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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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Les deux exemples suivants, que j'emprunte au Dr Th. Reik (Internat. Zeitschr. f Psychoanal., III, 1915), se rapportent à des situations dans lesquelles les lapsus se produisent facilement, car dans ces situations on réprime plus de choses qu'on n'en exprime.

x) Un monsieur exprime ses condoléances à une jeune femme qui vient de perdre son mari, et il veut ajouter: «Votre consolation sera de pouvoir vous consacrer entièrement à vos enfants.» Mais en prononçant la phrase, il remplace inconsciemment le mot «consacrer» (widinen) par le mot widwen, par analogie avec le mot Witwe – veuve. Il a ainsi trahi une idée réprimée se rapportant à une consolation d'un autre genre: une jeune et jolie veuve (Witwe) ne tardera pas à connaître de nouveau les plaisirs sexuels.

y) Le même monsieur s'entretient avec la même dame au cours d'une soirée chez des amis communs, et on parle des préparatifs qui se font à Berlin en vue des fêtes de Pâques. Il lui demande: «Avez-vous vu l'exposition de la maison Wertheim? Elle est très bien décolletée.» Il a admiré dès le début de la soirée le décolleté de la jolie femme, mais n'a pas osé lui exprimer son admiration; et voilà que l'idée refoulée en arrive à percer quand même, en lui faisant dire, à propos d'une exposition de marchandises, qu'elle était décolletée, alors qu'il la trouvait tout simplement très décorée. Il va sans dire que le mot exposition prend, avec ce lapsus, un double sens.

La même situation s'exprime dans une observation dont Hanns Sachs essaie de donner une explication aussi complète que possible.

z) Me parlant d'un monsieur qui fait partie de nos relations communes, une dame me raconte que la dernière fois qu'elle l'a vu, il était aussi élégamment mis que toujours, mais qu'elle avait surtout remarqué ses superbes souliers (HALBSChuhe) jaunes. – Où l'avez-vous rencontré? lui demandai-je. – Il sonnait à ma porte et je l'ai vu à travers les jalousies baissées. Mais je n'ai ni ouvert, ni donné signe de vie, car je ne voulais pas qu'il sache que j'étais déjà rentrée en ville. Tout en l'écoutant, je me dis qu'elle me cache quelque chose (probablement qu'elle n'était ni seule ni en toilette pour recevoir des visites) et je lui demande un peu ironiquement: – C'est donc à travers les jalousies baissées que vous avez pu admirer ses pantoufles (HAUsschuhe)… pardon, ses souliers (HALBSchuhe)? Dans le mot HAusschuhe s'exprime l'idée refoulée relative à la robe d'intérieur (HAuskleid) que, d'après ma supposition, elle devait avoir sur elle au moment où le monsieur en question sonnait à sa porte. Et j'ai encore dit HAusschuhe, à la place de HALBschuhe, parce que le mot Halb (moitié) devait figurer dans la réponse que j'avais l'intention de faire, mais que j'ai réprimée: – Vous ne me dites que la moitié de la vérité, vous étiez à moitié habillée. Le lapsus a, en outre, été favorisé par le fait que nous avons, peu de temps auparavant, parlé de la vie conjugale de ce monsieur, de son «bonheur domestique» (hausliches – de Haus), ce qui avait d'ailleurs amené la conversation sur sa personne. Je dois enfin convenir que si j'ai laissé cet homme élégant stationner dans la rue en pantoufles (HAUSSChuhe), ce fut aussi un peu par jalousie, car je porte moi-même des souliers (HALBschuhe) jaunes qui, bien que d'acquisition récente, sont loin d'être «superbes».

