Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Pas grand-chose, dit Merry. Nous avons filé avec deux paquets de lembas dans nos poches ; tout le reste est demeuré derrière nous. » Ils vérifièrent ce qu’il leur restait des gâteaux elfiques : quelques morceaux, environ cinq jours d’une maigre pitance, pas plus. « Et pas la moindre écharpe ou couverture, dit Merry. La nuit va être froide, où que nous allions. »
« Eh bien, on ferait mieux de décider tout de suite, dit Pippin. La matinée avance, mine de rien. »
C’est alors qu’ils remarquèrent une lumière jaune qui venait d’apparaître un peu plus loin dans les bois : des rayons de soleil semblaient avoir soudain percé la voûte forestière.
« Tiens, tiens ! dit Merry. Soleil doit avoir rencontré un nuage pendant que nous marchions sous les arbres, et maintenant, elle est ressortie ; ou elle a grimpé assez haut pour regarder par une ouverture. Ce n’est pas loin : allons voir ! »
Ils s’aperçurent que c’était plus loin qu’ils ne l’avaient cru. Le sol continuait de monter en pente raide, et il devenait de plus en plus rocailleux. La lumière grandit à mesure qu’ils avançaient, et bientôt, ils virent se dresser devant eux une paroi rocheuse : le flanc d’une colline, ou la fin abrupte de quelque longue racine projetée par les lointaines montagnes. Aucun arbre ne poussait sur sa face de pierre, et le soleil tombait en plein sur elle. Les ramilles des arbres à sa base, raides et immobiles, étaient comme des doigts tendus vers la chaleur. Là où toutes choses avaient paru si grises et défraîchies dans l’instant d’avant, le bois se parait à présent de riches nuances de brun, et d’un lisse gris-noir d’écorce semblable à du cuir lustré. Les fûts des arbres luisaient d’un vert tendre comme l’herbe nouvelle : le jeune printemps, ou la vision fugace de celui-ci les entourait.
Dans la paroi rocheuse elle-même se voyait comme un escalier – peut-être naturel, taillé par l’érosion et le délitement de la roche, car il était grossier et inégal. Très haut, presque au niveau de la cime des arbres, se trouvait une corniche sous un escarpement. Rien ne poussait là, hormis quelques herbes accrochées au bord, et un vieux chicot d’arbre à qui il ne restait que deux branches courbées : on eût dit la silhouette d’un vieillard rabougri, debout sur l’éminence, plissant les yeux à la lumière du matin.
« Allons-y ! dit Merry d’un ton enjoué. Vivement une bouffée d’air frais et un aperçu du pays ! »
Ils gravirent l’escalier de roche en s’aidant des pieds et des mains. S’il avait été taillé par quelqu’un, c’était pour de plus gros pieds et de plus longues jambes que les leurs. Ils étaient trop pressés pour s’étonner de l’extraordinaire rapidité avec laquelle s’étaient guéries les coupures et les plaies subies au cours de leur captivité, et de leur formidable regain de vitalité. Ils finirent par atteindre le rebord de la corniche, presque au pied du vieux chicot ; d’un bond, ils y montèrent, et, tournant le dos à la colline, ils étendirent leur regard sur l’est en prenant de grandes respirations. Ils virent qu’ils n’avaient pénétré que de trois ou quatre milles à l’intérieur de la forêt : les têtes des arbres descendaient vers la plaine en une marche ordonnée. Là, près de la lisière des bois, de hauts panaches de fumée noire s’élevaient en spirale et dérivaient lentement vers eux.
« Le vent tourne, dit Merry. Il est revenu à l’est. Il fait frais, à cette hauteur. »
« Oui, dit Pippin ; j’ai bien peur que ce ne soit qu’une éclaircie avant le retour de la grisaille. Quel dommage ! Cette vieille forêt hirsute paraissait si différente à la lumière du soleil. J’avais presque l’impression d’aimer l’endroit. »
« Presque l’impression d’aimer la Forêt ! C’est bien ! C’est incroyablement gentil à vous, dit une voix étrange. Tournez-vous et laissez-moi voir un peu votre figure. J’ai presque l’impression de ne pas vous aimer, ni l’un ni l’autre, mais ne soyons point trop hâtifs. Tournez-vous ! » Une grande main aux doigts noueux se posa sur leurs épaules et les retourna, doucement mais irrésistiblement ; puis deux longs bras les soulevèrent.
