Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30489-2
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
Ma rêverie fut interrompue par l’arrivée d’encore un autre compagnon, accompagné cette fois d’un médecin. On ouvrit une fois de plus la grille qui tenait lieu de porte ; le médecin entra et le compagnon la referma derrière lui avant de reculer d’un pas, prêt à faire feu à travers les barreaux.
Le médecin s’assit sur ma couchette et ouvrit un sac de cuir. « Comment vous sentez-vous ?
— J’ai faim », dis-je en jetant de côté le bol et la cuillère. « On m’a apporté ça, mais ce n’est que de la flotte.
— La viande est réservée à ceux qui défendent le monarque, pas à ceux qui font de la subversion. Vous avez été touché par le convulseur ?
— Si vous le dites. J’ignore de quoi il s’agit.
— À mon avis, non. Levez-vous. »
Je me levai, puis bougeai les bras et les jambes comme il me l’ordonnait, et fis rouler ma tête à droite et à gauche – et ainsi de suite.
« Vous n’avez pas été touché. Vous portiez une cape d’officier. Êtes-vous officier ?
— Si vous voulez. J’ai été général, au moins à titre honorifique. Pas récemment.
— Et vous ne dites pas la vérité. C’est une tenue d’officier subalterne, pour votre information. Ces crétins jurent qu’ils vous ont touché, le tireur, notamment.
— C’est à lui qu’il faut poser la question.
— Pour l’entendre nier ce que je sais déjà ? Je ne suis pas idiot à ce point-là. Dois-je expliquer ce qui s’est passé ? »
Je lui dis espérer que quelqu’un se donnerait la peine de le faire.
« Très bien. Le tremblement de terre s’est produit au moment où vous avez fui Mme la Préfète Priscia, à l’instant précis où cet imbécile a fait feu depuis la salle d’armes. Il vous a manqué, comme tout le monde vous aurait manqué ; mais vous êtes tombé et vous vous êtes cogné la tête, et il s’est imaginé vous avoir atteint. Ce n’est pas la première fois que je constate ce genre de coïncidence extraordinaire. En fait, c’est toujours très simple, une fois que l’on a compris que les témoins confondent la cause et les effets. »
J’acquiesçai. « Il y a donc eu un tremblement de terre ?
— Indiscutablement. Et un puissant, encore. Nous avons de la chance de nous en être tirés aussi bien. N’aviez-vous pas encore regardé dehors ? Vous devez pourtant pouvoir voir le mur, depuis ici. » Il alla jusqu’au hublot, jeta lui-même un coup d’œil, puis eut un geste comme si je venais aussi de regarder. « Une bonne section s’est effondrée près du transport zoétique. Vous ne prétendez tout de même pas avoir fait ça tout seul, non ? »
Je lui répondis que je n’avais jamais eu la moindre idée de ce qui l’avait fait s’écrouler.
« Cette côte est sujette aux séismes, comme les anciennes chroniques l’indiquent assez clairement – gloire à notre monarque, soit dit en passant, de les avoir mises à l’abri ici –, mais il ne s’en est produit aucun depuis que le fleuve a changé de cours, si bien que la plupart de ces fous ont cru qu’il n’y en aurait plus. » Il pouffa. « Avec ce qui s’est passé la nuit dernière, je ne doute pas qu’ils changent d’avis. »
Il était déjà sur le seuil de la porte. Le compagnon la fit claquer et donna un tour de clef.
Je pensai à la pièce du Dr Talos, et à ce moment où la terre tremble et où Jahi dit : « La fin de Teur, espèce de fou. Va et transperce-la de ta lance. De toutes les façons, c’est aussi la fin pour toi. »
Comme j’avais peu parlé avec lui, sur le monde de Yesod…
CHAPITRE XXXVII
Le livre du Nouveau Soleil
Comme à mon époque, on donnait à manger deux fois par jour aux prisonniers, et l’on remplissait nos carafes d’eau lors du repas du soir. L’apprenti qui m’apporta mon plateau m’adressa un coup d’œil et revint, porteur de fromage et d’une miche de pain frais une fois que le compagnon ne fut plus dans les parages.
