Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Il n’y avait personne. Le sol était nu, à l’exception de taches de sang vermillon et luisant. Sur le mur, le sang avait été étalé pour former des lettres qui ne lui étaient pas tout à fait étrangères et des mots dont il ignorait tout. Des mots semblables à des chiens qui hurlent dans la nuit, sans cesse présents mais toujours hors de portée.
L’homme s’éloigna de la porte et rejoignit ses camarades entassés au fond de la pièce.
Il y avait quelqu’un à la porte.
Kaempffer ouvrit tout grands les yeux ; il craignait que ne se reproduise le cauchemar qui l’avait déjà une fois tiré du sommeil. Non. Il ne sentait aucune présence malveillante de l’autre côté de la porte. C’était un homme qui se trouvait là…
— Qui est là ? dit Kaempffer, en tirant son Luger.
Pas de réponse.
Ce fut alors le bruit d’une main qui cherche à manœuvrer le loquet. Kaempffer pensa un instant allumer sa lampe mais il choisit de rester dans le noir. La silhouette de l’intrus se détacherait parfaitement sur le fond lumineux du couloir.
— Présentez-vous !
On se désintéressa du loquet. Ce furent alors des craquements et des grincements, comme si une masse énorme s’appuyait contre la porte pour l’enfoncer. Kaempffer était en sueur, il tremblait. La massive porte de chêne venait de bouger de quelques centimètres. Les gonds cédaient, lentement, puis la porte s’ouvrit brutalement.
Deux silhouettes se découpaient sur la lumière du couloir. Kaempffer vit à leurs casques qu’il s’agissait de soldats allemands ; leurs bottes montantes étaient celles d’hommes des einsatzkommandos. Cette révélation aurait dû le calmer mais il n’en fut rien. Pourquoi avaient-ils forcé sa porte ?
— Qui est-ce ? demanda-t-il.
Ils ne répondirent pas mais s’avancèrent vers le lit où il gisait, paralysé. Leur démarche avait quelque chose de mécanique, de grotesque. Kaempffer crut un instant que les soldats allaient lui marcher dessus mais ils s’arrêtèrent au bord du lit. Ni l’un ni l’autre ne parlèrent ni ne saluèrent.
— Que voulez-vous ?
Il aurait dû être furieux mais la peur étouffait sa colère. Malgré lui, il cherchait à se réfugier sous les couvertures.
— Parlez-moi ! fit-il, suppliant.
Toujours pas de réponse. Il tendit la main et trouva la lampe posée à terre. Ses doigts maladroits hésitèrent sur l’interrupteur puis il fit la lumière.
Les soldats Flick et Waltz se tenaient devant lui, immobiles, le visage livide, les yeux révulsés. Une barre rouge, horrible, laissait entrevoir la chair déchiquetée de leur cou.
Paralysé, Kaempffer tentait vainement de hurler sa terreur.
Les deux soldats se mirent alors à vaciller. Sans bruit, presque avec grâce, ils s’abattirent sur le lit, clouant l’officier sous des centaines de livres de chair morte.
Kaempffer luttait frénétiquement pour se dégager des deux cadavres quand il entendit une voix lointaine émettre un long hululement d’effroi.
Il lui fallut quelque temps pour se rendre compte que cette voix était la sienne.
— Alors, vous y croyez, maintenant ?
— Croire à quoi ?
Kaempffer refusait de regarder Woermann et préférait s’intéresser au verre de kummel qu’il tenait à deux mains. Il en avait vidé la moitié d’une seule traite et buvait maintenant le reste avec lenteur. Peu à peu, il reprenait contrôle de soi. Heureusement qu’il se trouvait chez Woermann et non chez lui…
— Les méthodes SS ne résoudront pas ce problème.
— Les méthodes SS résolvent tous les problèmes.
— Pas celui-ci.
— J’ai à peine commencé, et je n’ai pas encore tué de villageois !
