San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
Mais opérons, si vous le voulez bien, un retour aux sources. Je disais donc qu’avant de monter à l’assaut je voulais des munitions, ce qui est logique vu que je ne joue pas à la guerre de 39–40. Par munitions, j’entends l’identité des deux paquets d’os découverts dans la gentilhommière du chef Pinuchet.
Je m’assieds à un minuscule burlingue taché d’encres variées sur lequel un farceur qui n’est pas Béru puisque l’orthographe est correcte a écrit : « Le Vieux est une salope. »
Vous allez trouver que nous sommes irrévérencieux envers nos supérieurs hiérarchiques dans la rousse, mais je vous ferai remarquer qu’en tout cas nous avons le jugement assez sain.
Je ligote la note signalétique de M. et Mme Squelette. Je la sais par cœur, mais rien ne remplace, je vous l’ai dit plus haut, l’efficacité d’un texte :
1. La mort de l’homme remonte à environ deux ans.
2. Celle de la femme serait quasi récente, mais à cause de cette damnée chaux vive on ne peut préciser.
3. L’homme mesurait 1,78 m. Il avait de larges épaules, les pouces très élargis à leur partie supérieure. Sans doute son front était-il dégarni. Cheveux soyeux, tirant sur le blond. Donc, les yeux clairs selon toute vraisemblance. Cause de la mort : coup de revolver dans la nuque. Était vêtu d’un costume prince-de-galles en tissu anglais (label du tailleur ôté). Poids approximatif 75 kg. Portait une alliance d’or suisse sans gravure. Nez aquilin.
4. La femme mesurait 1,55 m. Était âgée d’environ vingt-cinq ans. Châtain, plutôt foncé. Cause de la mort : indéfinie, aucune trace de blessure n’ayant été relevée. Portait une robe imprimée légère. Yeux marron suivant estimation. Poids approximatif 50 kg. Pas trace d’alliance.
Toutes ces notes, je les ai jetées en vrac sur une feuille blanche à mesure que le labo me fournissait les tuyaux. Ces bonnes gens ne correspondent à aucun signalement de disparus.
Et pourtant ils possédaient des signes distinctifs, ce qui devrait faciliter les choses. Ainsi, l’homme avait les pouces larges et la femme les avant-bras surdéveloppés.
— Si tu dégauchissais du neuf, préviens-moi, dis-je à l’archiviste.
Je descends dans mon bureau et je bats le rappel de mes hommes. Lorsqu’ils sont alignés devant moi (et il y a là Béru, Pinaud, Lavoine, Mathias et Rigolier) je leur décris les défunts tels qu’il est possible de les imaginer d’après mes notes.
— Ça vous dit quelque chose, les enfants ?
Ils branlent le chef en silence.
Balpeau !
Je confie mon papelard à Mathias.
— Mets-toi en rapport avec la province et l’étranger… L’homme surtout ne devait pas être d’ici.
J’ajoute :
— Fais dactylographier ça en plusieurs exemplaires, et passe la note dans les différents services pour si des fois !
« Tu en donneras une à Pinuche.
Je fonce sur l’heureux propriétaire.
— Quant à toi, vénérable relique, tu vas aller aérer ta p… de cahute. Tu feras un tour dans le village et, habilement si tu le peux, tu demanderas à tes bons voisins s’ils ont aperçu des mecs correspondant à ces signalements. Si oui, à quelle époque et dans quelles conditions. Mets tes cellules sur la haute tension et tâche de ne pas donner l’éveil, y a rien de plus méfiant qu’un nabus !
— Toi, Lavoine, tu vas essayer de savoir à qui une certaine demoiselle Planqueblé demeurant 120, rue Ballu avait loué sa campagne de Magny. Surtout pas un mot de trop et oublie que tu n’es qu’un méchant poulet. Défense surtout d’aller voir la demoiselle ; c’est mon gâteau à moi.