Les guerres engendrent une foule de lapsus dont la compréhension ne présente d'ailleurs aucune difficulté.

a) «Dans quelle arme sert votre fils?» demande-t-on à une dame. Celle-ci veut répondre: «dans la 42e batterie de mortiers» (Mörser), – mais elle commet un lapsus et dit Mörder (assassins), au lieu de Mörser.

b) Le lieutenant Henrik Haiman écrit du front [28]: «Je suis arraché à la lecture d'un livre attachant, pour remplacer pendant quelques instants le téléphoniste éclaireur. À l'épreuve de conduction faite par la station de tir je réponds: «Contrôle exact. Repos.» Réglementairement, j'aurais dû répondre: «Contrôle exact. Fermeture.» Mon erreur s'explique parla contrariété que j'ai éprouvée du fait d'avoir été dérangé dans ma lecture.

c) Un sergent-major recommande à ses hommes de donner à leurs familles leurs adresses exactes, afin que les colis ne se perdent pas. Mais au lieu de dire «colis» (GEPÄCKstücke), il dit GESPECKstücke, du mot Speck – lard.

d) Voici un exemple particulièrement beau et significatif, à cause des circonstances profondément tristes dans lesquelles il s'est produit et qui l'expliquent. Je le dois à l'obligeante communication du Dr L. Czeszer, qui a fait cette observation et l'a soumise à une analyse approfondie au cours de son séjour en Suisse neutre, pendant la guerre. Je transcris cette observation, à quelques abréviations près, peu essentielles d'ailleurs.

«Je me permets de vous communiquer un lapsus qu'a commis le professeur M. N. au cours d'une de ses conférences sur la psychologie des sensations, qu'il fit à O. pendant le dernier semestre d'été. Je dois vous dire tout d'abord que ces conférences ont eu lieu dans l'Aula de l'Université, devant un nombreux publie composé de prisonniers de guerre français, internés dans cette ville, et d'étudiants, originaires pour la plupart de la Suisse romande et très favorables à l'Entente. Comme en France, le mot Boche est généralement et exclusivement employé à 0. pour désigner les Allemands. Mais, dans les manifestations officielles, dans les conférences, etc., les fonctionnaires supérieurs, les professeurs et autres personnes responsables s'appliquent, pour des raisons de neutralité, à éviter le mot fatal.

«Or, le professeur N. était justement en train de parler de l'importance pratique des sentiments et se proposait de citer un exemple, destiné à montrer comment un sentiment peut être utilisé de façon à rendre agréable un travail musculaire dépourvu par lui-même de tout intérêt et à augmenter ainsi son intensité. Il raconta donc, naturellement en français, l'histoire d'un maître d'école allemand (histoire que les journaux locaux avaient reproduite d'après un journal allemand) qui faisait travailler ses élèves dans un jardin et qui, pour stimuler leur zèle et leur ardeur au travail, leur conseillait de se figurer que chaque motte de terre qu'ils morcelaient représentait un crâne français. En racontant son histoire, N. s'abstint naturellement de se servir du mot Boche, toutes les fois qu'il avait à parler des Allemands. Mais, arrivé à la fin de son histoire, il rapporta ainsi les paroles du maître d'école: «Imaginez-vous qu'en chaque moche, vous écrasez le crâne d'un Français.» Donc, moche, au lieu de motte.

«Ne voit-on pas nettement combien le savant correct se surveillait, dès le début de son récit, pour ne pas céder à l'habitude et peut-être aussi à la tentation de lancer de sa chaire universitaire le mot injurieux, dont l'emploi avait même été interdit par un décret fédéral? Et au moment précis où, pour la dernière fois, il échappait au danger en prononçant correctement les mots «instituteur allemand», au moment précis où, poussant un soupir de soulagement, il touchait à la fin de son épreuve – juste à ce moment-là le vocable péniblement refoulé se raccroche, à la faveur d'une ressemblance tonale, au mot motte, et le malheur est arrivé! La crainte de commettre une gaffe politique, peut-être aussi la déception de ne pouvoir prononcer le mot habituel et que tout le monde attend, ainsi que le mécontentement du républicain et du démocrate convaincu face à toute contrainte qui s'oppose à la libre expression des opinions, se conjuguèrent donc pour troubler l'intention initiale, qui était de reproduire l'exemple en restant dans les limites de la correction. L'auteur a conscience de cette pulsion perturbatrice, et il est permis de supposer qu'il y avait pensé immédiatement avant le lapsus.

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