Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle attendait, l’arme aux pieds. Commençait à s’énerver.
— Mais enfin, madame Cortès, on y est presque !
— Bon d’accord, soupira Joséphine, épuisée d’argumenter. J’y vais. Mais allez m’attendre chez vous, vous me coupez mes moyens en me mettant la pression…
— Heureusement que je vous la mets la pression, madame Cortès, parce que je vous trouve bien peureuse sur le coup ! Vous avez peur de quoi ? Je me le demande bien. Parce qu’il a fait Polytechnique ? Mais, vous aussi, vous avez fait des études difficiles et longues…
— J’y vais, mais vous m’attendez dans la loge…
— OK, fit Iphigénie en faisant son bruit de trompette bouchée. Mais j’ai comme un pressentiment que vous allez me lâcher en route…
— Non, Iphigénie ! J’ai dit que j’y allais, j’y vais…
Iphigénie était redescendue en se dévissant la tête pour vérifier que Joséphine ne se défilait pas.
C’était le moment de vérité. Le moment où tout allait se jouer…
Le moment où Joséphine allait avoir le droit ou pas d’écrire ce livre qui se déployait en elle. Elle se retrouva devant la grande porte verte avec les deux boules en cuivre.
Elle sonna.
Attendit.
Entendit une voix d’homme qui demandait qu’est-ce que c’est ?
Répondit, c’est Mme Cortès, la dame du cinquième étage.
Un œil se collait contre le judas.
Elle entendit le bruit d’une serrure qu’on déverrouillait. Un tour, deux tours, trois tours, un verrou, deux verrous, une tirette, un verrou encore…
Un homme ouvrit.
— Monsieur Boisson ?
— Oui…
— Il faut que je vous parle…
Il se gratta la gorge. Il portait un veston d’intérieur en laine bordeaux avec une ceinture en passementerie bordeaux et un foulard gris autour du cou. Il était pâle, on apercevait la peau tendue sur les os, presque transparente. Il se tenait à la porte entrouverte et l’observait.
— C’est au sujet de la concierge…
— Ma femme n’est pas là, c’est elle qui s’occupe de ça… Revenez une autre fois.
— C’est important, monsieur Boisson, j’ai juste besoin d’une signature. Tous les autres ont signé, il s’agit de réparer une injustice…
— C’est que…
— Juste une petite signature, monsieur Boisson.
Elle le dévisageait. Ainsi c’est lui, le petit jeune homme qui courait de joie dans les couloirs du métro parce qu’il découvrait l’amour… Qui embrassait la moustache de Geneviève, séchait les cours, buvait du champagne avec Cary Grant, achetait une écharpe en cachemire à un homme qui vivait au soleil et suppliait qu’on l’engage comme chauffeur ou homme à tout faire ?
Il la fit entrer dans le salon. Une vaste pièce triste avec des meubles torsadés, solennels. Un buffet vitré où elle aperçut, rangées côte à côte, des flûtes à champagne. Des fauteuils raides au dossier inconfortable et des tapis d’Orient jetés sur un parquet vitrifié. La pièce était froide, triste. Un journal était ouvert sur un canapé. Une seule lampe éclairait la pièce. Elle avait dû l’interrompre pendant qu’il lisait.
— Ma femme est partie à Lille chez sa sœur… Je suis seul, d’habitude c’est rangé…
— Oh ! Mais c’est très bien rangé ! dit Joséphine, vous devriez voir chez moi !
Il ne sourit pas. Il demanda ce qu’il pouvait faire pour Iphigénie.
Il l’écouta et dit que oui, il était très content de la concierge. Un peu moins de ses cheveux. Il eut un petit sourire comme s’il répétait quelque chose dont il n’était pas convaincu. Pas très classe pour une concierge d’avoir les cheveux rouges, verts, bleus, jaunes… mais sinon, il n’y a rien à dire. Où devait-il signer ? Joséphine lui tendit la pétition. Il lut les autres noms et y ajouta le sien. Lui rendit son stylo. La reconduisit à la porte.
