La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Je ne suis pas à moi, chère sœur, dès que je m’occupe de ces idées, que la présence seule de mon fils a le pouvoir de bannir: mon imagination s’allume, et je crois voir tout ce que je pense…
On m’a pourtant donné quelques nouvelles consolantes. Ton mari… ah! c’est l’honneur de notre nom, comme j’en suis la honte!… ton mari a tout surmonté par sa vertu!…
Le cher Bertrand, qui te remettra cette lettre, te dira comme s’est fait mon mariage. Fête triste et lugubre!… J’étais en deuiclass="underline" mes larmes ont coulé, presque des sanglots m’ont échappé au pied des autels. La cérémonie a été publique: Mme la comtesse, aïeule de mon fils, l’a voulu à cause de l’enfant; les deux familles du comte et de la comtesse y étaient, avec tous leurs amis et toutes leurs connaissances. Le cher enfant était beau comme un ange: tout le monde l’admirait; on ne pouvait se lasser de le caresser. Les étrangers mêmes s’écriaient: «Qu’il est charmant! c’est l’amour! Sa mère doit être bien contente!…» Et quand on a vu mes larmes… on a dit heureusement: «C’est de joie!» Il est vrai que j’en avais. Mais nos chers parents… qui sont morts de douleur!… Un coup d’œil sur Bertrand portait dans mon sein le poignard vengeur. Aux pieds de l’autel, les yeux fixés sur le tabernacle, j’ai vu, entre les cierges, de chaque côté, mon père… le regard menaçant, et ma mère, s’arrachant les cheveux, comme le jour de sa mort!… Du doigt, mon: père me faisait signe de m’anéantir. J’ai presque fait un cri et le mouvement de frayeur que j’ai eu a frappé tout le monde… J’ai entendu qu’on disait: «Elle pense au risque presque certain qu’a couru son fils, de n’être jamais à sa place.» Je me suis anéantie devant Dieu, suivant l’ordre de mon père: j’ai réclamé la céleste miséricorde, et j’ai fait vœu d’une humilité sans mesure, telle qu’elle convient à un néant infect, tel que moi… Au retour à la maison, je me suis vêtue comme à Au**, et j’ai demandé la permission de sortir, pour aller offrir à Dieu les prémices de mon mariage. Mme la comtesse y a consenti. J’ai employé la journée à visiter les pauvres et surtout les prisonniers: je le cherchais, hélas! parmi ces misérables…
Je te prie, ma chère sœur, de me mettre dans le cas de vous rendre à tous les services qui dépendront de moi: quoique les dettes de mon mari, et sa conduite actuelle le gênent beaucoup, sa famille est puissante, je n’y suis pas mal vue, on m’y veut infiniment de bien, à cause de mon fils; on s’empresse de m’honorer, afin de me rendre digne de mon rang.
URSULE R**, marquise de***.
Lettre 165. Edmond, à Marianne Frémi.
[Il la menace de la colère de Dieu!].
21 décembre.
Est-ce toi que je viens de voir, malheureuse!… Oui, c’est toi; toi, que ta fidélité à servir ta maîtresse dans la débauche, a fait mettre à l’hôpital; qui l’a servie dans sa pénitence, qui l’a suivie à Au**, et qui sans doute l’as abandonnée, puisque je te revois ici. Que fais-tu? Où es-tu?… Ta vue m’a troublé. Redonnes-tu dans le vice? dis, as-tu repris le vice?… Si tu as repris le vice, le vice te trahira: prends-y garde! le vice est un traître! Entends-tu? c’est Edmond qui t’écrit. Si tu le voyais, il te ferait trembler. Et c’est le vice qui l’a trompé, séduit, trahi. Je suis un exemple de la céleste colère: j’ai tué mon père, ma mère; j’ai tué Gaudet, le gardien; j’ai tué Zéphire; et Dieu me tue par un supplice lent et cruel. Crains Dieu! si tu es retournée au vice, Dieu te tuera, malheureuse! Y es-tu retournée? je le crois.
Quitte le vice; car il te tuera peut-être par ma main. Crains ma main! L’indignation contre le vice me met hors de moi. J’ai vu Laure. Un mouvement de fureur me saisissait, quand j’ai pensé que sans moi… J’ai rougi… Je vais la revoir aujourd’hui, ou demain… Je ne sais ce qui arrivera… Ma complice, ta maîtresse, ne peut trop se punir; elle a péché; mais moins que moi. Je suis un monstre; elle n’est qu’une faible créature. Mais si elle retombait, après m’avoir aidé à parricider père, mère… ma rage s’assouvirait, dussé-je tomber au fond de l’abîme… Périssent les parricides!… et j’en suis un; et elle en est une… Toi, tu fus sa servante; tu as vu ses crimes et son malheur, et tu l’as quittée pénitente, repentante! Te serais-tu lassée de voir le repentir? tu ne t’étais pas lassée de voir le vice!… T’a-t-elle renvoyée?… Non, je ne le crois pas; elle t’aimait. Pourquoi donc es-tu à Paris!… Ton séjour ici m’inquiète. Tu es à Paris!… Tu ne saurais y être que pour mal faire. Si tu y es pour mal faire, je t’avertis que le bras de Dieu est levé sur toi. Baisse ta tête coupable, et reçois le coup. Je baisse la mienne depuis longtemps, et le coup ne frappe pas!…