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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]

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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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« Il y avait un chant elfique qui en parlait ; du moins, c’est ainsi que je le comprends. Il fut une époque où on l’entendait d’un bout à l’autre du Grand Fleuve. Ça n’a jamais été un chant d’Ent, remarquez : ç’eût été un très long chant en langue entique ! Mais nous le connaissons par cœur, et nous le fredonnons de temps à autre. Voici comment on le traduit dans votre langue :

L’ENT.

Quand le Printemps déplie la feuille et fait monter la sève ;

Quand s’illumine le ruisseau et que le temps se lève ;

Quand sur la montagne, au grand air, les pas se renouvellent,

Reviens à moi ! Reviens à moi, dis que ma terre est belle !

L’ENT-FEMME.

Quand naît le Printemps dans le clos, et le grain sur les blés,

Quand une floraison de neige embaume le verger ;

Quand l’averse emplit le terreau d’une senteur nouvelle,

Je reste ici et ne viens pas, puisque ma terre est belle.

L’ENT.

Quand l’Été s’étend sur le monde et que Midi chatoie,

Que l’arbre dort sous la ramée et ses rêves déploie ;

Quand le vent m’arrive de l’Ouest et souffle avec chaleur,

Reviens à moi ! Reviens et dis que ma terre est meilleure !

L’ENT-FEMME.

Quand l’Été réchauffe le fruit et fait rougir l’airelle ;

Quand la moisson arrive au bourg, et quand coule le miel,

Que le vent m’arrive de l’Ouest ou qu’il se tourne ailleurs,

Je reste ici, sous le Soleil, car ma terre est meilleure !

L’ENT.

Quand s’abattra le rude Hiver sur le dos des collines ;

Quand le jour sera dévoré par la nuit assassine ;

Quand de ma terre le vent d’Est soufflera à l’encontre,

Au loin j’irai en t’appelant, j’irai à ta rencontre !

L’ENT-FEMME.

L’Hiver venu, le chant conclu, l’obscurité tombée,

Brisée sera la branche nue, le labeur achevé.

Je chercherai et j’attendrai que nous nous retrouvions :

Alors, nous reprendrons la route et nous y marcherons.

ENSEMBLE.

Tous deux, nous prendrons le chemin qui mène à l’Occident,

Vers un pays où nous aurons chacun le cœur content. »

Barbebois acheva sa chanson. « Et voilà, dit-il. Très elfique, comme vous voyez : enjoué, court de mots, et vite terminé. Cela me semble assez joli. Même si les Ents en auraient encore long à dire pour leur part, s’ils avaient le temps ! Mais à présent, je vais me lever et dormir un peu. Où vous tiendrez-vous debout ? »

« Nous avons l’habitude de dormir couchés, dit Merry. Nous serons très bien où nous sommes. »

« Dormir couché ! dit Barbebois. Bien sûr, bien sûr ! Hm, houm ! j’oubliais : cette chanson m’a ramené au bon vieux temps ; j’avais presque l’impression de parler à de jeunes Entiges, imaginez. Eh bien, vous pouvez vous étendre sur le lit. Je vais me tenir sous la pluie. Bonne nuit ! »

Merry et Pippin montèrent sur le lit et se pelotonnèrent dans l’herbe et les fougères moelleuses. La couche était fraîche, odorante et chaude. Les lumières s’éteignirent, et la lueur des arbres passa ; mais dehors, ils pouvaient voir le vieux Barbebois planté sous l’arche, immobile, les bras levés au-dessus de la tête. Les brillantes étoiles perçaient le ciel et faisaient miroiter l’eau qui ruisselait sur ses doigts et sur sa tête, et qui dégouttait, dégouttait comme des milliers de perles d’argent à ses pieds. Prêtant l’oreille au tintement de l’eau, les hobbits s’endormirent.

À leur réveil, ils virent qu’un frais soleil inondait la grande cour et le plancher de l’alcôve. Des lambeaux de nuages flottaient en hauteur, poussés par un fort vent d’est. Barbebois ne se voyait nulle part ; mais tandis que Merry et Pippin se baignaient dans le bassin près de l’arche, ils l’entendirent fredonner et chanter en remontant l’allée bordée d’arbres.

