Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30489-2
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
Eskil s’assit, le regard hébété.
À ce moment-là, notre bateau ralentit ; le pont s’enfonça et retrouva presque l’horizontale tandis que les volutes d’embruns, derrière nous, disparaissaient comme une vague qui brise sur la grève. Je me levai pour regarder où nous nous trouvions ; Eskil se leva aussi, et bientôt l’ami qui s’était occupé de lui et l’homme de garde se joignirent à nous.
La berge en remblai de Gyoll s’éleva sur notre gauche, coupant le ciel nocturne comme la lampe d’une épée. Nous la longeâmes presque en silence, le grondement des moteurs qui nous avaient propulsés (quels qu’ils fussent) avec une telle vitesse presque étouffé maintenant. Des marches descendaient dans l’eau, mais aucune main amicale ne se tendit pour attraper une amarre. Un marin bondit de la proue sur les marches, et un autre lui lança le filin. L’instant suivant, une passerelle allait du bateau à l’escalier.
L’officier apparut à la poupe flanqué de fusiliers portant des torches. Il fit halte, bouche bée devant Eskil, puis appela les trois autres soldats à lui. Ils tinrent une longue conférence à voix trop basse pour que je pusse l’entendre.
Finalement, l’officier et mon garde revinrent vers moi, suivis des porteurs de torches. Après une ou deux respirations, l’officier dit : « Enlevez-lui sa chemise. »
Eskil et son ami les rejoignirent. Eskil prit la parole. « Il faut enlever votre chemise, s’gneur. Sinon, nous devrons la déchirer. »
Pour le mettre à l’épreuve, je lui demandai : « Ferais-tu cela ? »
Il haussa les épaules, et je dénouai le superbe manteau que j’avais décroché dans la penderie, sur le vaisseau de Tzadkiel. Je le laissai tomber sur le pont, fit passer la chemise par-dessus ma tête et la laissai à son tour glisser à côté du manteau.
L’officer se rapprocha et me fit tourner pour examiner mes côtes des deux côtés. « Vous devriez être presque mort », grommela-t-il ajoutant : « C’est donc vrai, ce qu’on dit de vous.
— Étant donné que j’ignore ce que l’on raconte, je ne peux ni confirmer ni infirmer.
— Je ne vous pose pas la question. Rhabillez-vous. C’est un conseil. »
Je cherchai la cape et la chemise des yeux ; l’une et l’autre avaient disparu.
L’officier soupira. « Quelqu’un vient de les barboter, sans doute un des marins. » Il regarda l’ami d’Eskil. « Tu dois l’avoir vu, Tanco.
— Je regardais sa figure, s’gneur, pas ses vêtements. Mais je vais essayer de les trouver. »
L’officier acquiesça. « Prends Eskil avec toi. » Il fit un geste, et l’un des porteurs de torche confia son flambeau à l’autre, puis se baissa pour me libérer la jambe.
« Ils ne les trouveront pas, soupira l’officier. Il existe mille cachettes sur un bateau comme celui-ci, et l’équipage les connaît toutes. »
Je lui répondis que je n’avais pas froid.
L’officier se débarrassa de sa cape d’uniforme. « L’homme qui les a subtilisées les découpera pour en vendre les morceaux, je suppose. Il devrait en tirer quelque chose. Mettez cela – j’en ai une autre dans ma cabine. »
Je n’avais aucune envie de porter sa cape, mais il aurait été bien insensé de refuser sa générosité.
« Je dois vous attacher les mains. Le règlement. » Les menottes brillaient à la lumière des torches comme si elles avaient été en argent, mais elles ne m’en mordaient pas moins les poignets.
Notre groupe de quatre franchit la passerelle jusqu’aux marches, qui paraissaient presque neuves ; nous les escaladâmes et gagnâmes, marchant à la file indienne, une rue étroite que bordaient de petits jardins et des maisons biscornues, la plupart sans étage. Un porteur de torche ouvrait le chemin, je venais ensuite, suivi de l’officier, pistolet dégainé, et le second porteur de torche fermait la marche. Un ouvrier qui rentrait chez lui s’arrêta pour nous regarder ; en dehors de lui, je ne vis personne.
