Les minutes passaient et, peu à peu, l’agitation retombait. Uglúk ou les Isengardiens pouvaient revenir à tout moment. « L’avez-vous – toi, ou bien toi ? » dit-il d’une voix rageuse.
« Gollum, gollum ! » fit Pippin.
« Déliez-nous les jambes ! » dit Merry.
Ils sentirent les bras de l’Orque secoués de violents tremblements. « Soyez maudits – sales petits vermisseaux ! siffla-t-il. Vous délier les jambes ? Je vais vous délier tous les tendons du corps. Me croyez-vous incapable de vous fouiller jusqu’aux os ? Vous fouiller ! Je vais vous mettre en lambeaux encore tout palpitants. Tous les deux. Je n’ai pas besoin de vos jambes pour vous emmener loin d’ici – et vous avoir pour moi tout seul ! »
Soudain il les saisit. La force de ses longs bras, de ses épaules, était terrifiante. Il les fourra chacun sous une aisselle, les pressant brutalement contre ses côtes, une grande main suffocante plaquée sur leurs bouches. Puis il s’élança, prenant soin de se baisser. En silence, d’un pas vif, il se glissa jusqu’à la limite de la butte. Là, choisissant une brèche entre les guetteurs, il passa dans la nuit comme une ombre maléfique, se dirigeant au bas de la pente et en direction de l’ouest, vers la rivière débouchant de la forêt. Il y avait de ce côté un vaste espace vide où ne brûlait qu’un seul feu.
Au bout d’une trentaine de pieds, il s’arrêta et scruta les alentours, l’oreille tendue. Rien ne se voyait, pas un son ne troublait la nuit. Il continua de s’éloigner à pas de loup, presque plié en deux. Puis il s’accroupit et dressa de nouveau l’oreille. Il se releva alors, comme prêt à risquer une course précipitée. À cet instant même, la forme noire d’un cavalier surgit d’entre les ombres devant lui. Un cheval s’ébroua et se cabra. Un homme appela dans la nuit.
Grishnákh se jeta face contre terre, serrant les hobbits sous lui ; puis il tira son épée. Sans doute avait-il l’intention d’éliminer ses prisonniers, plutôt que de les voir s’enfuir ou être délivrés ; mais ce fut sa perte. L’épée tinta faiblement, et elle brilla un peu à la lueur du feu de camp, quelque part sur sa gauche. Une flèche siffla dans l’obscurité : le tir était juste, ou guidé par le sort, et la flèche se planta dans sa main droite. Il laissa tomber son arme avec un cri aigu. Il y eut un vif roulement de sabots, et au moment même où Grishnákh se relevait d’un bond pour prendre la fuite, il fut rejoint et une lance le traversa de part en part. Il poussa un hurlement à donner la chair de poule, puis il demeura étendu, immobile.
Les hobbits restèrent à plat ventre sur le sol, comme Grishnákh les avait laissés. Un second cavalier vint rapidement prêter main-forte à son camarade. Le cheval, en raison de sa vue particulièrement fine ou de quelque autre sens, se souleva et les enjamba avec légèreté ; mais son cavalier ne les vit aucunement, enveloppés dans leurs capes elfiques, momentanément accablés et paralysés par la crainte.
Enfin, Merry remua et dit en un murmure : « Fort bien ; mais comment faire pour éviter d’être embrochés, nous ? »
La réponse vint presque aussitôt. Les cris de Grishnákh avaient alerté les Orques. Les hobbits, d’après les hurlements et des cris stridents qui provenaient de la butte, conclurent que leur disparition avait été découverte : Uglúk faisait sans doute sauter encore une ou deux têtes. Puis soudain retentirent des cris de réponse, des voix d’Orques quelque part à droite, en dehors du cercle des feux, vers la forêt et les montagnes. Visiblement, Mauhúr était arrivé et il attaquait les assiégeants. On entendait le son de chevaux au galop. Les Cavaliers, s’exposant aux tirs orques, refermaient leur anneau autour de la butte de manière à empêcher toute sortie, tandis qu’un détachement allait s’occuper des nouveaux arrivants. Tout à coup, Merry et Pippin se rendirent compte que, sans avoir à bouger, ils se trouvaient maintenant en dehors du cercle : plus rien ne se dressait entre eux et la liberté.
