Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
LE BRET.
Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable
As-tu donc contracté la manie effroyable
De te faire toujours, partout, des ennemis ?
CYRANO.
À force de vous voir vous faire des amis,
Et rire à ces amis dont vous avez des foules,
D'une bouche empruntée au derrière des poules !
J'aime raréfier sur mes pas les saluts,
Et m'écrie avec joie : un ennemi de plus !
LE BRET.
Quelle aberration !
CYRANO.
Eh bien ! oui, c'est mon vice.
Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
Sous la pistolétade excitante des yeux !
Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
Le fiel des envieux et la bave des lâches !
- Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,
Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés
Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine.
On y est plus à l'aise... et de moins haute mine,
Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,
S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,
La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête
La fraise dont l'empois force à lever la tête ;
Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
Qui m'ajoute une gêne, et m'ajoute un rayon.
Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,
La Haine est un carcan, mais c'est une auréole !
LE BRET, après un silence, passant son bras sous le sien.
Fais tout haut l'orgueilleux et l'amer, mais, tout bas,
Dis-moi tout simplement qu'elle ne t'aime pas !
CYRANO, vivement.
Tais-toi !
(Depuis un moment, Christian est entré, s'est mêlé aux cadets ; ceux-ci ne lui adressent pas la parole ; il a fini par s'asseoir seul à une petite table, où Lise le sert).
Scène IX
Cyrano, Le Bret, les cadets, Christian de Neuvillette.
UN CADET, assis à une table du fond, le verre en main.
Hé ! Cyrano !
(Cyrano se retourne).
Le récit ?
CYRANO.
Tout à l'heure !
(Il remonte au bras de Le Bret. Ils causent bas).
LE CADET, se levant, et descendant.
Le récit du combat ! Ce sera la meilleure
Leçon
(Il s'arrête devant la table où est Christian).
pour ce timide apprentif !
CHRISTIAN, levant la tête.
Apprentif ?
UN AUTRE CADET.
Oui, septentrional maladif !
CHRISTIAN.
Maladif ?
PREMIER CADET, goguenard.
Monsieur de Neuvillette, apprenez quelque chose.
C'est qu'il est un objet, chez nous, dont on ne cause
Pas plus que de cordon dans l'hôtel d'un pendu !
CHRISTIAN.
Qu'est-ce ?
UN AUTRE CADET, d'une voix terrible.
Regardez-moi !
(Il pose trois fois, mystérieusement, son doigt sur son nez).
M'avez-vous entendu ?
CHRISTIAN.
Ah ! c'est le...
UN AUTRE.
Chut !.. jamais ce mot ne se profère !
(Il montre Cyrano qui cause au fond avec Le Bret).
Ou c'est à lui, là-bas, que l'on aurait affaire !
UN AUTRE, qui, pendant qu'il était tourné vers les premiers, est venu sans bruit s'asseoir sur la table, dans son dos.
Deux nasillards par lui furent exterminés
Parce qu'il lui déplut qu'ils parlassent du nez !
UN AUTRE, d'une voix caverneuse, - surgissant de sous la table où il s'est glissé à quatre pattes.
On ne peut faire, sans défuncter avant l'âge,
La moindre allusion au fatal cartilage !
UN AUTRE, lui posant la main sur l'épaule.
Un mot suffit ! Que dis-je, un mot ? Un geste, un seul !
Et tirer son mouchoir, c'est tirer son linceul !
(Silence. Tous autour de lui, les bras croisés, le regardent. Il se lève et va à Carbon de Castel-Jaloux qui, causant avec un officier, a l'air de ne rien voir).
CHRISTIAN.
Capitaine !
CARBON, se retournant et le toisant.
Monsieur ?
CHRISTIAN.
Que fait-on quand on trouve
Des Méridionaux trop vantards ?..
CARBON.
On leur prouve
Qu'on peut être du Nord, et courageux.
(Il lui tourne le dos).
CHRISTIAN.
Merci.
PREMIER CADET, à Cyrano.
Maintenant, ton récit !
TOUS.
Son récit !
CYRANO, redescendant vers eux.
Mon récit ?..
(Tous rapprochent leurs escabeaux, se groupent autour de lui, tendent le col. Christian s'est mis à cheval sur une chaise).
Eh bien ! donc je marchais tout seul, à leur rencontre.
La lune, dans le ciel, luisait comme une montre,
Quand soudain, je ne sais quel soigneux horloger
S'étant mis à passer un coton nuager
Sur le boîtier d'argent de cette montre ronde,
Il se fit une nuit la plus noire du monde,
Et les quais n'étant pas du tout illuminés,
Mordious ! on n'y voyait pas plus loin...
CHRISTIAN.
Que son nez.
(Silence. Tout le monde se lève lentement. On regarde Cyrano avec terreur. Celui-ci s'est interrompu, stupéfait. Attente).
CYRANO.
Qu'est-ce que c'est que cet homme-là ?
UN CADET, à mi-voix.
C'est un homme
Arrivé ce matin.
CYRANO, faisant un pas vers Christian.
Ce matin ?
CARBON, à mi-voix.
Il se nomme
Le baron de Neuvil...
CYRANO, vivement, s'arrêtant.
Ah ! c'est bien...
(Il pâlit, rougit, a encore un mouvement pour se jeter sur Christian).
Je...
(Puis, il se domine, et dit d'une voix sourde).
Très bien...
(Il reprend).
Je disais donc...
(Avec un éclat de rage dans la voix).
Mordious !..
(Il continue d'un ton naturel).
que l'on n'y voyait rien.
(Stupeur. On se rassied en se regardant).
Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince
J'allais mécontenter quelque grand, quelque prince,
Qui m'aurait sûrement...
CHRISTIAN.
Dans le nez...
(Tout le monde se lève. Christian se balance sur sa chaise).
CYRANO, d'une voix étranglée.
Une dent, -
Qui m'aurait une dent... et qu'en somme, imprudent,