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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Voyant qu’elle acceptait d’adopter la coutume hjjk, il avait petit à petit élargi son régime alimentaire. Quand il lui était devenu apparent que ce que Nialli Apuilana lui apportait ne lui faisait pas de mal, il s’était mis à manger avec appétit. Il avait commencé à se remplumer et sa fourrure sombre prenait du volume et de l’éclat. Ses mystérieux yeux verts ne semblaient plus aussi durs et froids qu’à son arrivée. N’était-ce pas aussi une forme de communication ? Kundalimon demeurait timide et distant, mais les visites de Nialli paraissaient lui faire plaisir. Avait-il deviné qu’elle avait vécu quelque temps dans le Nid ? Elle en avait parfois l’impression, mais n’en était pas encore tout à fait sûre. Les échanges verbaux restaient très limités : il avait appris une douzaine de mots de la langue de la cité et elle commençait à retrouver ce qu’elle avait appris du hjjk. Mais le vocabulaire était une chose et la compréhension en était une autre.

Apprends sa langue ou enseigne-lui la nôtre. Tels étaient les ordres de Taniane et ils ne souffraient pas de discussion. Ne perds pas de temps. Et dis-nous ce que tu auras découvert.

Nialli Apuilana ne trouvait rien à redire au premier point, puisque c’est exactement ce qu’elle avait l’intention de faire. Et quand ils parviendraient à communiquer aisément, quand ils auraient appris à se connaître, quand Kundalimon commencerait à lui faire confiance, peut-être accepterait-il de parler du Nid avec elle. De l’amour de la Reine, des pensées du Penseur, du plan de l’Œuf et de toutes les choses de cette nature qui étaient présentes au plus profond de son âme. Il n’était pas besoin de parler de tout cela à Taniane. Quant au reste, le projet de traité et les négociations diplomatiques, elle était d’accord pour révéler à sa mère tout ce qu’elle pourrait apprendre. Mais elle garderait le silence sur les choses plus intimes. Pas un mot sur ce qui importait vraiment.

Elle monta dans la voiture à xlendi qui l’avait attendue devant la porte.

— À la Maison de Mueri, maintenant, dit-elle au cocher.

Dans la luxueuse villa du prince Thu-kimnibol, bâtie dans la zone sud-ouest de la cité, les guérisseuses étaient de nouveau rassemblées au chevet de la dame Naarinta. C’était la cinquième nuit d’affilée qu’elles venaient. Naarinta était malade depuis plusieurs mois et son état avait empiré lentement. Mais la maladie atteignait maintenant la phase critique.

Ce soir-là, Thu-kimnibol attendait dans l’étroite antichambre, devant la chambre de la malade, car les guérisseuses avaient refusé de le laisser entrer. Ce soir-là, seules les femmes avaient le droit de se trouver auprès de Naarinta. Des odeurs de médicaments et d’herbes aromatiques flottaient dans l’air. Mais l’odeur de la mort imminente était présente, elle aussi.

Son organe sensoriel tremblait quand il pensait à la grande perte qui allait le frapper.

Dans la chambre, Boldirinthe, la femme-offrande, était assise au chevet de la moribonde. Chaque fois que des incantations et des potions étaient nécessaires, chaque fois qu’il fallait implorer l’aide des Cinq Déités, la vieille Boldirinthe hissait obligeamment son corps pesant dans une voiture et venait prêter son assistance. Il y avait aussi la vieille Fashinatanda, la marraine du chef, qui, bien qu’aveugle et en mauvaise santé, manquait rarement une occasion de prodiguer ses soins aux plus gravement malades. Il y avait encore une herboriste Beng, une petite femme ratatinée, coiffée d’un casque noir orné de plumes et taché de rouille, ainsi que deux ou trois autres femmes que Thu-kimnibol ne connaissait pas. Elles chuchotaient entre elles et psalmodiaient d’une voix grave et mélodieuse.

Thu-kimnibol se détourna. Il ne pouvait pas supporter ce qui ressemblait tant à un chant funèbre.