Ils se trouvèrent nez à nez avec un visage des plus extraordinaires. Il appartenait à une grande forme rappelant un Homme, voire un Troll, d’au moins quatorze pieds de haut, très robuste, surmontée d’une tête allongée sans véritable cou. Elle était vêtue d’une étoffe vert et gris pareille à de l’écorce, laquelle pouvait tout aussi bien être sa peau : c’était difficile à dire. Les bras se trouvaient en tout cas très proches du tronc, et ils n’étaient pas plissés, mais recouverts d’un cuir brun et lisse. Les pieds, très grands, étaient chacun dotés de sept orteils. La partie inférieure du visage était couverte d’une longue barbe grise, touffue, presque ligneuse à la racine, quoique fine et moussue aux extrémités. Mais, pour lors, les hobbits ne voyaient pas grand-chose d’autre que les yeux. Ces yeux profonds les examinaient à présent, lents et graves, mais très pénétrants. Ils étaient marron, teintés d’une lueur verte. Pippin devait souvent essayer par la suite de décrire la première impression qu’il avait ressentie en les voyant.
« C’était comme s’il y avait au fond un puits énorme, rempli d’une mémoire séculaire, d’une lente et longue pensée soutenue ; mais le présent étincelait à la surface : comme un chatoiement de soleil sur les feuilles extérieures d’un grand arbre, ou sur les rides d’un lac très profond. Je ne sais pas, mais c’était comme si un être qui aurait grandi dans le sol – endormi, si on veut, ou qui n’aurait fait que se sentir, du bout des racines jusqu’à la pointe des feuilles, entre terre et ciel – venait soudain de s’éveiller, et vous considérait avec toute la lenteur et l’attention qu’il avait appliquées à ses propres affaires intérieures pendant d’innombrables années. »
« Hroum, Houm », murmura la voix, une voix profonde : comme un instrument de la famille des bois au registre très grave. « Vraiment très curieux ! Pas tant de hâte, c’est ma devise. Mais si je vous avais vus avant d’entendre vos voix – elles m’ont plu : jolies petites voix que cela ; elles m’ont rappelé quelque chose que je n’arrive pas à placer – si je vous avais vus avant de vous entendre, je vous aurais simplement piétinés, vous prenant pour de petits Orques, avant de me rendre compte de mon erreur. Vous êtes très curieux, vraiment. Racine et ramille, très curieux ! »
Pippin, bien qu’encore abasourdi, n’était plus effrayé. Ces yeux le plaçaient dans une étrange expectative, mais ne lui inspiraient aucune peur. « Voulez-vous s’il vous plaît, demanda-t-il, nous dire qui vous êtes ? Et ce que vous êtes ? »
Une expression étrange parut dans les yeux âgés, une sorte de méfiance : les profonds puits étaient obturés. « Hroum, oui, répondit la voix ; eh bien, je suis un Ent, du moins c’est ainsi que l’on m’appelle. Oui, Ent, c’est le mot. C’est moi l’Ent, diriez-vous, à votre façon de parler. Fangorn est mon nom, pour certains ; d’autres disent Barbebois. Barbebois fera l’affaire. »
« Un Ent ? dit Merry. Qu’est-ce que c’est que ça ? Mais comment vous appelez-vous vous-même ? Quel est votre vrai nom ? »
« Hou, là ! répondit Barbebois. Hou ! Voilà qui en dirait long ! Pas tant de hâte. Et c’est moi qui pose les questions. Vous êtes dans mon pays. Qui êtes-vous, vous, c’est bien ce que je me demande. Je ne vous situe pas. Vous ne semblez pas rentrer dans les listes anciennes que j’ai apprises quand j’étais jeune. Mais c’était il y a très, très longtemps, et on a peut-être dressé de nouvelles listes. Voyons, voyons voir ! Comment c’était, déjà ?