— Je vous remercie, monsieur Boisson, vous réparez une injustice…
Il ne répondit pas, s’apprêta à ouvrir la porte.
Si ce n’est pas maintenant, c’est jamais, pensa Joséphine. Sa femme n’est pas là, il sera libre de me parler.
— Monsieur Boisson, vous auriez un moment à me consacrer ?
— J’allais me faire réchauffer mon dîner. Ma femme m’a préparé des petits plats…
— C’est important, très important…
Il eut l’air étonné.
— Il y a un autre problème dans l’immeuble ?
— Non, c’est plus délicat… Je vous en prie, il faut que vous m’écoutiez… C’est important pour moi.
Il eut un sourire embarrassé. L’insistance de Joséphine le mettait mal à l’aise.
— Je ne vous connais pas…
— Mais moi, je vous connais…
Il releva la tête, étonné.
— On s’est vus l’autre jour à la pharmacie ? C’était vous, n’est-ce pas ?
Joséphine acquiesça.
— Ce n’est pas ce que j’appelle se connaître, dit-il, réticent.
— Pourtant je vous connais… Bien plus que vous ne pouvez l’imaginer…
Il sembla hésiter, puis lui fit signe de revenir dans le salon. Lui montra un siège. Se posa lui-même presque prudemment sur un fauteuil raide et droit. Joignit ses mains sur ses genoux et déclara qu’il l’écoutait.
— Alors voilà…, commença Joséphine en rougissant.
Elle lui raconta tout. Zoé, son chagrin d’avoir perdu son cahier noir, la fouille des poubelles et la découverte du petit carnet. Il porta sa main à sa bouche et se mit à tousser. Une toux sèche, déchirante, qui résonnait dans ses côtes. Il attrapa le verre d’eau qui était sur une petite table, but quelques gorgées, s’essuya la bouche avec un mouchoir blanc et lui fit signe de la main de continuer son récit.
Il avait du mal à se tenir tranquille sur son fauteuil et respirait par à-coups.
— Il est magnifique votre récit, monsieur Boisson. J’avais l’impression que j’étais avec vous. Je vous écoutais parler tous les deux et j’étais émue, émue au-delà de ce que vous pouvez imaginer…
— Vos mots dépassent sûrement votre pensée…
— J’ai été bouleversée. Ce n’est pas une histoire banale, convenez-en…
— Et c’est pour cela que vous vouliez me voir ? Vous vouliez voir à quoi je ressemblais ?
— Ça, je pouvais l’imaginer… Je vous croisais dans l’immeuble…
— C’est vrai… et à la pharmacie, l’autre jour, vous m’avez dévisagé ! J’étais très gêné…
— Je vous demande pardon…
— Personne n’est au courant de cette histoire, madame Cortès, personne ! Et j’entends bien que personne ne le soit…
— Je ne vous dénoncerai pas, monsieur Boisson. Je voulais juste vous dire qu’elle est formidable, votre histoire… et qu’elle m’a beaucoup apporté.
Il la fixa, étonné.
— Pourtant c’est une bien triste histoire…
— Cela dépend comment vous l’interprétez…
Il sourit tristement.
— C’est une belle histoire, c’est l’histoire d’une belle amitié, dit Joséphine.
— Qui a duré trois mois…
— Une belle amitié avec un homme extraordinaire…
— C’est vrai. Il était extraordinaire…
— Peu de gens ont vécu ce genre de choses…
— C’est vrai aussi.
Elle sentit qu’elle gagnait du terrain. Qu’en s’abandonnant au souvenir, il s’attendrissait.
— J’étais si jeune…
— J’ai autre chose à vous demander, monsieur Boisson…
— Écoutez, madame Cortès, je vous trouve sans-gêne… Vous venez sonner chez moi sous le prétexte d’une pétition…
— Mais ce n’est pas un prétexte. Iphigénie est vraiment menacée…
— Elle ne l’est plus, maintenant, n’est-ce pas ? Puisque j’ai signé et que tous les habitant de l’immeuble A ont signé… Nous achèverons de régler cela avec le syndic le jour de la réunion des copropriétaires. C’est bientôt, n’est-ce pas ?