Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
g) J'analyse une autre malade. À un moment donné, je suis obligé de lui dire que les données de l'analyse me permettent de soupçonner qu'à l'époque dont nous nous occupons elle devait avoir honte de sa famille et reprocher à son père des choses que nous ignorons encore. Elle dit ne pas se souvenir de tout cela, mais considère mes soupçons comme injustifiés. Mais elle ne tarde pas à introduire dans la conversation des observations sur sa famille: «Il faut leur rendre justice: ce sont des gens comme on n'en voit pas beaucoup, ils sont tous avares (sie haben alle Geiz; littéralement: ils ont tous de l'avarice)… je veux dire: ils ont tous de l'esprit (Geist).» Tel était en effet le reproche qu'elle avait refoulé de sa mémoire. Or, il arrive souvent que l'idée qui s'exprime dans le lapsus est précisément celle qu'on veut refouler (cf. le cas de Meringer: «zum Vorschwein gekommen»). La seule différence qui existe entre mon cas et celui de Meringer est que dans ce dernier la personne veut refouler quelque chose dont elle est consciente, tandis que ma malade n'a aucune conscience de ce qui est refoulé ou, peut-on dire encore, qu'elle ignore aussi bien le fait du refoulement que la chose refoulée.
h) Le lapsus suivant peut également être expliqué par un refoulement intentionnel. Je rencontre un jour dans les Dolomites deux dames habillées en touristes. Nous faisons pendant quelque temps route ensemble, et nous parlons des plaisirs et des inconvénients de la vie de touriste. Une des dames reconnaît que la journée du touriste n'est pas exempte de désagréments. «Il est vrai, dit-elle, que ce n'est pas du tout agréable, lorsqu'on a marché toute une journée au soleil et qu'on a la blouse et la chemise trempées de sueur…» À ces derniers mots, elle a une petite hésitation. Puis elle reprend: «Mais lorsqu'on rentre ensuite nach Hose (au lieu de nach Hause, chez soi) et qu'on peut enfin se changer…» J'estime qu'il ne faut pas avoir recours à une longue analyse pour trouver l'explication de ce lapsus. Dans sa première phrase, la dame avait évidemment l'intention de raire une énumération complète: blouse, chemise, pantalon (Hose). Pour des raisons de convenance, elle s'abstient de mentionner cette dernière pièce d'habillement, mais dans la phrase suivante, tout à fait indépendante par son contenu de la première, le mot Hose (pantalon), qui n'a pas été prononcé au moment voulu, apparaît à titre de déformation du mot Hause.
i) «Si vous voulez acheter des tapis, allez donc chez Kaufmann, rue Matthäusgasse. Je crois pouvoir vous recommander à lui», me dit une dame. Je répète: «Donc chez Matthäus… pardon, chez Kaufmann». Il semblerait que c'est par distraction que j'ai mis un nom à la place d'un autre. Les paroles de la dame ont en effet distrait mon attention, en la dirigeant sur des choses plus importantes que les tapis. Dans la Matthäusgasse se trouve en effet la maison qu'habitait ma femme alors qu'elle était fiancée. L'entrée de la maison se trouvait dans une autre rue dont je constate avoir oublié le nom, et je suis obligé de faire un détour pour le retrouver. Le nom Matthäus auquel je m'attarde constitue donc pour moi un nom de substitution du nom cherché. Il se prête mieux à ce rôle que le nom Kaufmann, puisqu'il est uniquement un rôle de personne, alors que Kaufmann est en même temps qu'un nom de personne, un substantif (marchand). Or la rue qui m'intéresse porte également un nom de personne: Radetzky.
k) Le cas suivant pourrait être cité plus loin, lorsque je parlerai des «erreurs», mais je le rapporte ici, car les rapports de sons qui ont déterminé le remplacement des mots, y sont particulièrement clairs. Une patiente me raconte son rêve: un enfant a résolu de se suicider en se faisant mordre par un serpent. Il réalise son dessein. Elle le voit se tordre en proie à des convulsions, etc. Elle cherche maintenant parmi les événements du jour celui auquel elle puisse rattacher ce rêve. Et voilà qu'elle se rappelle avoir assisté la veille au soir à une conférence populaire sur les premiers soins à donner en cas de morsure de serpent. Lorsque, disait le conférencier, un adulte et un enfant ont été mordus en même temps, il faut d'abord soigner la plaie de l'enfant. Elle se rappelle également les conseils du conférencier concernant le traitement. Tout dépend, disait-il, de l'espèce à laquelle appartient le serpent. Ici j'interromps la malade: – N'a-t-il pas dit que dans nos régions il y a très peu d'espèces venimeuses et quelles sont les espèces le plus à craindre? – Oui, il a parlé du serpent à sonnettes (KLAPPERschlange). Me voyant rire, elle s'aperçoit qu'elle a dit quelque chose d'incorrect. Mais, au lieu de corriger le nom, elle rétracte ce qu'elle vient de dire. «Il est vrai que ce serpent n'existe pas dans nos pays; c'est de la vipère qu'il a parlé. Je me demande ce qui a bien pu m'amener à parler du serpent à sonnettes.» Je crois que ce fut à la suite de l'intervention d'idées qui se sont dissimulées derrière son rêve. Le suicide par morsure de serpent ne peut-être qu'une allusion au cas de la belle Cléopâtre (en allemand Kleopatra). La grande ressemblance tonale entre les deux mots «KLAPPERschlange» et Kleopatra, la répétition dans les deux mots et dans le même ordre des lettres Kl… p… r et l'accentuation de la voyelle a dans les deux mots, sont autant de particularités qui sautent aux yeux. Ces traits communs entre KLAPPERchlange et Kleopatra produisent chez notre malade un rétrécissement momentané du jugement, qui fait qu'elle raconte comme une chose tout à fait normale et naturelle que le conférencier a entretenu son public viennois du traitement des morsures de serpents à sonnettes. Elle sait cependant aussi bien que moi que ce serpent ne fait pas partie de la faune de notre pays. Nous n'allons pas lui reprocher d'avoir, avec non moins de légèreté, relégué le serpent à sonnettes en Égypte, car nous sommes portés à confondre, à mettre dans le même sac tout ce qui est extra-européen, exotique, et j'ai été obligé moi-même de réfléchir un instant, avant de rappeler à la malade que le serpent à sonnettes n'avait pour habitat que le Nouveau-Monde.
La suite de l'analyse n'a fait que confirmer les résultats que nous venons d'exposer. La rêveuse s'était, la veine, pour la première fois arrêtée devant le groupe de Strasser représentant Antoine et érigé tout près de son domicile. Ce fut le deuxième prétexte du rêve (le premier a été fourni par la conférence sur les morsures de serpents). À une phase ultérieure de son rêve, elle se voyait berçant dans ses bras un enfant, et le souvenir de cette scène la fait penser à Gretchen. Parmi les autres idées qui viennent à l'esprit figurent des réminiscences relatives à «Arria et Messaline». L'évocation, dans les idées du rêve, de tant de noms empruntés à des pièces de théâtre permet de soupçonner que la rêveuse a dû jadis nourrir le secret désir de se consacrer à la scène. Le commencement du rêve: «Un enfant a résolu de se suicider, en se faisant mordre par un serpent» ne signifie en réalité que ceci: étant enfant, elle avait ambitionné devenir un jour une grande actrice. Du nom «Messaline», enfin, se détache une suite d'idées qui conduit au contenu essentiel du rêve. Certains événements survenus dernièrement lui font craindre que son frère unique contracte un mariage avec une non-Aryenne, donc une mésalliance [26].