Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
Ces remarques de Wundt me paraissent tout à fait justifiées et très instructives. Il y aurait seulement lieu, à mon avis, d'insister plus que ne le fait Wundt sur le fait que le facteur positif, favorisant le lapsus, c'est-à-dire le libre déroulement des associations, et le facteur négatif, c'est-à-dire le relâchement de l'action inhibitrice de l'attention, agissent presque toujours simultanément, de sorte que ces deux facteurs représentent deux conditions, également indispensables, d'un seul et même processus. C'est précisément à la suite du relâchement de l'action inhibitrice de l'attention ou, pour nous exprimer plus exactement, grâce à ce relâchement, que s'établit le libre déroulement des associations.
Parmi les exemples de lapsus que j'ai moi-même réunis, je n'en trouve guère où le trouble du langage se laisse réduire uniquement et exclusivement à ce que Wundt appelle l' «action par contact de sons». Je trouve presque toujours, en plus de l'action par contact, une action perturbatrice ayant sa source en dehors du discours qu'on veut prononcer, et cet élément perturbateur est constitué soit par une idée unique, restée inconsciente, mais qui se manifeste par le plasus et ne peut le plus souvent être amenée à la conscience qu'à la suite d'une analyse approfondie, soit par un mobile psychique plus général qui s'oppose à tout l'ensemble du discours.
a) Amusé par la vilaine grimace que fait ma fille en mordant dans une pomme, je veux lui citer les vers suivants:
Der Affe gar possierlich ist,
Zumal wenn er vorn Apfel frisst [24].
Mais je commence: Der Apfe… Cela apparaît comme une contamination entre Affje et Apfel (formation de compromis) ou peut aussi être considéré comme une anticipation du mot Apfel qui doit venir l'instant d'après. Mais la situation exacte serait plutôt la suivante: J'avais déjà commencé une première fois cette citation, sans commettre de lapsus. Je n'ai commis le lapsus qu'en recommençant la citation, et j'ai été obligé de recommencer, parce que ma fille à laquelle je m'adressais, occupée par autre chose, ne m'avait pas entendu. Cette répétition, ainsi que l'impatience que j'éprouvais d'en finir avec ma citation, doivent certainement être rangées parmi les causes de mon lapsus, qui se présente comme un lapsus par condensation.
b) Ma fille dit: je veux écrire à Madame Schresinger (ich schreibe der Frau Schresinger). Or, la dame en question s'appelle Shlesinger. Ce lapsus tient certainement à la tendance que nous avons à faciliter autant que possible l'articulation, et dans le cas particulier la lettre 1 du nom Schlesinger devait être difficile à prononcer, après les r de tous les mots précédents (schReibe deR FRau). Mais je dois ajouter que ma fille a commis ce lapsus quelques instants après que j'aie prononcé «Apfe», au lieu de «Affe». Or, les lapsus sont contagieux au plus haut degré, ainsi d'ailleurs que les oublis de noms au sujet desquels Meringer et Mayer avaient noté cette particularité. Je ne saurais donner aucune explication de cette contagiosité psychique.
c) «Je me replie comme un couteau de poche» (… wie ein Taschenmesser), veut me dire une malade au commencement de la séance de traitement. Seulement, au lieu de Taschenmesser, elle prononce Tassenmescher, intervertissant ainsi l'ordre des sons, ce qui peut, à la rigueur, s'expliquer par la difficulté d'articulation que présente ce mot. Quand j'attire son attention sur l'erreur qu'elle vient de commettre, elle me répond aussitôt: «C'est parce que vous avez dit vous-même tout à l'heure Ernscht». Je l'ai en effet accueillie par ces mots: «Aujourd'hui ce sera sérieux (Ernst)», parce que ce devait être la dernière séance avant le départ en vacances; seulement, voulant plaisanter, j'ai prononcé Ernscht, au lieu de Ernst. Au cours de la séance, la malade commet de nouveaux lapsus, et je finis par m'apercevoir qu'elle ne se borne pas à m'imiter, mais qu'elle a des raisons particulières de s'attarder dans son inconscient, non au mot, mais au nom «Ernst» (Ernest) [25].
d) «Je suis tellement enrhumée du cerveau que je ne peux pas respirer par le nez», veut dire la même malade. Seulement, au lieu de dire correctement: «durch die Nase atmen» (respirer par le nez), elle commet le lapsus: «durch die Ase natmen». Elle trouve aussitôt l'explication de ce lapsus. «Je prends tous les jours le tramway dans la rue Hasenauerstrasse, et ce matin, alors que j'attendais la voiture, je me suis dit que si j'étais Française, je prononcerais Asenauerstrasse (sans h), car les Français ne prononcent jamais le h au commencement du mot.» Elle me parle ensuite de tous les Français qu'elle avait connus, et après de nombreux détours elle se souvient qu'à l'âge de 14 ans elle avait, dans la pièce «Kurmärker und Picarde», joué le rôle de la Picarde et parlé, à cette occasion, un allemand incorrect. Ce qui a provoqué toute cette série de souvenirs, ce fut la circonstance tout à fait occasionnelle du séjour d'un Français dans sa maison. L'interversion des sons apparaît donc comme un effet de la perturbation produite par une idée inconsciente faisant partie d'un ensemble tout à fait étranger.
e) Tout à fait analogue, le mécanisme du lapsus chez une autre patiente qui, voulant reproduire un très lointain souvenir d'enfance, se trouve subitement frappée d'amnésie. Il lui est impossible de se rappeler la partie du corps qui a été souillée par l'attouchement d'une main impertinente et voluptueuse. Quelque temps après, étant en visite chez une amie, elle s'entretient avec elle de villégiatures. À la question: où se trouve située sa maison de M., elle répond sur le flanc de la montagne (Berglende), au lieu de dire sur le versant de la montagne (Berglelne).
f) Une autre de mes patientes, à qui je demande, une fois la séance terminée, comment va son oncle, me répond: «Je l'ignore, car je ne le vois plus maintenant qu'in flagrand.» Le lendemain elle me dit: «Je suis vraiment honteuse de vous avoir donné hier une réponse aussi stupide. Vous devez certainement me prendre pour une personne dépourvue de toute instruction et qui confond constamment les mots étrangers. Je voulais dire: en passant.» Nous ne savions pas encore alors quelle était la raison pour laquelle elle avait employé l'expression in flagranti, à la place de en passant. Mais au cours de la même séance, la suite de la conversation commencée la veille a évoqué chez elle le souvenir d'un événement dans lequel il s'agissait principalement de quelqu'un qui a été pris in flagranti (en flagrant délit). Le lapsus dont elle s'était rendue coupable a donc été produit par l'action anticipée de ce souvenir, encore à l'état inconscient.