L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1976
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Rene Lathiere
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]». Краткое содержание книги:
Irréalisable scientifiquement ? Voire. Car les progrès des méthodes prévisionnelles, statistiques et autres, confondues dans un art baptisé stochastique, permettent à quelques-uns de jouer les prophètes.
Ainsi en est-il pour Lew Nüchols, spécialiste de l'art d'emmagasiner et de trier les informations, de dire même ce qu'il faut faire pour réduire l'intervalle d'incertitude entre la prévision et la réalité future.
Intervalle irréductible.
Sauf pour Carjaval, l'homme qui sait absolument tout de l'avenir. Jusqu'à l'heure et la circonstance de sa mort — Carjaval, prophète de l'homme à venir, l'homme stochastique.
Robert Silverberg a écrit ici un étrange roman où la liberté, la nécessité et les probabilités se livrent dans l'avenir proche à un ballet redoutable avec l'amour, le pouvoir et la mort.
— Tu as eu ton plaisir ?
Elle hocha lentement la tête. Friedman devait lui aussi avoir ses talents, qui n’étaient pas que pour la haute finance.
— T’a-t-il parlé du Transitisme ?
Je voulais savoir. Sundara fit signe que non.
— Friedman n’est pas encore gagné, chuchota-t-elle, bien que Catalina l’eût déjà entrepris.
— Elle essaie avec moi aussi, répondis-je.
Friedman était affalé sur le sofa, l’œil vitreux, fixant un regard morne sur le soleil levant qui rosissait Brooklyn. Sundara, rompue à tous les raffinements de Tératologie hindoue, constituait une lourde épreuve pour n’importe quel homme.
… quand une femme embrasse son amant aussi étroitement que le serpent s’enroule autour de l’arbre, quand elle attire la tête de l’homme vers ses lèvres offertes, si elle la baise en produisant un léger son sifflant : « soutt, soutt » et le regarde avec tendresse, ses pupilles dilatées par le désir, cette position est dite l’Étreinte du Serpent…
— Quelqu’un souhaite-t-il déjeuner ? proposai-je.
Catalina m’adressa un sourire en coin. Sundara se borna à hocher la tête. Friedman, lui, parut manquer d’enthousiasme.
— Plus tard, mâchonna-t-il d’une voix qui n’était guère plus qu’un murmure. (Complètement vidé. L’ombre d’un homme.)
… quand une femme met un pied sur celui de son amant et l’autre sur sa cuisse, quand elle passe un bras autour de son cou et l’autre autour de ses hanches en chuchotant des mots de désir, comme si elle voulait se hisser jusqu’au premier rameau du corps de l’homme pour cueillir un baiser – cette position est dite l’Escalade de l’Arbre…
Je les laissai vautrés dans leurs coins respectifs et partis me doucher. Je n’avais pas fermé l’œil un instant, mais mon esprit restait alerte. Nuit étrange, riche en événements : je me trouvais plus vivant qu’au cours des semaines passées. Je ressentais un fourmillement stochastique, un frémissement de clairvoyance – signe avertisseur indiquant que j’approchais du seuil donnant accès à quelque nouvelle transformation. Je pris ma douche à pleine puissance. Je poussai au maximum l’intensité vibratoire, fondis des flots d’ultrasons dans mon système nerveux avide de les recevoir, et me trouvai prêt à conquérir des planètes nouvelles.
Plus personne dans le living-room, excepté Friedman toujours nu, l’œil toujours éteint, et toujours prostré sur le sofa.
— Où sont-elles passées ? demandai-je.
Il fit un geste vague en direction de notre grande chambre. Ainsi donc, Catalina avait fini par atteindre son but. Étais-je censé offrir la même hospitalité à Friedman ? Mon quotient bisexuel est bas et, pour l’instant, ce génie de la finance ne suscitait pas en moi une once de bon vouloir. Mais non : Sundara avait ravagé sa libido. Friedman ne m’adressait aucun signe, sauf ceux du plus total épuisement.
— Vous êtes un drôle de veinard…, exhala-t-il enfin. Quelle… femme merveilleuse… merveilleuse…
Je crus qu’il allait s’assoupir.
— … femme. Est-elle à vendre ?
— À vendre ? Qui ça ?
Il paraissait presque sérieux !
— Votre belle esclave orientale. C’est d’elle que je parle.
— Ma femme ?
— Vous l’avez achetée sur le marché de Bagdad, ne dites pas non. Cinq cents dinars pour elle, Nichols.
— Pas question.
— Mille.
— Pas même pour deux empires.
Friedman s’esclaffa.
— Où l’avez-vous connue ?
— En Californie.
— Peut-on en trouver d’autres comme elle, là-bas ?
