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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Oui, dit-elle. Tu peux partir.

Nialli Apuilana se dirigea d’un pas vif vers la porte, mais, avant de s’engager dans le couloir, elle se retourna.

— Ne t’inquiète pas, dit-elle.

À son grand étonnement, Taniane perçut dans la voix de sa fille une note conciliante, presque douce.

— Je ferai ce qu’il faut, poursuivit Nialli. Je découvrirai ce que tu veux savoir et je te dirai tout. Je le dirai aussi devant le Praesidium.

Puis elle disparut.

Taniane pivota sur son siège et se retourna vers les masques alignés derrière elle, sur le mur. Ils semblaient se moquer d’elle et leur expression était implacable.

— Vous ne pouvez pas comprendre, dit-elle. Aucune d’entre vous n’a jamais eu ni compagnon ni enfant, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ?

— Madame ?

C’était la voix de Minguil Komeilt, qui venait du couloir.

— Puis-je entrer, madame ?

— Qu’y a-t-il ?

— Une délégation, madame. De la Guilde des tanneurs et teinturiers du quartier nord. Ils exigent la réparation de leur égout collecteur qui, d’après eux, est engorgé par les déchets évacués illégalement par les membres de la Guilde des tisserands et cardeurs, ce qui provoque…

Taniane ne put retenir un soupir de lassitude.

— Envoie-les donc voir Boldirinthe, murmura-t-elle. La femme-offrande est aussi qualifiée que moi pour régler ce genre de problème.

— Madame ?

— Boldirinthe pourra prier pour eux. Elle pourra demander aux dieux de déboucher la canalisation. Ou de se venger sur la Guilde des tisserands et…

— Madame ? répéta Minguil Komeilt d’une voix où perçait l’inquiétude. Ai-je bien entendu, madame ? C’est une plaisanterie, n’est-ce pas ? C’est une simple plaisanterie ?

— Mais oui, soupira Taniane, ce n’est qu’une plaisanterie. Je n’ai pas dit cela sérieusement.

Elle pressa les doigts sur ses yeux et prit trois profondes inspirations.

— Très bien, dit-elle. Fais entrer les représentants de la Guilde des tanneurs et teinturiers.

Une brume de chaleur voilait le ciel quand Nialli Apuilana se retrouva dans la rue, devant la Maison du Gouvernement. Elle héla une voiture à xlendi en maraude.

— À la Maison de Nakhaba, dit-elle au cocher. Je m’y arrêterai cinq minutes, puis je vous demanderai de me conduire ailleurs.

Ce serait à la Maison de Mueri, un établissement essentiellement fréquenté par des étrangers à la cité, où l’émissaire des hjjk était logé et où il pouvait être surveillé de près. C’était l’heure de lui apporter son déjeuner. Deux fois par jour, à midi et au crépuscule, Nialli Apuilana allait voir Kundalimon dans sa petite chambre au troisième étage, presque une cellule avec son unique fenêtre donnant sur une place en cul-de-sac.

L’affrontement avec sa mère l’avait laissée épuisée et comme engourdie. Elle était partagée entre l’amour et la crainte chaque fois qu’elle avait affaire à Taniane. Avec elle, on ne pouvait jamais savoir quand l’intérêt de la cité allait balayer toutes les autres considérations, tous les petits intérêts particuliers et les petits problèmes personnels, qu’il s’agisse de ceux de sa fille ou d’un parfait étranger. Pour elle, la cité venait d’abord. Nialli supposait que cela n’avait rien d’étonnant quand on avait occupé la plus haute charge pendant quarante ans ; avec le temps, on devenait dur, tenace et borné. Peut-être le Beng qui avait lancé la pierre sur Taniane était-il dans le vrai ; peut-être le moment était-il venu pour elle de passer la main.

Nialli Apuilana se demandait si elle allait réellement espionner pour le compte de Taniane, comme elle avait brusquement accepté de le faire.