— Bien, patron…
— Toi, Rigolier, tu accompagneras Pinaud à Magny et tu feras une enquête tout aussi discrète chez les commerçants susceptibles d’avoir vendu de la chaux vive aux habitants de la maisonnette il y a deux ou trois ans. Je sais bien qu’on ne peut pas espérer grand-chose de ce côté-là, mais nous ne devons rien négliger…
Je les regarde.
— Bon, c’est tout.
— Et moi ? demande Béru, ulcéré de ne pas être chargé de mission.
— Toi, tu fermes ta grande gueule et tu m’accompagnes.
— Ah bon !
Je fais claquer mes doigts.
— Au turf, les mecs. Et rembour ici sur les choses de six heures !
CHAPITRE IX
Dans lequel je commence mes livraisons à domicile
Aïoli est en train d’écluser un scotch au bar du Lutèce-Midi avec un acteur de cinéma venu pleurer dans l’emplacement de son giron pour essayer d’avoir un écho.
— Tiens ! re-toi ! s’exclame-t-elle en apercevant ma silhouette élancée.
— Je viens te chercher, dis-je.
— Pour aller où ?
— Un petit turbin qui nécessite ta compétence ; c’est au sujet de ce que tu sais.
Elle secoue la tête.
— Pas mèche maintenant, j’ai ma chronique de demain à préparer.
— Je te dis d’arriver ! Tes lecteurs auront quelques couenneries de moins à lire, voilà tout ! Du reste, ton boss m’a donné carte blanche.
— Dans ce cas, rouscaille la douce enfant, je ne veux pas être plus royaliste que le king. Tu prends au moins un baby ?
J’opine. Elle me présente le beau ténébreux de l’écran.
— Jérémy Panouille, que tu as dû voir dans Le Grain de sel sous la queue ou la Vie d’un photographe !
— Certainement, dis-je en négligeant la main du bellâtre.
La barmaid — une brune à point — me verse un whisky sur une banquise.
— Oh ! Blagapar, fait Jérémy en faisant des effets de voix, j’ai un écho terrible pour votre rubrique. Quelque chose d’inouï qui est vraiment impensable ; je vous assure que c’est sensationnel. Vos lecteurs vont trouver ça fantastique…
— Ah, oui ? dit Aïoli d’une voix amusée mais un chouïa réservée.
— Figurez-vous qu’hier j’étais au volant de ma Porsche décapotable lorsqu’un monsieur traverse les clous au rouge. Je freine : vous savez qui c’était ?
— Non ? fait Aïoli qui s’en fout.
— Orson Welles, en personne. Il commence à m’invectiver en français. How do you do ? lui fais-je en riant. Il me reconnaît et éclate de rire… Dites, c’est pas étonnant ? J’ai pensé que ça ferait un truc amusant pour vous.
Je vide mon baquet cul-sec.
— Faudrait que tes lecteurs aient la rate hypertrophiée pour s’amuser de ça, dis-je lugubrement. Tu viens ?
Nous décarrons sous le nez du hotu médusé.
Bérurier dort dans ma voiture. Il ne s’éveille que lorsque nous atterrissons rue Ballu.
— Bouge pas de là ! lui enjoins-je.
Le moment est venu de parfumer Aïoli. (Si je puis ainsi m’exprimer.)
— Nous allons chez les anciens proprios de la maison du crime, mon grand garçon. Nous sommes deux journaleux et nous venons leur demander leurs impressions au sujet du lauréat. Je t’ai amenée parce que c’est ton job et que tu as la manière.
Je biche un appareil photo dans ma boîte à gants.
— Questionne-les sur les raisons qui les ont poussés à vendre. Ce premier contact uniquement pour étudier leurs réactions. Allez, go !
La concierge nous indique que M. Serge Aquoix occupe le troisième étage. Nous nous farcissons l’escadrin, because l’ascenseur est en vacances à la montagne chez ses amis Roux et Combaluzier. Dring !
On ne répond pas. J’y vais du grand largo de Haendel sur la sonnette. Enfin nous percevons un petit glissement prometteur. Je remarque alors qu’il y a un judas dans la lourde. Il est gros comme une tronche d’épingle, c’est une petite lentille grossissante.