Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
J'allais fourrer...
CHRISTIAN.
Le nez...
CYRANO.
Le doigt... entre l'écorce
Et l'arbre, car ce grand pouvait être de force
À me faire donner...
CHRISTIAN.
Sur le nez...
CYRANO, essuyant la sueur à son front.
Sur les doigts.
- Mais j'ajoutai : Marche, Gascon, fais ce que dois !
Va, Cyrano ! Et ce disant, je me hasarde,
Quand, dans l'ombre, quelqu'un me porte...
CHRISTIAN.
Une nasarde.
CYRANO.
Je la pare, et soudain me trouve...
CHRISTIAN.
Nez à nez...
CYRANO, bondissant vers lui.
Ventre-Saint-Gris !
(Tous les Gascons se précipitent pour voir ; arrivé sur Christian, il se maîtrise et continue).
avec cent braillards avinés
Qui puaient...
CHRISTIAN.
À plein nez...
CYRANO, blême et souriant.
L'oignon et la litharge !
Je bondis, front baissé...
CHRISTIAN.
Nez au vent !
CYRANO.
et je charge !
J'en estomaque deux ! J'en empale un tout vif !
Quelqu'un m'ajuste : Paf ! et je riposte...
CHRISTIAN.
Pif !
CYRANO, éclatant.
Tonnerre ! Sortez tous !
(Tous les cadets se précipitent vers les portes).
PREMIER CADET.
C'est le réveil du tigre !
CYRANO.
Tous ! Et laissez-moi seul avec cet homme !
DEUXIÈME CADET.
Bigre !
On va le retrouver en hachis !
RAGUENEAU.
En hachis ?
UN AUTRE CADET.
Dans un de vos pâtés !
RAGUENEAU.
Je sens que je blanchis,
Et que je m'amollis comme une serviette !
CARBON.
Sortons !
UN AUTRE.
Il n'en va pas laisser une miette !
UN AUTRE.
Ce qui va se passer ici, j'en meurs d'effroi !
UN AUTRE, refermant la porte de droite.
Quelque chose d'épouvantable !
(Ils sont tous sortis, - soit par le fond, soit par les côtés, - quelques-uns ont disparu par l'escalier. Cyrano et Christian restent face à face, et se regardent un moment).
Scène X
Cyrano, Christian.
CYRANO.
Embrasse-moi !
CHRISTIAN.
Monsieur...
CYRANO.
Brave.
CHRISTIAN.
Ah çà ! mais !..
CYRANO.
Très brave. Je préfère.
CHRISTIAN.
Me direz-vous ?..
CYRANO.
Embrasse-moi. Je suis son frère.
CHRISTIAN.
De qui ?
CYRANO.
Mais d'elle !
CHRISTIAN.
Hein ?..
CYRANO.
Mais de Roxane !
CHRISTIAN, courant à lui.
Ciel !
Vous, son frère ?
CYRANO.
Ou tout comme : un cousin fraternel.
CHRISTIAN.
Elle vous a ?..
CYRANO.
Tout dit !
CHRISTIAN.
M'aime-t-elle ?
CYRANO.
Peut-être !
CHRISTIAN, lui prenant les mains.
Comme je suis heureux, Monsieur, de vous connaître !
CYRANO.
Voilà ce qui s'appelle un sentiment soudain.
CHRISTIAN.
Pardonnez-moi...
CYRANO, le regardant, et lui mettant la main sur l'épaule.
C'est vrai qu'il est beau, le gredin !
CHRISTIAN.
Si vous saviez, Monsieur, comme je vous admire !
CYRANO.
Mais tous ces nez que vous m'avez...
CHRISTIAN.
Je les retire !
CYRANO.
Roxane attend ce soir une lettre...
CHRISTIAN.
Hélas !
CYRANO.
Quoi ?
CHRISTIAN.
C'est me perdre que de cesser de rester coi !
CYRANO.
Comment ?
CHRISTIAN.
Las ! je suis sot à m'en tuer de honte !
CYRANO.
Mais non, tu ne l'es pas, puisque tu t'en rends compte.
D'ailleurs, tu ne m'as pas attaqué comme un sot.
CHRISTIAN.
Bah ! on trouve des mots quand on monte à l'assaut !
Oui, j'ai certain esprit facile et militaire,
Mais je ne sais, devant les femmes, que me taire.
Oh ! leurs yeux, quand je passe, ont pour moi des bontés...
CYRANO.
Leurs cœurs n'en ont-ils plus quand vous vous arrêtez ?
CHRISTIAN.
Non ! car je suis de ceux, - je le sais... et je tremble ! -
Qui ne savent parler d'amour.
CYRANO.
Tiens !.. Il me semble
Que si l'on eût pris soin de me mieux modeler,
J'aurais été de ceux qui savent en parler.
CHRISTIAN.
Oh ! pouvoir exprimer les choses avec grâce !
CYRANO.
Être un joli petit mousquetaire qui passe !
CHRISTIAN.
Roxane est précieuse et sûrement je vais
Désillusionner Roxane !
CYRANO, regardant Christian.
Si j'avais
Pour exprimer mon âme un pareil interprète !
CHRISTIAN, avec désespoir.
Il me faudrait de l'éloquence !
CYRANO, brusquement.
Je t'en prête !
Toi, du charme physique et vainqueur, prête-m'en.
Et faisons à nous deux un héros de roman !
CHRISTIAN.
Quoi ?
CYRANO.
Te sens-tu de force à répéter les choses
Que chaque jour je t'apprendrai ?..
CHRISTIAN.
Tu me proposes ?..
CYRANO.
Roxane n'aura pas de désillusions !
Dis, veux-tu qu'à nous deux nous la séduisions ?
Veux-tu sentir passer, de mon pourpoint de buffle
Dans ton pourpoint brodé, l'âme que je t'insuffle !..
CHRISTIAN.
Mais, Cyrano !..
CYRANO.
Christian, veux-tu ?
CHRISTIAN.
Tu me fais peur !
CYRANO.
Puisque tu crains, tout seul, de refroidir son cœur,
Veux-tu que nous fassions - et bientôt tu l'embrases ! -
Collaborer un peu tes lèvres et mes phrases ?..
CHRISTIAN.
Tes yeux brillent !..
CYRANO.
Veux-tu ?..
CHRISTIAN.
Quoi ! cela te ferait
Tant de plaisir ?..
CYRANO, avec enivrement.
Cela...
(Se reprenant, et en artiste).
Cela m'amuserait !
C'est une expérience à tenter un poète.
Veux-tu me compléter et que je te complète ?
Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté.
Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.
CHRISTIAN.
Mais la lettre qu'il faut, au plus tôt, lui remettre !
Je ne pourrai jamais...
CYRANO, sortant de son pourpoint la lettre qu'il a écrite.
Tiens, la voilà, ta lettre !
CHRISTIAN.
Comment ?
CYRANO.
Hormis l'adresse, il n'y manque plus rien.
CHRISTIAN.
Je...
CYRANO.
Tu peux l'envoyer. Sois tranquille. Elle est bien.
CHRISTIAN.
Vous aviez ?..
CYRANO.
Nous avons toujours, nous, dans nos poches,
Des épîtres à des Chloris... de nos caboches,
Car nous sommes ceux-là qui pour amante n'ont
Que du rêve soufflé dans la bulle d'un nom !..
Prends, et tu changeras en vérités ces feintes ;