Je tournai la tête et demandai à l’officier, par-dessus l’épaule, où il me conduisait.
« À l’ancien port. L’une des carcasses a été transformée pour accueillir des prisonniers.
— Et ensuite ? »
Je ne pouvais pas le voir, mais je devinai son haussement d’épaules. « Je l’ignore. Mes ordres étaient de vous arrêter et de vous conduire ici. »
Pour l’instant, cet « ici » se réduisait à un jardin public. Avant de m’avancer dans l’obscurité qui régnait sous les arbres, je levai les yeux et me contemplai un instant à travers leurs feuilles noircies par le gel.
CHAPITRE XXXVI
Une fois de plus, la Citadelle
J’avais espéré voir le vieux soleil se lever avant d’être mis sous les verrous. Cela ne devait pas être. Pendant un long moment (ou du moins il me parut tel) nous grimpâmes une colline en pente douce. À plusieurs reprises, les torches enflammèrent des feuilles rousses ; en se communiquant à d’autres, le feu dégageait cette odeur âcre qui est l’haleine même de l’automne, avant de s’éteindre. Des feuilles mortes jonchaient le chemin que nous suivions, mais la pluie les avait détrempées.
Nous atteignîmes finalement un mur sinistre d’une telle hauteur que nos torches n’arrivaient pas à en révéler le faîte ; pendant un instant, je crus qu’il s’agissait du mur de Nessus. Un homme en demi armure s’appuyait sur la hampe de sa hallebarde devant l’arche étroite et sombre d’une poterne de cette muraille. Il ne rectifia pas la position ni ne montra aucun signe particulier de respect quand il nous aperçut, et attendit que nous fussions pratiquement arrivés à sa hauteur pour cogner à la porte de fer à l’aide du talon métallique de son arme.
La porte s’ouvrit de l’intérieur. Alors que nous franchissions l’épaisseur du mur – laquelle était considérable, bien que loin de valoir celle du mur de Nessus – je m’arrêtai si brutalement que l’officier qui me suivait me heurta. À l’intérieur, le garde était armé d’une longue épée à double tranchant, qu’il pouvait faire reposer sur les pierres du dallage grâce à son extrémité carrée.
« Où suis-je ? demandai-je à l’officier. Quel est cet endroit ?
— Celui où j’ai dit que je vous emmènerais, me répondit-il. Voici la carcasse. »
Je levai les yeux et vis une tour puissante, tout en métal luisant.
D’une voix traînante, le garde dit : « Il a peur de mon épée. Elle a un bon tranchant, camarade – tu n’auras pas le temps de la sentir.
— Vous vous adresserez au prisonnier en lui disant “s’gneur” ! aboya l’officier.
— Peut-être, tant que vous serez là. »
Je ne saurai jamais ce que l’officier allait dire ou faire après cette insolence ; car à cet instant-là une femme sortit de la tour, suivie d’un petit serviteur avec une lanterne à la main. L’officier salua la femme (qui, par la richesse de sa tenue, était manifestement d’un rang supérieur) de la manière la plus négligente et lui dit : « Vous avez des difficultés à dormir, je vois.
— Nullement. Votre message disait que vous alliez venir, et je vous connais comme un homme de parole. Je préfère inspecter personnellement nos nouveaux clients. Tournez-vous, mon brave, qu’on vous voie. »
Je m’exécutai.
« Un beau spécimen, et vous n’avez laissé aucune marque sur lui. N’a-t-il pas résisté ?
— C’est une tabula rasa que nous vous offrons. »
Comme il n’ajoutait rien, l’un des porteurs de torche murmura : « Il s’est battu comme un démon, madame la Préfète. » L’officier lui jeta un regard qui indiquait clairement qu’il aurait à payer pour cette remarque.
« Nous l’enfermerons pour vous, si vous le souhaitez, reprit l’officier.