Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Le long d’un des murs de la salle de réception était installé un terrarium de verre où un serpent d’un mètre de long ne cessait de se lover et de se dérouler. C’était l’animal favori du maître de maison. A trois reprises, il avait convié tous ses hôtes à le voir avaler un crapaud. Woermann s’était contenté d’un rapide coup d’œil pendant le premier repas – il avait vu le crapaud descendre lentement dans le gosier du serpent, agitant frénétiquement les pattes pour tenter de s’échapper.
Cette vision avait suffi pour rendre sinistre une soirée déjà pesante. En quittant la salle, Helga et lui avaient longé le terrarium : le serpent avait encore faim, il se tordait en tous sens et semblait réclamer un quatrième crapaud.
Woermann repensait à ce serpent en regardant Kaempffer déambuler dans ses appartements, tourner autour du chevalet, marcher de la porte à la fenêtre. Si l’on excepte la chemise brune, Kaempffer était tout de noir vêtu – veste, pantalon, cravate, ceinturon de cuir, étui de revolver, cuissardes. L’insigne d’argent représentant la tête de mort, les deux S pareils à des éclairs et les galons d’officier étaient les seules taches brillantes d’un uniforme d’un noir absolu… comme des écailles luisantes sur la peau d’un serpent à tête blonde.
Il remarqua que Kaempffer avait vieilli depuis leur dernière rencontre, survenue il y a deux ans à Berlin. Mais pas autant que moi, se dit Woermann. Le major SS avait deux ans de plus que lui mais il était plus mince et paraissait plus jeune. Ses cheveux blonds ne dissimulaient pas le moindre fil gris. Un bel exemple de la perfection aryenne.
— Vous n’avez amené qu’une escouade, dit Woermann. Votre message en mentionnait deux. Je croyais quant à moi que vous seriez venu avec un régiment au grand complet.
— Non, Klaus, fit Kaempffer d’un ton condescendant. Une seule escouade suffira largement pour résoudre vos petits problèmes. Mes einsatzkommandos excellent à ce genre de choses. Mais j’ai tout de même pris deux escouades parce que ce château ne constitue qu’une étape.
— Dans ce cas, où est l’autre escouade ? Elle cueille des fleurs ?
— Oui. dans un certain sens, dit Kaempffer avec un hideux sourire.
— Qu’est-ce que vous entendez par là ?
Kaempffer ôta sa casquette, son manteau, qu’il jeta sur le bureau de Woermann, puis il s’approcha de la fenêtre donnant sur le village.
— Vous allez bientôt comprendre…
Woermann rejoignit le SS à contrecœur. Kaempffer n’était là que depuis vingt minutes et il se comportait déjà en commandant de la place. Précédant son groupe d’extermination, il avait franchi la chaussée de bois sans la moindre hésitation, en dépit des piles de bois qui s’étaient affaissées au cours de la semaine précédente. La jeep du major et le camion qui la suivait étaient passés sans encombre. Après avoir débarqué et ordonné au sergent Oster de s’occuper de l’installation de ses hommes, il s’était présenté dans le bureau de Woermann avec toute l’arrogance d’un nouveau messie.
— On dirait que vous avez fait votre chemin depuis la Grande Guerre, dit Woermann, alors qu’ils regardaient le village paisible en contrebas. La SS semble vous convenir.
— Je préfère la SS à l’armée régulière, si c’est ce que vous voulez dire. Elle est plus efficace.
— C’est ce qu’on dit, oui.
— Je vous montrerai comment l’efficacité peut résoudre des problèmes, Klaus. Et c’est en résolvant des problèmes qu’on finit par gagner la guerre. Tenez, regardez…
Il tendit la main vers le village. Woermann remarqua bientôt un mouvement aux abords du village. Un groupe d’hommes. Quand ils parvinrent à la chaussée, Woermann comprit qu’il s’agissait de dix villageois avançant sous la menace de la seconde escouade d’einsatzkommandos.