« Hou, ho ! Bonjour, Merry et Pippin, s’écria-t-il en les voyant, d’une voix tonitruante. Vous dormez longtemps. J’ai déjà parcouru des centaines de foulées aujourd’hui. Maintenant, buvons un peu avant d’aller au Cercle des Ents. »

Puisant dans une jarre de pierre, mais non celle de la veille, il leur versa deux bols pleins. Le goût n’était pas le même : plus terreux et plus riche, plus consistant aussi, comme de la vraie nourriture, pour ainsi dire. Tandis que les hobbits, assis au bord du lit, buvaient et grignotaient quelques morceaux de gâteau elfique (non qu’ils aient eu vraiment faim ; mais ils considéraient qu’un petit déjeuner ne pouvait se passer de nourriture), Barbebois se tenait debout, fredonnant en entique, en elfique ou en quelque autre langue étrange, et regardant au ciel.

Pippin hasarda une question. « Où se trouve le Cercle des Ents ? » demanda-t-il.

« Hou, hein ? Le Cercle des Ents ? dit Barbebois, se retournant. Ce n’est pas un endroit, c’est une réunion d’Ents – ce qui n’arrive pas souvent de nos jours. Mais je me suis arrangé pour qu’un nombre convenable me promette de venir. Nous nous rencontrerons là où nous nous sommes toujours réunis : Combelle-Close, comme disent les Hommes. C’est assez loin au sud d’ici. Nous devons y être avant midi. »

Ils se mirent en route avant peu. Barbebois prit les hobbits dans ses bras, comme le jour précédent. À l’entrée de la cour, il tourna à droite, enjamba le ruisseau et partit vers le sud, au pied de hautes pentes raboteuses où les arbres étaient rares. Au-dessus, les hobbits discernaient des fourrés de bouleaux et de sorbiers, et plus haut encore, des pinèdes sombres et escarpées. Bientôt, Barbebois se détourna quelque peu des collines pour plonger dans de profonds bosquets où les arbres étaient plus massifs, plus hauts et plus touffus que tous ceux qu’ils avaient jamais vus. Ils retrouvèrent vaguement cette impression d’étouffement qu’ils avaient ressentie à leur arrivée à Fangorn, mais elle ne tarda pas à se dissiper. Barbebois ne leur parlait pas. Il fredonnait pour lui-même, d’une voix profonde et pensive, mais Merry et Pippin ne saisissaient aucun mot proprement dit : cela ressemblait à boum, boum, rom-boum, bourar, boum boum, dahrar boum boum, dahrar boum, et ainsi et suite, avec de continuels changements de hauteur et de rythme. De temps à autre, ils croyaient entendre une réponse, un bourdonnement ou un friselis qui semblait émaner du sol, ou des branches au-dessus de leurs têtes, ou peut-être des fûts des arbres ; mais Barbebois ne s’arrêtait pas et ne tournait jamais la tête, ni d’un côté ni de l’autre.

Ils avançaient depuis un long moment – Pippin avait tenté de calculer les « foulées d’Ent », mais il avait perdu le compte à environ trois mille – quand Barbebois se mit à ralentir le pas. Soudain il s’arrêta, posa les hobbits, et porta les mains à sa bouche, arrondies de manière à former un tube creux ; puis il souffla ou bien appela à travers. Un grand houm, hom retentit dans les bois tel un cor à la voix profonde, comme répercuté par les arbres. Au loin, de plusieurs directions à la fois, monta un houm, hom, houm très similaire qui n’était pas un écho, mais une réponse.

Barbebois jucha alors Merry et Pippin sur ses épaules et se remit en marche, lançant de temps en temps un nouvel appel ; et chaque fois, les réponses devenaient plus fortes et plus proches. Ainsi, ils parvinrent enfin à ce qui avait tout l’air d’un mur impénétrable : une rangée d’arbres sombres à feuilles persistantes, d’une espèce que les hobbits n’avaient jamais vue. Leurs branches partaient des racines mêmes, et elles étaient chargées de feuilles sombres et vernissées, comme du houx sans épines ; elles portaient de nombreuses inflorescences en forme d’épi, droites et raides, où luisaient de gros bourgeons de couleur olive.

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