L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1976
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Rene Lathiere
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]». Краткое содержание книги:
Irréalisable scientifiquement ? Voire. Car les progrès des méthodes prévisionnelles, statistiques et autres, confondues dans un art baptisé stochastique, permettent à quelques-uns de jouer les prophètes.
Ainsi en est-il pour Lew Nüchols, spécialiste de l'art d'emmagasiner et de trier les informations, de dire même ce qu'il faut faire pour réduire l'intervalle d'incertitude entre la prévision et la réalité future.
Intervalle irréductible.
Sauf pour Carjaval, l'homme qui sait absolument tout de l'avenir. Jusqu'à l'heure et la circonstance de sa mort — Carjaval, prophète de l'homme à venir, l'homme stochastique.
Robert Silverberg a écrit ici un étrange roman où la liberté, la nécessité et les probabilités se livrent dans l'avenir proche à un ballet redoutable avec l'amour, le pouvoir et la mort.
Nos vêtements allèrent choir un peu partout. Son corps était impeccable, musclé, velouté comme celui d’un jeune enfant, ses seins plus lourds que je ne croyais, sa taille plus fine. Elle avait gardé son médaillon, l’emblème de la Religion transitiste fixé contre sa cuisse. Ses yeux brillaient, mais sa chair était froide et sèche, les pointes de ses seins nullement durcies. Quelles qu’aient pu être ses pensées, il n’y entrait certes pas un irrésistible désir charnel pour Lew Nichols. Ce que j’éprouvais à son égard était simple curiosité, et vague envie de forniquer. Nul doute qu’elle ne ressentît pas autre chose pour moi. Nous mêlâmes nos corps, joignîmes nos lèvres, nos langues se taquinèrent. C’était tellement impersonnel que j’eus peur de ne pouvoir prouver ma virilité. Mais les réflexes familiers prirent le dessus, les vieux mécanismes toujours prêts à fonctionner firent affluer le sang dans mon bas-ventre et j’obtins le raidissement qu’il fallait. « Viens, chuchota-t-elle. Viens naître en moi. » Phrase étrange. Formule transitiste, comme je l’appris plus tard. Je m’arquai au-dessus d’elle, ses cuisses minces et robustes me saisirent, et je la pénétrai.
Nos corps ondulaient, se soulevaient, retombaient. Nous roulions, basculions dans telle ou telle position, nous interprétions d’un bout à l’autre, et sans joie, le classique répertoire. Ses talents étaient remarquables, mais il y avait dans sa façon de procéder une froideur contagieuse qui me ravalait au simple rôle de machine, de piston allant et venant à l’intérieur d’un cylindre, si bien que je copulai sans plaisir, et presque sans rien éprouver.
Que pouvait-elle bien tirer de ce coït banal ? Pas grand-chose, me disais-je. C’est qu’en fait elle convoite Sundara et se résigne à me subir simplement pour avoir une chance de l’atteindre. Je voyais juste, mais j’avais tort en même temps, comme j’ai fini par l’apprendre, car la stricte technique de Mlle Yarber n’était point tant la preuve d’un manque d’intérêt à mon égard, que l’influence des doctrines transitistes. La sexualité, disent les bons prosélytes, nous fait tomber dans le piège de l’instant présent et retarde le passage. Or, le passage est tout. L’immobilisme est la mort. Livrez-vous donc au coït s’il le faut, ou si un but majeur peut être atteint à ce prix, mais ne vous laissez pas anéantir par l’extase, de crainte de vous embourber dans l’état non transitif…
Quand même… Nous poursuivîmes notre ballet glacé sur un laps de temps qui sembla durer des jours et des jours, puis elle s’abandonna enfin, ou voulut bien s’abandonner : un spasme bref, sans mot dire, et avec un muet soulagement je m’expédiai de l’autre côté. Après quoi nous nous séparâmes, notre souffle à peine accéléré.
— Je reprendrais volontiers du cognac, dit-elle au bout d’un instant.
Je cherchai le flacon. De très loin, m’arrivaient des plaintes, des halètements suscités par un plaisir plus orthodoxe : Sundara et Friedman se laissaient emporter.
— Vous êtes très compétent, ajouta Catalina.
— Merci, marmonnai-je, sans en être persuadé outre mesure.
Personne jusqu’alors ne m’avait dit cela, du moins pas exactement. Je me demandai quoi répondre, et décidai de ne pas rendre la politesse. Cognac pour deux. Elle s’assit sur le tapis, jambes croisées, lissa ses cheveux, but le liquide ambré à petits coups. Elle semblait inaccessible à la sueur, imperturbable, en un mot intacte comme une femme qui n’a jamais copulé. Et pourtant, chose bizarre, Catalina Yarber irradiait l’énergie sexuelle. L’on eût cru qu’elle tirait satisfaction de ce que nous avions fait, et de moi par la même occasion.
— Je le dis comme je le pense, insista-t-elle. Vous œuvrez avec vigueur et détachement.
— Avec détachement ?
— Non-attachement, devrais-je plutôt dire. Nous lui donnons une importance primordiale. Dans le Transitisme, c’est ce non-attachement que nous cherchons. Tous les actes de notre foi tendent vers un changement évolutionnaire continu. Si nous nous laissons prendre à quelque aspect de l’immédiat, au plaisir érotique par exemple, à l’appât des richesses, ou à tout aspect du moi qui nous maintient dans un état permanent…
— Catalina…
— Oui ?
— Je suis groggy. Je ne peux discuter théologie cette nuit…
Elle sourit.
— S’attacher au non-attachement est une des pires sottises qui existent, acquiesça-t-elle. Je vous fais grâce. Laissons là le Transitisme.
— Je vous en sais gré.
— À un autre moment, peut-être ? Vous et Sundara. J’aimerais tant vous exposer nos croyances, si…
— Bien sûr, interrompis-je. Mais plus tard.
Nous avons encore bu, puis fumé. Nous nous sommes remis à forniquer – c’était ma défense contre la soif qu’elle avait de me convertir – et pour le coup, elle dut moins bien interposer ses dogmes entre son esprit et moi, car ce nouvel assaut fut moins une copulation et davantage un acte d’amour. Vers l’aube, Sundara et Friedman réapparurent, elle patinée, merveilleuse, lui décharné, desséché, voire un rien hébété. Elle m’embrassa au-dessus d’un abîme de douze mètres. Un léger, très léger frémissement de l’air : bonjour, mon chéri, bonjour, c’est toi que j’aime le plus au monde. J’allai jusqu’à elle. Sundara se serra contre moi, tandis que je lui mordillais le lobe de l’oreille.