Dans le couloir, des brassées de fleurs pourpres à la tige d’un rouge sombre étaient entassées comme des offrandes dans un temple. Thu-kimnibol passa rapidement devant les fleurs dont le parfum capiteux le faisait tousser et cracher, et il pénétra dans la haute et vaste pièce voûtée qui était sa salle d’audience. Un petit groupe d’hommes attendaient dans la pénombre : Maliton Diveri, Staip, Si-Belimnion, Kartafirain et Chomrik Hamadel, partenaires de jeu, compagnons de chasse, amis de longue date. Ils s’assemblèrent autour de lui en souriant, en plaisantant et en faisant circuler une énorme cruche de vin. L’heure n’était pas à la tristesse.

— Aux jours heureux, dit Si-Belimnion en faisant tourner le vin dans son gobelet. Aux jours heureux d’hier et à ceux de demain !

— Aux jours heureux, répéta Chomrik Hamadel.

C’était un Beng de sang royal, un petit homme aux traits délicats et au regard écarlate et perçant. Il but une grande lampée en rejetant si violemment la tête en arrière qu’il faillit faire tomber son casque.

Maliton Diveri et Kartafirain, l’un court de stature, l’autre bien plus grand, mais costauds tous les deux, se joignirent à eux en riant et en entrechoquant bruyamment leurs gobelets. Seul Staip demeurait silencieux. Il était sensiblement plus âgé que les autres, ce qui expliquait en partie sa réserve, mais il était également le compagnon de Boldirinthe, et il ne faisait aucun doute que la femme-offrande lui avait confié qu’il ne restait plus guère d’espoir de sauver Naarinta. La dissimulation n’avait jamais été le fort de Staip qui ne s’était jamais départi de la simplicité du guerrier.

Thu-kimnibol prit un gobelet et le tendit à Maliton Diveri pour qu’il le remplisse.

— Oui, dit-il, aux jours heureux. Joie et prospérité pour nous tous et prompt rétablissement pour ma dame.

— Joie et prospérité. Prompt rétablissement !

Cela faisait quinze ans que Thu-kimnibol partageait sa vie avec Naarinta. Il avait fait sa connaissance peu après son retour du nord, quand il était venu s’installer dans la cité bâtie par son demi-frère Hresh et, depuis leur première rencontre, ils étaient restés inséparables. Naarinta était la fille du chef de la tribu Debethin, ce qui ne lui conférait peut-être pas une haute distinction car les rescapés de la tribu Debethin n’étaient qu’au nombre de quatorze quand ils étaient arrivés de l’occident au terme d’une interminable errance pour solliciter leur admission dans la cité de Dawinno. Mais un chef est toujours un chef. Naarinta était gracieuse et élancée, et il émanait d’elle une force tranquille. L’imposant Thu-kimnibol et sa noble dame formaient un couple magnifique, un couple majestueux. Les dieux ne leur avaient pas donné d’enfants et c’était le plus grand regret du prince, mais il s’était accommodé de la seule présence de Naarinta, le meilleur soutien de ses entreprises, la compagne de ses jours. Puis la maladie l’avait frappée et avait commencé de la ronger, obscur et implacable décret des Déités contre lequel il semblait n’y avoir aucun recours.

— Quelles sont les nouvelles, Thu-kimnibol ? demanda Chomrik Hamadel.

— Elle est très faible. Que puis-je dire d’autre ?

— Je parlais des nouvelles de l’envoyé des hjjk, rectifia précipitamment Chomrik Hamadel. Il paraît qu’il est enfermé dans la Maison de Mueri et que la fille de Taniane va le voir tous les jours. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Que signifie cette députation des insectes ?

— J’ai cru comprendre qu’ils voulaient conclure un traité de paix, dit Kartafirain en riant.

C’était un homme de haute taille, à la fourrure argentée, d’ascendance Koshmar, qui arrivait presque à l’épaule de Thu-kimnibol. Fils de Thhrouk, le guerrier, il était à la fois jovial et belliqueux.

— La paix ! s’écria-t-il. Comment peuvent-ils parler de paix ? Ils ne savent même pas ce que ce mot signifie !

— Hresh a peut-être mal compris, déclara Si-Belimnion, un homme fortuné et trop bien nourri, en tripotant les bourrelets de graisse qui roulaient sous son épaisse fourrure d’un bleu gris. C’est peut-être une déclaration de guerre que ce jeune homme est venu nous apporter, et non un message de paix. Je crois que Hresh commence à se faire vieux.

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