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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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«Dès que le calife fut parti, ma maîtresse me fit signe de m’approcher. Elle me demanda de vos nouvelles avec inquiétude. Je l’assurai qu’il y avait longtemps que vous n’étiez plus dans le palais, et lui mis l’esprit en repos de ce côté-là. Je me gardai bien de lui parler de l’évanouissement du prince de Perse, de peur de la faire retomber dans l’état d’où nos soins l’avaient tirée avec tant de peine; mais ma précaution fut inutile, comme vous l’allez entendre: «Prince, s’écria-t-elle alors, je renonce désormais à tous les plaisirs, tant que je serai privée de celui de ta vue. Si j’ai bien pénétré dans ton cœur, je ne fais que suivre ton exemple. Tu ne cesseras de verser des larmes que tu ne m’aies retrouvée; il est juste que je pleure et que je m’afflige jusqu’à ce que tu sois rendu à mes vœux.» En achevant ces paroles, qu’elle prononça d’une manière qui marquait la violence de sa passion, elle s’évanouit une seconde fois entre mes bras.»

En cet endroit, Scheherazade voyant paraître le jour, cessa de parler. La nuit suivante, elle poursuivit de cette sorte:

CLXXI NUIT.

La confidente de Schemselnihar continua de raconter à Ebn Thaher tout ce qui était arrivé à sa maîtresse depuis son premier évanouissement: «Nous fûmes encore longtemps, dit-elle, à la faire revenir, mes compagnes et moi. Elle revint enfin, et alors je lui dis: «Madame, êtes-vous donc résolue de vous laisser mourir, et de nous faire mourir nous-mêmes avec vous? Je vous supplie, au nom du prince de Perse, pour qui vous avez intérêt de vivre, de vouloir conserver vos jours. De grâce, laissez-vous persuader et faites les efforts que vous vous devez à vous-même, à l’amour du prince et à notre attachement pour vous.

– Je vous suis bien obligée, reprit-elle, de vos soins, de votre zèle et de vos conseils. Mais, hélas! peuvent-ils m’être utiles? Il ne nous est pas permis de nous flatter de quelque espérance, et ce n’est que dans le tombeau que nous devons attendre la fin de nos tourments.» Une de mes compagnes voulut la détourner de ses tristes pensées en chantant un air sur son luth; mais elle lui imposa silence et lui ordonna, comme à toutes les autres, de se retirer. Elle ne retint que moi pour passer la nuit avec elle. Quelle nuit, ô ciel! Elle la passa dans les pleurs et les gémissements; et nommant sans cesse le prince de Perse, elle se plaignait du sort qui l’avait destinée au calife, qu’elle ne pouvait aimer, et non pas à lui, qu’elle aimait éperdument.

«Le lendemain, comme elle n’était pas commodément dans le salon, je l’aidai à passer dans son appartement, où elle ne fut pas plus tôt arrivée que tous les médecins du palais vinrent la voir par ordre du calife, et ce prince ne fut pas longtemps sans venir lui-même. Les remèdes que les médecins ordonnèrent à Schemselnihar firent d’autant moins d’effet qu’ils ignoraient la cause de son mal, et la contrainte où la mettait la présence du calife ne faisait que l’augmenter. Elle a pourtant un peu reposé cette nuit, et d’abord qu’elle a été éveillée, elle m’a chargée de vous venir trouver, pour apprendre des nouvelles du prince de Perse.

– Je vous ai déjà informée de l’état où il est, lui dit Ebn Thaher; ainsi, retournez vers votre maîtresse, et l’assurez que le prince de Perse attendait de ses nouvelles avec la même impatience qu’elle en attendait de lui. Exhortez-la surtout à se modérer et à se vaincre, de peur qu’il ne lui échappe devant le calife quelque parole qui pourrait nous perdre avec elle.

– Pour moi, reprit la confidente, je vous l’avoue, je crains tout de ses transports; j’ai pris la liberté de lui dire ce que je pensais là-dessus, et je suis persuadée qu’elle ne trouvera pas mauvais que je lui en parle encore de votre part.»