— Elle est unique, affirmai-je. Au même titre que moi, que vous, que Yarber. On ne fabrique pas les gens sur un modèle standard, Friedman. Et maintenant, le petit déjeuner vous intéresse-t-il ?
Il bâilla.
— Si nous voulons renaître à un niveau supérieur, nous devons nous purifier des appétits charnels. Ainsi l’ordonne la Religion transitiste. Pour commencer, je vais mortifier ma chair en refusant le petit déjeuner.
Ses paupières se fermèrent et il partit au pays des rêves.
Je mangeai seul, puis regardai le jour affluer de l’Atlantique vers nous. J’allai ensuite chercher le Times (édition du matin) quand il sortit de la boîte aux lettres. J’eus le plaisir de constater que le discours de Quinn occupait la première page, sous la pliure, mais avec photo sur deux colonnes. LE MAIRE QUINN LANCE UN APPEL AU POTENTIEL HUMAIN. Telle était la manchette, sensiblement en deçà du ton habituellement mordant utilisé par le journal. L’allusion à la Société Parfaite figurait en sous-titre, et les vingt premières lignes reproduisaient plusieurs phrases bien sonores. Puis le compte rendu sautait à la page 21, avec le texte intégral dans un encadré. Je m’aperçus bientôt que je lisais pour de bon et ne tardai pas à me demander comment j’avais pu être aussi bouleversé, car le discours une fois imprimé semblait privé d’âme. Ce n’était que prouesse verbale, une suite de phrases ronflantes n’offrant aucun programme, aucune suggestion concrète. Et dire que la veille, il résonnait en moi comme un chant inspiré d’Utopie ! Je frissonnai. Quinn ne nous fournissait guère plus qu’une armature : c’était moi qui comblais les vides, qui y disposais tous mes rêves de réformes sociales, de grand changement à l’aube du troisième millénaire. Le morceau de bravoure de Quinn avait été pure séduction, une force élémentaire agissant sur nous du haut de l’estrade. Ainsi en allait-il pour tous les grands meneurs d’hommes. La denrée qu’ils ont à vendre, c’est leur personnalité. Les idées tout court, on les laisse aux inférieurs.
Peu après 8 heures, le téléphone sonna. Mardokian voulait faire distribuer mille vidéobandes du discours aux organisations néo-démocrates de tout le pays. Qu’est-ce que j’en pensais ? Lombroso annonçait cinq cent mille messages en faveur d’une candidature-qui-restait-encore-imaginaire, messages tombés dans notre escarcelle à la suite du discours. Missakian, Ephrikian… Sarkosian…
Lorsque je finis par obtenir un moment de tranquillité, je sortis de mon bureau, pour trouver Catalina Yarber en simple corsage et chaîne de cuisse, qui besognait à tirer Friedman de l’inconscience. Elle m’adressa un sourire entendu.
— Je pense que nous nous reverrons souvent, dit-elle d’une voix chaude.
Ils prirent congé bientôt. Sundara dormait toujours. Il y eut d’autres appels téléphoniques. D’un bout à l’autre du pays, le discours de Quinn produisait des remous. À la fin, ma bien-aimée se réveilla, nue, délicieuse, tout engourdie mais parfaite dans sa beauté.
— Je voudrais en savoir davantage sur le Transitisme, dit-elle.
14
Trois jours plus tard, rentrant à la maison, je fus estomaqué de voir Sundara et Catalina nues l’une comme l’autre et agenouillées côte à côte sur le tapis du living-room. Combien elles paraissaient belles en cette minute – la blanche silhouette près de ma statue de bronze, les courts cheveux dorés et la cascade de mèches noires. L’atmosphère était chargée d’aromates, et les deux femmes psalmodiaient des litanies. « Chaque chose passe », entonnait Yarber, et Sundara répétait : « Chaque chose passe. » Une chaînette enserrait le velours de sa cuisse gauche sur laquelle était fixé le médaillon, emblème de la Religion transitiste.
Elles observèrent à mon égard une attitude polie, très « faites-comme-si-nous-n’étions-pas-là », et poursuivirent leurs litanies qui constituaient manifestement une sorte de long catéchisme. J’aurais cru qu’elles se lèveraient à un moment donné et iraient s’isoler dans la chambre – mais je me trompais : la nudité faisait simplement partie des rites. Quand l’enseignement fut terminé, chacune remit ses vêtements, puis elles prirent le thé en causant comme de vieilles amies. Le même soir, lorsque j’avançai la main vers Sundara, mon épouse me dit doucement qu’elle ne pourrait faire l’amour. Non qu’elle ne ferait pas, ni qu’elle ne voulait pas, mais qu’elle ne le pourrait pas. À croire qu’on l’avait plongée dans un bain de pureté qu’il ne fallait point souiller par la luxure.