Elle avait probablement commis une erreur en fondant son argumentation sur le refus de moucharder, car elle était non seulement une citoyenne de Dawinno, mais la fille du chef et du chroniqueur. Et elle avait quelques notions de hjjk, ce que personne d’autre ne pouvait prétendre. Pourquoi ne pas faire office d’interprète, et le faire de bon gré, et même concevoir de la fierté de ce service qu’elle rendait ? Cela ne voulait pas dire qu’elle aurait à répéter à Taniane et au Praesidium ses conversations avec Kundalimon sans omettre un seul mot, ni qu’elle leur dévoile son expérience chez les hjjk. Elle avait le choix : il lui serait facile de limiter les rapports qu’elle leur ferait aux points essentiels de la négociation. Mais elle avait tellement peur à l’idée qu’ils pourraient la cuisiner pour découvrir tout ce qu’elle savait sur le Nid et sur la Reine. Elle était horrifiée à l’idée qu’ils percent l’écran de protection qu’elle avait élevé autour d’elle depuis près de quatre ans. Elle comptait bien se débarrasser elle-même de cet écran, mais seulement quand elle estimerait le moment venu. L’idée qu’ils puissent l’en dépouiller avant qu’elle soit prête la terrifiait. Peut-être réagissait-elle d’une manière excessive. Peut-être.

Elle ne s’arrêta à la Maison de Nakhaba que le temps de prendre la nourriture constituant le déjeuner de Kundalimon. Il avait ce jour-là de l’aloyau de vimbor en ragoût. C’est surtout de la nourriture hjjk qu’elle lui apportait – graines, fruits à écaille, viande séchée, aucun aliment en sauce, rien de trop riche – mais, de temps en temps, elle le tentait en lui présentant quelques bouchées de la nourriture plus substantielle du Peuple. La nourriture aussi pouvait être un langage. Les repas qu’ils prenaient ensemble étaient un des moyens dont ils disposaient pour apprendre à communiquer.

Un jour – c’était le troisième ou quatrième repas qu’elle lui apportait – il avait longuement et pensivement mastiqué une bouchée de fruits et de noix sans l’avaler, puis il avait fini par en recracher la plus grande partie dans sa main avant de la lui tendre. La première réaction de Nialli Apuilana avait été d’étonnement et de dégoût. Mais il avait continué de lui présenter les aliments en bouillie en avançant la main en hochant la tête.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle, totalement déconcertée. Ce n’est pas bon ?

— Oui… Nourriture… Toi… Nialli Apuilana…

Elle fixa sur lui un regard perplexe.

— Prends… Prends…

Il était brusquement revenu à l’esprit de Nialli Apuilana que, dans le Nid, les hjjk avaient coutume de partager la nourriture partiellement digérée. Une marque de solidarité, une manifestation du lien du Nid et peut-être davantage encore, quelque chose ayant un rapport avec le processus d’assimilation particulier aux hjjk. Elle avait revu ses compagnons du Nid s’offrant mutuellement des aliments déjà mastiqués. Oui, le partage de la nourriture était une pratique courante.

Elle avait pris en hésitant ce qu’il lui tendait et il avait hoché la tête en souriant. Puis, malgré sa répulsion, elle s’était forcée à en prendre de petites bouchées.

— Oui… Oh ! oui !…

Elle avait réussi à avaler le tout en réprimant des haut-le-cœur et Kundalimon avait semblé ravi.

Il lui avait signifié par des signes qu’elle devait prendre un peu de la nourriture du Peuple qu’elle avait apportée et faire la même chose pour lui. Elle avait pris un cuissot de gilandrin rôti et, après avoir mastiqué une grosse bouchée de viande, elle avait sorti la boule pâteuse de sa bouche et la lui avait donnée en prenant soin de dissimuler son dégoût.

Il avait goûté en hésitant. La viande ne semblait pas beaucoup lui plaire, mais, à l’évidence, il était enchanté de savoir qu’elle l’avait eue dans sa bouche avant lui. Nialli Apuilana avait senti un élan d’affection et de reconnaissance, quelque chose qui lui rappelait un peu le lien du Nid.

— Encore, avait dit Kundalimon.

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