Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Il disait « n’est-ce pas » tout le temps. Cette expression scandait ses phrases.
— Oui. Dans quinze jours…
— Alors, on va se dire au revoir, madame Cortès. Je vous en prie, n’insistez pas. Je suis fatigué, j’ai eu une journée difficile…
Une autre quinte de toux le surprit en pleine phrase et il porta son mouchoir à ses lèvres. But une nouvelle gorgée d’eau. Joséphine attendit qu’il retrouve son souffle et demanda :
— Est-ce que je peux revenir demain ?
— Je veux surtout que vous me rendiez ce carnet. Je le brûlerai cette fois…
— Oh non ! Ne le brûlez pas !
— Mais, madame Cortès, je fais ce que je veux. Il m’appartient…
— Il ne vous appartient plus à vous tout seul, puisque je l’ai lu et que j’ai aimé chaque ligne. Il m’appartient à moi aussi…
— Vous exagérez, madame Cortès. Je vous demande poliment de vous retirer… En me promettant de me remettre ce carnet que je puisse en disposer…
— Oh non ! monsieur Boisson, ne faites pas ça. C’est une question de vie ou de mort pour moi…
Il leva un sourcil ironique.
— Ah ! vraiment… Vous employez de trop grands mots, il me semble.
— Ce carnet a changé ma vie. Je vous l’assure. Ce ne sont pas des mots en l’air.
— Je suis fatigué, madame Cortès, fatigué… Je voudrais aller dîner et me coucher.
— Il faut que vous me promettiez de me revoir. J’ai une grande, grande faveur à vous demander…
— Une autre pétition…
— Non, quelque chose de très particulier.
— Écoutez, madame Cortès, je suis las de vous répéter la même chose. Vous avez votre signature, alors partez !
— Je ne peux pas…
— Comment ça ? Vous ne pouvez pas…
Il paraissait irrité, impatient de la voir partir. Il s’était levé et lui montrait la porte.
— Je vais mourir si vous me renvoyez…
— C’est du chantage ?
— Non, c’est vrai…
Il leva les bras dans un geste d’impuissance et allait se mettre à parler quand une nouvelle quinte de toux le plia en deux. Il tituba et dut s’asseoir. Il lui montra du doigt une petite bouteille sur la table et murmura trente gouttes, donnez-m’en trente gouttes dans un verre d’eau. Elle prit le flacon, compta trente gouttes, ajouta de l’eau, lui tendit le verre. À côté du flacon, il y avait l’ordonnance avec sa longue liste de médicaments.
Il acheva de boire et lui tendit son verre vide, épuisé.
— Laissez-moi, je vous en prie, vous remuez des souvenirs terribles… Ce n’est pas bon pour moi.
— Depuis que j’ai lu, il ne s’est pas passé un seul jour sans que je pense à lui, sans que je pense à vous… Je vis avec vous, c’est cela que vous ne comprenez pas. Je ne peux pas vous laisser sans vous parler d’abord… Vous n’avez qu’à vous taire et à me répondre par signes.
Il semblait si faible, si pâle qu’on aurait pu croire qu’il était en cire. Que la vie s’était retirée de lui.
— Monsieur Boisson, je n’exagérais pas quand je disais que ce carnet a changé ma vie… Ne parlez pas. C’est moi qui vais vous dire pourquoi…
Elle raconta. Ce jour sur la plage des Landes, comment elle avait failli mourir, comment elle s’en était sortie, comme elle avait boité toute sa vie, jamais sûre d’elle, jamais sûre de faire quelque chose de bien, toujours bancale. Elle raconta Antoine, Hortense et Zoé, Iris, la mort d’Iris…
— On m’a dit qu’un des présumés coupables avait occupé cet appartement, murmura-t-il en se tenant la poitrine.
— C’est vrai…
Elle parla de sa mère, d’Iris, de la beauté d’Iris qui l’éteignait, elle aussi pensait qu’elle était un ver de terre, elle aussi ne savait pas qu’elle pouvait tenir sur ses deux pieds… Jusqu’à ce qu’elle comprenne en lisant le carnet noir qu’elle était sortie de l’eau toute seule. Comme Archibald Leach était devenu Cary Grant, tout seul. Elle parla de son livre, Une si humble reine.