Tout en disant cela, Kaempffer savait pertinemment qu’il venait de vivre une situation devant laquelle l’expérience des SS se révélait impuissante. Il n’y avait pas de précédents, personne à qui il eût pu demander conseil. Il y avait dans ce donjon quelque chose qui était bien au-delà de la peur et de l’emprisonnement. Quelque chose qui se servait de la peur comme d’une arme. Il ne s’agissait pas d’un groupe de résistants ou d’un fanatique du Parti National Paysan. C’était une chose qui n’avait pas de nationalité, pas de race, pas de rôle à jouer dans cette guerre.
Les prisonniers du village devraient toutefois mourir à l’aube. Il ne pouvait les laisser partir – ç’aurait été admettre sa défaite, et les SS et lui-même en auraient perdu la face. C’était absolument impensable. Tant pis si la mort des paysans n’aurait aucun effet sur la… chose qui tuait ses hommes. Ils devaient mourir.
— Ils ne mourront pas, dit Woermann.
— Quoi ? fit Kaempffer, qui leva finalement les yeux de son verre de kummel.
— Les villageois – je vais les laisser partir.
— Comment osez-vous !
La colère. A nouveau, il se sentait vivre. Il quitta sa chaise.
— Vous me remercierez plus tard quand vous n’aurez pas à expliquer l’extermination systématique d’un village roumain. Parce que c’est ce qui va se passer. Je vous connais, vous et vos semblables. Vous ne pouvez pas vous arrêter parce que ce serait reconnaître que vous avez commis une faute. C’est pour cela que je veux vous empêcher de commencer. Vous pourrez me coller votre échec sur le dos. J’accepterai le blâme et nous nous trouverons une nouvelle affectation.
Kaempffer se rassit. Il était pris au piège. Avouer son échec à ses supérieurs de la SS entraînerait la fin de sa carrière.
— Je n’abandonne pas, dit-il à Woermann, devant qui il voulait paraître obstiné dans le courage.
— Il n’y a pas de solution. On ne peut se battre contre ça !
— Eh bien moi, je me battrai !
— Comment ? fit Woermann en se penchant en arrière. Vous ne savez même pas contre quoi vous vous battez, comment pouvez-vous choisir vos armes !
— Si, avec des fusils, des mortiers, des…
Kaempffer ne put s’empêcher de reculer quand Woermann s’approcha tout près de lui.
— Écoutez-moi, Herr Sturmbannführer ! Ces hommes étaient morts avant d’entrer dans votre chambre. Morts ! On a trouvé leur sang dans le couloir. Ils sont morts dans votre prison de fortune et malgré cela, ils ont marché dans le couloir, ils ont forcé votre porte et se sont affalés sur vous. Qu’est-ce que vous pouvez faire contre ça ?
Kaempffer frissonna à ce souvenir.
— Ils ne sont morts qu’après être entrés dans ma chambre ! Ils ont eu le courage de venir me trouver malgré leurs blessures ! s’écria-t-il, machinalement, sans en croire un seul mot.
— Ils étaient morts, mon ami, dit Woermann d’un ton qui n’avait rien d’amical. Vous n’avez pas examiné les corps, vous étiez trop occupé à nettoyer votre pantalon ! Moi, je les ai examinés, de même que j’ai vu tous ceux qui ont péri dans ce foutu donjon. Croyez-moi, vos deux soldats sont morts sur le coup. Les veines du cou ont été arrachées, de même que la trachée-artère. Même si vous étiez Himmler en personne, ils n’auraient pu vous prévenir !
— Eh bien, on les a portés !
Même si cela ne correspondait pas à ce qu’il avait vu, il se devait de trouver une explication logique. Les morts ne marchaient pas, c’était impossible !
Woermann se cala à nouveau sur sa chaise et le regarda avec un tel dédain que Kaempffer eut l’impression d’être nu devant lui.
— C’est à la SS que vous avez appris à vous mentir à vous-même ?