La portion du soir avait été aussi congrue que celle du matin, et je me mis aussitôt à dévorer ce qu’il m’avait apporté tout en le remerciant.
Il s’accroupit de l’autre côté de la grille. « Est-ce que je peux vous parler ? »
Je lui répondis que je ne gouvernais pas ses actes, et qu’il devait vraisemblablement mieux connaître le règlement de l’endroit que moi.
Il rougit, ses joues sombres devenant plus sombres encore. « Je veux dire, est-ce que vous me répondrez ?
— Oui, si tu ne risques pas d’être battu.
— Je ne pense pas, en tout cas, pas pour le moment. Mais il vaudra mieux parler à voix basse. Il y a certainement des espions parmi les autres.
— Comment sais-tu que je n’en suis pas un ?
— Parce que vous l’avez tuée, évidemment. Tout est sens dessus dessous, en ce moment. Tout le monde est content qu’elle soit morte, mais on peut être sûr qu’il va y avoir une enquête, sans parler qu’il faudra mettre quelqu’un à sa place. » Il se tut un instant, comme s’il réfléchissait profondément à ce qu’il allait dire ensuite. « Les gardes racontent que vous avez dit que vous pourriez la ressusciter.
— Et toi, tu n’y tiens pas. »
D’un geste de la main, il repoussa ma question. « L’auriez-vous pu ? Réellement ?
— Je l’ignore ; il aurait fallu que j’essaie. Je suis surpris qu’ils t’en aient parlé.
— Je leur rends des petits services, comme cirer leurs bottes ou faire des courses pour un peu d’argent, et j’écoute ce qu’ils disent.
— Je n’en ai pas à te donner. Les soldats qui m’ont arrêté m’ont pris ce que j’avais.
— Je n’en voulais pas. » Il se leva et fouilla dans l’une des poche de son pantalon en lambeaux. « Tenez, vous feriez mieux de prendre ça. »
Il ouvrit la main ; je vis des piécettes de laiton usées, dont le motif ne m’était pas familier.
« De temps en temps, vous pourrez vous arranger pour avoir un supplément de nourriture, ou ce que vous voudrez.
— Tu m’as apporté un supplément, et je ne t’ai rien donné.
— Prenez, dit-il. Je tiens à vous les donner. Vous pourriez en avoir besoin. » Comme je ne tendais toujours pas la main, il jeta les piécettes à travers les barreaux et disparut dans le couloir.
Je les ramassai et les glissai dans l’une de mes propres poches, plus intrigué que je ne l’avais jamais été de toute ma vie.
À l’extérieur, l’après-midi avait laissé la place à un crépuscule frisquet, avec le hublot toujours ouvert. J’allai pousser les épaisses lentilles, puis je les verrouillai. Larges et lisses, les rebords, d’une forme étonnante, avaient manifestement été conçus pour résister au vide.
Tout en finissant mon fromage et mon pain, je pensais à notre retour vers Teur, sur la navette, et à mon exultation sur le vaisseau de Tzadkiel. Comme il serait merveilleux d’expédier cette tour Matachine au milieu des étoiles ! Et cependant, il y avait quelque chose de sinistre en elle, comme dans toute chose conçue dans un noble but et que l’on utilise à des fins honteuses. J’avais grandi ici, sans rien ressentir de cela.
Une fois terminé le pain et le fromage, je m’enroulai dans la cape que l’officier m’avait donnée, éteignis la lumière d’une main et tentai de dormir.
Au matin, j’eus d’autres visiteurs. Burgundofara et Hadelin arrivèrent, escortés par un compagnon de haute taille qui les salua de son arme et les laissa à l’extérieur de ma grille. Ma surprise dut certainement se lire sur mon visage.
« L’argent peut faire des merveilles », dit Hadelin ; il tordit la bouche pour montrer combien l’addition avait été douloureuse, et je me demandai si Burgondofara avait dissimulé l’argent gagné sur le vaisseau ou s’il considérait que celui-ci était maintenant le sien.