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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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Fils d’un employé de bureau d’Augsburg, Kaempffer se retrouva à la rue à la fin de la guerre. Apeuré, sans le sou, il était l’un des milliers de vétérans de cette guerre perdue. Ces hommes n’étaient pas des héros mais des gêneurs. Il s’engagea alors dans cette organisation nihiliste qu’était le Freikorps Oberland ; puis ce fut le Parti Nazi en 1927, et la SS en 1931 quand il eut fait la preuve de son volkisch, son pedigree de bon Allemand.

C’est à la SS qu’il apprit les techniques de la terreur et de la douleur, mais il y apprit également les techniques de survie ; comment surveiller discrètement les faiblesses de ses supérieurs tout en dissimulant les siennes propres à ses subordonnés. Il parvint finalement à devenir le premier assistant de Rudolf Hess, champion de l’extermination du peuple juif.

Il apprit si bien qu’il fut élevé au grade de Sturmbannführer et qu’on lui demanda de mettre sur pied le camp de réinstallation de Ploiesti.

Il n’avait qu’une hâte : commencer son travail à Ploiesti. Mais les tueurs invisibles des hommes de Woermann lui barraient la route. Il fallait donc s’en débarrasser. On ne pouvait pas appeler cela un problème ; ce n’était rien de plus qu’un petit incident de parcours.

Il se devait de le résoudre rapidement afin de laisser un Woermann totalement désemparé.

Une solution rapide empêcherait également Woermann de révéler l’incident de Verdun : tout le monde le prendrait alors pour un jaloux qui cherche à se venger de la manière la plus basse.

Il éteignit la lampe. Oui… la solution devait être trouvée rapidement. Mais une chose le troublait, toutefois : le fait que Woermann eût peur. Qu’il fût littéralement terrorisé. Car Woermann n’était pas homme à s’effrayer facilement.

Il ferma les yeux et essaya de dormir. Le sommeil l’enveloppa ainsi qu’une couverture. Et brusquement, la couverture lui fut arrachée. Il s’éveilla en sursaut, avec la chair de poule et la peur au ventre. Il y avait quelque chose de l’autre côté de la porte. Il n’entendit rien, ne vit rien. Et pourtant, il savait qu’il y avait là une chose dégageant une telle aura de haine glacée et de pure cruauté qu’il pouvait la sentir malgré le bois et la pierre qui l’en séparaient. Une chose qui se déplaçait dans le couloir, passait devant sa porte, s’éloignait…

Son cœur ralentit, progressivement. Et il parvint bientôt à se convaincre qu’il avait fait un cauchemar, un de ces rêves particulièrement violents qui vous tirent du premier sommeil.

Le major Kaempffer se leva et se débarrassa gauchement de son caleçon long. Sa vessie s’était vidée au cours du cauchemar.

Les soldats Friedrich Waltz et Karl Flick, membres de la première unité à tête de mort placée sous le commandement du major Kaempffer, frissonnaient dans leur uniforme noir. Ils étaient las et s’ennuyaient. Ce n’était pas du tout le type de garde auquel ils étaient accoutumés. A Auschwitz, ils avaient des miradors et des guérites où ils pouvaient s’asseoir et boire du café pendant que les prisonniers croupissaient dans leurs baraques. On ne leur avait demandé que fort rarement de monter la garde aux portes du camp ou le long des barbelés.

Bien sûr, ils étaient à l’abri, mais ils avaient aussi froid que leurs prisonniers. Ce n’était pas juste.

Le soldat rejeta son Schmeisser derrière le dos et se frotta les mains. Ses doigts étaient engourdis malgré les gants. Il était assis à côté de Waltz, à l’angle des deux couloirs. De là, ils pouvaient surveiller la prison et le couloir débouchant sur la cour envahie par la nuit.

— Je deviens fou, dit Waltz. On devrait faire quelque chose.

— Quoi ?

— Si on leur faisait faire un peu de Sachsengruss ?

— Ce ne sont pas des Juifs.

— Ce ne sont pas non plus des Allemands.

