Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Tu t’en es bien tiré, ça m’a tout l’air, maître Touc, dit Merry. Ça te vaudra quasiment un chapitre dans le livre du vieux Bilbo, si jamais j’ai la chance de lui rendre compte. Bien joué : surtout d’avoir compris le petit manège de ce monstre poilu, et excité sa convoitise. Mais je me demande si quelqu’un finira par découvrir tes traces et trouver cette broche. Ça m’ennuierait de perdre la mienne, mais j’ai bien peur que la tienne ne soit disparue pour de bon.
« Je devrai bientôt fourbir mes orteils si je veux pouvoir te rattraper. Assurément, c’est au tour du cousin Brandibouc de se mettre en avant. C’est ici qu’il entre en scène. Je ne pense pas que tu aies quelque idée d’où nous sommes ; pour ma part, j’ai fait meilleur usage de mes temps libres à Fendeval. Nous marchons vers l’ouest le long de l’Entévière. Le bout des Montagnes de Brume est devant nous, ainsi que la Forêt de Fangorn. »
Alors même qu’il prononçait ces mots, la lisière sombre et menaçante de la forêt surgit droit devant eux. La nuit semblait avoir trouvé refuge sous ses grands arbres, fuyant l’Aurore imminente.
« Je vous suis, maître Brandibouc ! dit Pippin. Où que vous alliez. On nous a mis en garde contre Fangorn. Mais quelqu’un d’aussi savant ne peut l’avoir oublié. »
« Je ne l’ai pas oublié, répondit Merry ; mais la forêt me paraît tout de même préférable, plutôt que de retourner en pleine bataille. »
Il ouvrit la marche, passant sous les énormes branches des arbres. Ils semblaient d’une indicible vieillesse. De longues bandes de lichen pendillaient à leurs branches comme de grandes barbes flottant au vent. Les hobbits, se retournant, risquèrent un regard en dehors des ombres, contemplant le pays du haut de la pente – formes fugitives qui, dans la faible lumière, avaient tout l’air d’enfants des Elfes de la nuit des temps, sortis de la Forêt Sauvage et ouvrant des yeux émerveillés sur leur première Aurore.
Loin au-delà du Grand Fleuve et des Terres Brunes, à des lieues et des lieues grises de là, l’Aurore parut, rouge comme flamme. Les cors de chasse sonnèrent puissamment pour l’accueillir. Les Cavaliers du Rohan s’animèrent soudain. Les cors, encore, se répondirent.
Merry et Pippin entendirent, clairs dans l’air froid, le hennissement des montures de guerre et le chant soudain de nombreux hommes. Le limbe du Soleil fut levé, telle une arche de feu, par-dessus la lisière du monde. Puis, avec un grand cri, les Cavaliers chargèrent depuis l’Est : lances et cottes de mailles étincelèrent du rougeoiement. Les Orques, à grands cris, tirèrent toutes les flèches qu’il leur restait. Les hobbits virent tomber plusieurs cavaliers ; mais leurs rangs balayèrent la colline sans se rompre, avant de faire demi-tour pour revenir à la charge. Chez les Orques, la plupart des survivants se débandèrent alors, fuyant de tous côtés, poursuivis à mort un par un. Mais une bande de résistants, réunis en une pointe noire, poussa résolument en direction de la forêt. Ils chargèrent tout droit vers la pente, en direction des deux observateurs. Ils approchaient rapidement, et leur évasion semblait de plus en plus probable : ils avaient déjà abattu trois Cavaliers qui leur barraient la route.
« Nous sommes restés trop longtemps à observer, dit Merry. Voilà Uglúk ! Je n’ai pas envie de le revoir. » Les hobbits tournèrent le dos à la plaine et s’enfoncèrent dans les ombres du bois.
Ainsi, ils ne furent pas témoin des derniers instants de la bataille, quand Uglúk fut rattrapé puis acculé à la lisière même de Fangorn. Là, il fut enfin terrassé par Éomer, Troisième Maréchal de la Marche, qui mit pied à terre et croisa le fer avec lui. Et de par les vastes prairies, les Cavaliers aux yeux perçants traquèrent les quelques Orques qui s’étaient échappés et qui avaient encore la force de fuir.