— Vous êtes devenu fou ! Ce sont des citoyens roumains ! Nous sommes en territoire allié ! s’écria Woermann, outré, bien qu’il se fût attendu à quelque chose de la sorte.
— Des soldats allemands ont été tués par un ou plusieurs citoyens roumains. Et cela m’étonnerait que le général Antonescu proteste auprès du Reich pour la mort de quelques péquenots.
— Leur mort ne résoudra rien !
— Oh, je n’ai pas l’intention de les tuer tout de suite : ils feront d’excellents otages. Les gens du village ont été prévenus : ces dix-là seront fusillés si un autre soldat allemand doit mourir. Et il en sera de même toutes les fois qu’un Allemand mourra. J’appliquerai cette méthode tant que le problème ne sera pas réglé, même s’il faut rayer le village de la carte.
Woermann se détourna. C’était donc cela l’Ordre Nouveau, l’Allemagne Nouvelle, l’éthique de la Race des Seigneurs. C’était ainsi que la guerre serait gagnée.
— Cela ne marchera pas, dit Woermann.
— Oh si, fit Kaempffer, dont l’arrogance était insupportable, parce que ça a toujours marché. Ces partisans ne tiennent que grâce au soutien de leurs compagnons de beuverie. Ils sont très forts pour jouer les héros – jusqu’au jour où leurs amis sont exécutés, leurs femmes et leurs enfants déportés. Ils redeviennent alors de braves paysans bien tranquilles.
Woermann voulait trouver le moyen de sauver ces villageois parce qu’il savait qu’ils n’étaient pour rien dans la mort de ses hommes.
— Cette fois-ci, c’est différent.
— Je ne le crois pas, Klaus, et je me permets de penser que mon expérience en ce domaine est bien supérieure à la vôtre.
— Bien sûr… Auschwitz, n’est-ce pas ?
— J’ai beaucoup appris auprès du commandant Hess.
— Ah, vous aimez apprendre ? fit Woermann, en lui jetant sa casquette. Eh bien, je vais vous montrer quelque chose de nouveau ! Venez avec moi !
Sans lui laisser le temps de le questionner, Woermann entraîna Kaempffer dans l’escalier puis dans la cour, avant d’emprunter un autre escalier qui menait à la cave. Il s’arrêta devant la brèche et alluma une lampe puis il conduisit Kaempffer dans les sous-sols caverneux.
— Il fait froid ici, dit Kaempffer en se frottant les mains.
— C’est là que nous gardons les corps. Il y en a six en tout.
— Vous ne les avez pas fait rapatrier ?
— J’ai pensé que les rapatrier un par un ferait mauvais effet… les Roumains pourraient jaser. Je voulais les emmener avec moi mais, comme vous le savez, ma demande de réaffectation a été rejetée.
Il fit halte devant les six corps recouverts de draps.
— Voici le soldat Remer, dit-il en découvrant la tête et les épaules de la dernière victime. Regardez sa gorge.
Kaempffer était impassible.
Woermann remit le drap en place puis fit de même avec le cadavre suivant, tenant sa lampe de façon que Kaempffer vît parfaitement la gorge déchirée. Il présenta ainsi tous les corps, gardant le plus mutilé pour la fin.
— Et enfin, le soldat Lutz…
Kaempffer ne put réprimer un petit cri de surprise. Mais l’étonnement de Woermann était encore plus grand : la tête de Lutz avait été disposée à l’envers – le sommet du crâne reposait entre les épaules, et le cou tranché était dirigé vers l’extérieur.
Woermann s’empressa de retourner la tête et se jura de découvrir celui qui s’était montré aussi peu respectueux envers les restes d’un camarade. Il remonta ensuite le drap et se planta devant Kaempffer.
— Est-ce que vous comprenez maintenant pourquoi cela ne sert à rien de prendre des otages ?