Flick réfléchit. Le Sachsengruss, ou salut saxon, avait été sa méthode favorite pour briser les nouveaux arrivants à Auschwitz : pendant des heures, il les obligeait à tomber à genoux, les mains croisées derrière la nuque. Une personne robuste aurait souffert le martyre en moins d’une demi-heure. Flick s’était toujours amusé de voir le visage des prisonniers quand ils sentaient leur corps commencer à les trahir. Ceux qui s’écroulaient d’épuisement étaient soit abattus sur place, soit roués de coups jusqu’à ce qu’ils reprennent l’exercice. Waltz et lui ne pouvaient pas tuer de Roumains mais ils pouvaient au moins se distraire un peu. Bien que cela fût tout de même quelque peu hasardeux.

— On ferait mieux de laisser tomber, dit Flick. On n’est que deux. Imagine qu’il y en ait un qui se mette à jouer les héros.

— On les sortira deux par deux. Allez, Karl, on va rigoler !

— Bon, d’accord, fit Flick en souriant.

Évidemment, ce ne serait pas aussi hilarant que le jeu auquel ils s’adonnaient souvent à Auschwitz, quand Waltz et lui-même organisaient des concours pour déterminer le nombre d’os qu’ils pourraient briser à un prisonnier avant qu’il ne s’effondre. Mais un peu de Sachsengruss pourrait toujours les divertir.

Flick fouilla dans sa poche pour trouver la clef de la pièce où étaient enfermés les prisonniers. Il y avait quatre chambres mais ils avaient préféré les regrouper dans une seule. Il pensait déjà à leur regard apeuré quand ils comprendraient qu’il ne céderait jamais à leurs supplications.

Il était tout près de la porte quand la voix de Waltz l’arrêta :

— Attends un instant, Karl.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Flick, qui fit volte-face.

— Il y a une des ampoules qui est en train de lâcher. Tiens, celle-là, la première…

— Et alors ?

— Elle s’éteint, dit-il en parcourant le couloir. Tiens, la deuxième aussi !

Sa voix avait monté d’un ton. Il arma son Schmeisser et fit signe à Flick.

— Viens par ici !

L’autre lâcha la clef et se saisit de son arme pour rejoindre son compagnon. La troisième ampoule mourut à l’instant où il atteignit le croisement des couloirs. Il ne pouvait voir au-delà des ampoules qui s’étaient éteintes. On eût dit que le couloir avait été englobé par des ténèbres impénétrables.

— Je n’aime pas ça, dit Waltz.

— Moi non plus, mais je ne vois personne. C’est peut-être le générateur ou un fil qui joue, répondit Flick, qui ne croyait pas à ses propres arguments et cherchait seulement à contrôler la peur qui l’envahissait.

Ce fut bientôt le tour de la quatrième ampoule. L’obscurité commençait à quatre mètres d’eux.

— Allons par là, dit Flick, en montrant le couloir du fond.

Il entendait les prisonniers murmurer dans leur cellule. Ils ne voyaient rien mais sentaient qu’il se passait des choses étranges.

Flick se serra contre Waltz. Le froid le pénétrait et les ampoules s’éteignaient les unes après les autres dans le couloir donnant sur la cour. Il aurait voulu tirer mais il n’y avait personne. Rien que l’obscurité.

L’obscurité qui s’abattit sur lui, glaçant ses os et troublant sa vision. Pendant un instant qui parut durer une éternité, le soldat Karl Flick devint la victime de cette terreur aveugle qu’il aimait tant inspirer aux autres et éprouva cette douleur déchirante qu’il prenait habituellement tant de plaisir à provoquer. Puis il ne sentit plus rien.

La lumière revint progressivement dans le couloir en commençant par l’arrière. On n’entendait que les gémissements des femmes, les murmures des hommes enfermés dans la cellule et qui n’éprouvaient plus la panique qui les avait soudainement possédés. L’un d’eux s’approcha de la porte et colla un œil à un interstice. Son champ de vision se limitait à une partie du mur et du couloir du fond.

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