— Même mon livre, je ne voulais pas croire que c’était moi qui l’avais écrit…
— Ma femme l’a lu… Elle a beaucoup aimé…
Il voulut parler encore, mais suffoqua et serra sa poitrine entre ses mains.
— Ne parlez pas. Ne dites rien. C’est maintenant que je voudrais vous demander une faveur, une immense faveur… Je préfère vous prévenir parce que je ne voudrais pas que vous ayez encore une quinte de toux…
Il tenait sa poitrine à deux mains et respirait avec grande difficulté.
— Je voudrais écrire un livre en partant de votre carnet noir. Raconter votre histoire, enfin celle d’un jeune homme qui tombe amoureux d’une étoile, qui veut le suivre, aller vivre avec lui…
— Mais ça n’a aucun intérêt !
— Si. Ce que vous dit Cary Grant, ce que vous éprouvez… C’est formidable. Ça emporte, ça transporte…
Il la contempla avec un petit sourire.
— J’étais ridicule, mais je l’ignorais…
— Vous n’étiez pas ridicule, vous l’aimiez et c’est beau comme vous l’aimiez…
— Cela vous dérange si je m’allonge ? J’étouffe, assis.
Il alla s’allonger sur un petit canapé Napoléon III rayé vert et jaune. Lui demanda de lui donner deux comprimés avec un verre d’eau. Des gouttes de sueur perlaient à son front.
Elle attendit qu’il soit installé, qu’il ait bu son verre. Son regard fit le tour du salon. Ils n’avaient pas fait repeindre après le départ des Van den Brock, les murs étaient noirs le long des tuyaux du chauffage. Le plafond, lézardé. Tout semblait à l’abandon. Il lui fit signe de lui donner une couverture et un coussin qu’il plaça contre sa nuque. Sa respiration s’allongea, il ferma les yeux. Joséphine crut qu’il allait s’endormir… Elle attendit. Songea, il n’a pas protesté quand je lui ai dit que je voulais écrire un livre en partant de son carnet. A-t-il bien entendu ?
Il ouvrit les yeux. Lui fit signe de rapprocher sa chaise.
— Vous êtes qui, vous ? demanda-t-il en la regardant, étonné, avec une lueur de bienveillance.
— Une femme…
Il sourit. Ramena la couverture sous son menton. Constata cela va mieux, cela va mieux quand je suis allongé…
— Vous ne l’avez jamais revu ? demanda Joséphine.
Il hocha la tête en soupirant.
— Je l’ai revu longtemps après. Je suis allé en Amérique avec Geneviève… Je vais vous faire rire, c’était notre voyage de noces ! On ne l’avait pas fait tout de suite, on l’avait remis à plus tard… et je l’ai emmenée voir Cary Grant… C’est ridicule, n’est-ce pas ? J’ai fait le siège devant sa maison. On s’était procuré l’adresse. On s’est trouvés devant la grille de sa propriété. Il s’était marié avec cette Dyan Cannon…
— Vous ne l’aimiez pas beaucoup Dyan Cannon…
— Non. Il a divorcé d’ailleurs ! Ils ne sont pas restés mariés longtemps. Il a eu une fille, Jennifer… Je savais tout de lui parce que je le voyais dans les journaux. C’est l’avantage de tomber amoureux de quelqu’un de célèbre… On a de ses nouvelles, même s’il ne veut pas vous en donner !
— C’est un avantage et un inconvénient parce qu’on n’arrive pas à l’oublier…
— Oh ! Mais je ne voulais pas l’oublier. Je découpais tout ce que je trouvais sur lui. Et Geneviève aussi… On s’était fait de gros cahiers remplis de photos et de coupures de presse. Je les ai brûlés quand j’ai épousé ma seconde femme… Elle ne l’aurait pas supporté tandis que Geneviève… Geneviève…
— Elle vous aimait beaucoup ?
— On n’était pas les seuls à l’attendre, ce jour-là. Mais je m’en moquais, je me disais, il va me voir et il va me dire hello, my boy ! et je serai heureux… Geneviève était à côté de moi, tout excitée, elle aussi… Elle avait fini par être aussi fanatique que moi. Elle a été formidable, Geneviève, et j’ai été assez lamentable avec elle. C’était une belle personne, je veux dire, elle avait une belle âme…