Enfin, lorsqu’ils eurent élevé un tertre sur leurs camarades tombés et chanté leurs louanges, les Cavaliers allumèrent un grand feu et dispersèrent les cendres de leurs ennemis. Ainsi finit leur incursion, et aucune nouvelle n’en revint jamais en Mordor ou à Isengard ; mais la fumée du brasier s’éleva haut dans les airs et fut observée de nombreux regards attentifs.
4Barbebois
Pendant ce temps, les hobbits marchaient aussi vite que le permettait la forêt sombre et enchevêtrée, le long de la rivière courante, vers l’ouest et les pentes montagneuses, toujours plus avant dans les bois de Fangorn. Leur crainte des Orques s’apaisa peu à peu, et ils ralentirent le pas. Une étrange sensation d’étouffement les gagnait, comme si l’air était trop pauvre ou trop rare pour la respiration.
Enfin, Merry s’arrêta. « On ne peut pas continuer comme ça, dit-il, haletant. J’ai besoin d’air. »
« Buvons au moins un peu, dit Pippin. Je meurs de soif. » Il se hissa sur une grosse racine sinueuse qui descendait jusqu’à la rivière, et, mettant ses mains en coupe, il se pencha et puisa de l’eau. Elle était claire et froide, et il en but de nombreuses gorgées. Merry l’imita. L’eau les rafraîchit et parut leur verser du baume au cœur ; pendant un moment, ils s’assirent ensemble au bord du torrent, trempant leurs jambes et leurs pieds endoloris et promenant leur regard sur les arbres silencieux qui les entouraient, rangées après rangées, jusqu’à se fondre en une pénombre grise, dans toutes les directions.
« J’ose croire que tu ne nous as pas encore égarés ? dit Pippin en s’adossant contre un grand tronc. On pourrait à tout le moins suivre le cours de cette rivière, l’Entévière ou je ne sais trop comment tu l’appelles, et ressortir par où nous sommes entrés. »
« On pourrait, si nos jambes voulaient bien coopérer, dit Merry ; et s’il y avait moyen de respirer convenablement. »
« Oui, tout est très sombre et étouffant, ici, dit Pippin. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rappelle l’antique salle de la Grande Maison des Touc, loin par chez nous, dans les Smials de Tocquebourg : une maison immense, où le mobilier n’a pas été déplacé ou changé depuis des générations. On dit que le Vieux Touc y a passé des années, tandis que lui et la pièce vieillissaient et se dégradaient ensemble – et rien n’a jamais été changé depuis qu’il est mort il y a un siècle. Et le Vieux Gerontius était mon arrière-arrière-grand-père : ça nous ramène à loin. Mais c’est sans rapport avec la vieillesse qu’on sent dans ce bois. Regarde-moi ce lichen, toutes ces barbes pleureuses et ces moustaches traînantes ! Et la plupart des arbres semblent à demi recouverts de feuilles déchiquetées et racornies qui ne sont jamais tombées. Ça fait désordre. Je ne vois pas du tout à quoi ressemblerait le printemps, ici, à supposer qu’il y en ait un – encore moins un nettoyage de printemps. »
« Mais le soleil doit bien apparaître de temps en temps, dit Merry. Ça ne ressemble pas du tout à la description qu’a faite Bilbo de la forêt de Grand’Peur. C’était un sentiment tout différent : un endroit ténébreux et noir, peuplé de créatures tout aussi noires. Ici, c’est tout au plus un demi-jour, quoique terriblement “arbresque”. On n’imagine pas que des animaux puissent vivre ici, ou s’attarder longtemps. »
« Ni des hobbits, dit Pippin. Et je n’aime pas l’idée d’essayer de la traverser, non plus. Rien à manger pendant une centaine de milles, je gage. Que nous reste-t-il comme provisions ? »