« Bon, dit Merry, si seulement nous avions les jambes et les mains libres, nous pourrions nous sauver. Mais je n’atteins pas les nœuds, et je ne peux tout de même pas les mordre. »
« Inutile d’essayer, dit Pippin. C’est ce que j’allais te dire : j’ai réussi à me libérer les mains. Ces boucles ne sont que pour donner le change. Tu ferais mieux de commencer par grignoter un peu de lembas. »
Il fit glisser les cordes qui recouvraient ses poignets et extirpa un paquet de sa poche. Les gâteaux étaient en pièces mais ils demeuraient frais, encore dans leurs emballages de feuilles. Les hobbits en mangèrent chacun deux ou trois morceaux. Le goût leur rappela les beaux visages et les rires, et la nourriture saine des jours tranquilles, désormais très lointains. Ils restèrent un moment à manger d’un air pensif, assis dans l’obscurité, sans faire attention aux cris et au fracas des armes qui s’élevaient non loin. Pippin fut le premier à revenir au présent.
« Il faut partir, dit-il. Un petit instant ! » L’épée de Grishnákh gisait à portée de main, mais elle était trop lourde et trop incommode pour lui ; aussi rampa-t-il un peu plus loin et, sur le corps du gobelin, il trouva et dégaina un long couteau. Sa lame tranchante vint rapidement à bout de leurs liens.
« Maintenant, allons-y ! dit-il. Quand on se sera un peu réchauffés, on pourra peut-être tenir sur nos jambes. De toute manière, il vaut mieux commencer par ramper. »
Ils rampèrent. Le gazon était épais et moelleux, et c’était tant mieux ; mais la tâche leur parut longue et lente. Restant bien à l’écart du feu de garde, ils se traînèrent à pas de tortue jusqu’au bord de la rivière qui murmurait dans son lit encaissé, parmi les ombres noires. Alors, ils se retournèrent.
Les bruits s’étaient éteints. À l’évidence, Mauhúr et ses « gars » avaient été tués ou repoussés. Les Cavaliers avaient repris leur veille silencieuse et menaçante. Elle ne durerait plus très longtemps. Déjà, la nuit était vieille. Dans l’Est, resté sans nuages, le ciel commençait à pâlir.
« Il faut nous mettre à couvert, dit Pippin, ou nous serons repérés. Ça ne va pas nous consoler, si ces cavaliers s’aperçoivent que nous ne sommes pas des Orques après nous avoir tués. » Il se leva et tapa des pieds. « Ces liens m’ont scié comme du fil de fer ; mais mes pieds commencent à se réchauffer. Je pourrais continuer cahin-caha. Et toi, Merry ? »
Merry se leva. « Oui, dit-il. J’y arrive. Pas de doute, le lembas donne du cœur au ventre ! Et une sensation plus saine que la chaleur de cette boisson orque. Je me demande de quoi elle est faite. Mieux vaut ne pas savoir, sans doute. Allons prendre une gorgée d’eau pour en laver le souvenir ! »
« Non, pas ici, les berges sont trop abruptes, dit Pippin. Continuons ! »
Ils prirent à droite et marchèrent lentement côte à côte, suivant le bord de la rivière. La lumière croissait dans l’Est derrière eux. Tout en marchant, ils échangeaient leurs impressions, causant plaisamment, à la manière hobbite, de tout ce qui leur était arrivé depuis leur enlèvement. Quiconque les eût entendus ne se serait jamais douté des atroces souffrances endurées, du péril mortel auquel ils venaient d’échapper, inexorablement emportés vers le tourment et la mort ; ni du peu de chances qu’ils avaient, même alors, de retrouver amis ou sécurité – ce dont ils étaient parfaitement conscients.