Ebn Thaher, qui ne faisait que d’arriver de chez le prince de Perse, ne jugea point à propos d’y retourner si tôt et de négliger des affaires importantes qui lui étaient survenues en rentrant chez lui: il y alla seulement sur la fin du jour. Le prince était seul et ne se portait pas mieux que le matin: «Ebn Thaher, lui dit-il en le voyant paraître, vous avez sans doute beaucoup d’amis; mais ces amis ne connaissent pas ce que vous valez, comme vous le faites connaître par votre zèle, par vos soins et par les peines que vous vous donnez lorsqu’il s’agit de les obliger. Je suis confus de tout ce que vous faites pour moi avec tant d’affection, et je ne sais comment je pourrai m’acquitter envers vous.

– Prince, lui répondit Ebn Thaher, Laissons là ce discours, je vous en supplie. Je suis prêt, non seulement à donner un de mes yeux pour vous en conserver un, mais même à sacrifier ma vie pour la vôtre. Ce n’est pas de quoi il s’agit présentement. Je viens vous dire que Schemselnihar m’a envoyé sa confidente pour me demander de vos nouvelles, et en même temps pour m’informer des siennes. Vous jugez bien que je ne lui ai rien dit qui ne lui ait confirmé l’excès de votre amour pour sa maîtresse et la constance avec laquelle vous l’aimez.» Ebn Thaher lui fit ensuite un détail exact de ce que lui avait dit l’esclave confidente. Le prince l’écouta avec tous les différents mouvements de crainte, de jalousie, de tendresse et de compassion que son discours lui inspira, faisant sur chaque chose qu’il entendait toutes les réflexions affligeantes ou consolantes dont un amant aussi passionné qu’il était pouvait être capable.

Leur conversation dura si longtemps, que la nuit se trouvant fort avancée, le prince de Perse obligea Ebn Thaher à demeurer chez lui. Le lendemain matin, comme ce fidèle ami s’en retournait au logis, il vit venir à lui une femme qu’il reconnut pour la confidente de Schemselnihar, et qui, l’ayant abordé, lui dit: «Ma maîtresse vous salue, et je viens vous prier de sa part de rendre cette lettre au prince de Perse.» Le zélé Ebn Thaher prit la lettre et retourna chez le prince, accompagné de l’esclave confidente.

Scheherazade cessa de parler en cet endroit, à cause du jour qu’elle vit paraître. Elle reprit la suite de son discours la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:

CLXXII NUIT.

Sire, quand Ebn Thaher fut entré chez le prince de Perse avec la confidente de Schemselnihar, il la pria de demeurer un moment dans l’antichambre et de l’attendre. Dès que le prince l’aperçut, il lui demanda avec empressement quelle nouvelle il avait à lui annoncer. «La meilleure que vous puissiez apprendre, lui répondit Ebn Thaher: on vous aime aussi chèrement que vous aimez. La confidente de Schemselnihar est dans votre antichambre; elle vous apporte une lettre de la part de sa maîtresse, elle n’attend que votre ordre pour entrer.

– Qu’elle entre! s’écria le prince avec un transport de joie.» En disant cela, il se mit sur son séant pour la recevoir.

Comme les gens du prince étaient sortis de la chambre d’abord qu’ils avaient vu Ebn Thaher, afin de le laisser seul avec leur maître, Ebn Thaher alla ouvrir la porte lui-même et fit entrer la confidente. Le prince la reconnut et la reçut d’une manière fort obligeante. «Seigneur, lui dit-elle, je sais tous les maux que vous avez soufferts depuis que j’eus l’honneur de vous conduire au bateau qui vous attendait pour vous ramener. Mais j’espère que la lettre que je vous apporte contribuera à votre guérison.» À ces mots, elle lui présenta la lettre. Il la prit, et après l’avoir baisée plusieurs fois, il l’ouvrit et lut les paroles suivantes:

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