Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Il regarda Joséphine, lui tendit la main. Elle la prit ; sa main était froide, mince, fine. Elle la serra pour la réchauffer.
— C’est trop tard, dit M. Boisson, c’est trop tard…
Josiane et Junior se dirigeaient vers la place Pereire. Chaval leur avait donné rendez-vous à seize heures au Royal Pereire.
Josiane avait prévenu, je viendrai avec mon fils, il a trois ans… C’est obligé ? avait demandé Chaval. Non négociable, avait répondu Josiane.
Ils descendaient la rue de Courcelles tous les deux. Junior, dans sa poussette MacLaren bleu marine, Josiane, drapée dans un long pashmina rose, derrière lui. Elle jubilait et dirigeait la poussette d’une main experte.
— Quel bel équipage nous formons ! s’exclama-t-elle en apercevant leur reflet dans une vitrine.
— C’est exceptionnel, souviens-toi, dit Junior, engoncé dans une veste bleu ciel. Il fixait ses pieds chaussés de bottines décorées d’une tête de lion royal sur le pied gauche et d’un poulpe maigrelet sur le pied droit. Comment peut-on faire porter de telles horreurs à des enfants, mère ? C’est un outrage à leur sensibilité…
— Au contraire, cela les éveille, leur apprend ce qu’est la vie. Le lion et le poulpe… Le lion dévore le poulpe, mais le poulpe, retors et rusé, tente de fuir… L’un a la puissance, l’autre l’habileté. Qui l’emportera ?
Junior préféra ne pas répondre et enchaîna :
— Rappelle-toi ce qu’on a dit… Tu le laisses venir, tu réponds à ses questions de manière évasive, tu le balades, le temps que je me branche sur son cerveau et que je lise dans ses pensées… Au début, il ne se méfiera pas, son esprit sera ouvert, j’y entrerai facilement. C’est quand il commencera à t’exposer son plan que ses neurones s’échaufferont et feront barrière. J’aurai du mal alors à pénétrer ses circuits… On n’a qu’à décider d’une phrase que je te dirai en langage bébé pour te signaler que ça y est, je suis branché… Que penses-tu de Tatamayabobo ?
— Tatamayabobo ? OK, patron !
— Ensuite… Une fois branché, à chaque mensonge qu’il prononcera, je dessinerai un large trait rouge dans la marge de mon livre… Tu n’auras qu’à jeter un œil distraitement en parlant, d’accord ?
— Tatamayabobo, Junior ! Gouzi-gouzi, boum-boum j’exulte, je jubile, je me dilate la rate, je folâtre, je batifole, j’explose ! Je suis la grande duchesse de Hohenzollern et je promène mon petit prince…
Josiane savourait cette nouvelle complicité avec son fils. Ils partaient tous les deux sur le sentier de la guerre sauver leur Gros Loup en danger.
— Parfait, mère ! Mais fais attention, c’est toi qui vas retomber en enfance !
Chaval les attendait. Lunettes de soleil, chemise entrouverte, jean noir serré, santiags noires, fine moustache bien dessinée, rasé de près. L’homme paraissait serein, prospère. Il se flattait l’encolure d’une main manucurée. Josiane se demanda ce que cachait cette insolente désinvolture.
Elle rangea la poussette, prit Junior dans ses bras et l’assit à leur table.
— Ça parle à cet âge-là ? demanda Chaval en montrant Junior du doigt.
— Pas des phrases entières, mais il parle… Et il a un prénom, il s’appelle Junior !
— Salut, mec ! ne put s’empêcher de dire Junior en regardant Chaval droit dans les yeux. Lui non plus n’avait pas apprécié d’être réduit à un « ça ».
— T’as entendu ? sursauta Chaval. Il est ouf, ton gamin !
— C’est l’âge où ils répètent tout ce qu’ils entendent…, affirma Josiane, et elle pinça la cuisse de son fils sous la table.
Junior s’empara du livre que lui tendait sa mère et réclama des crayons de couleur. Kayons couleur, Kayons couleur… Josiane les chercha dans son grand sac. Il hurla qu’il les voulait de suite. On lui avait demandé de se comporter comme un bébé, il le faisait. Les gosses sont si mal élevés aujourd’hui… Une femme à la table voisine jeta à Josiane un regard noir qui condamnait clairement sa manière d’éduquer son enfant. Josiane tendit à son fils les crayons de couleur et il se calma.
Un silence embarrassant s’installa. Chaval regardait Junior avec répugnance. Josiane comptait les secondes qui défilaient et s’impatientait.
— T’attends quoi pour me rincer ? Que les mouches s’asseyent au fond du verre ?
— Tu bois quoi ? demanda Chaval, mal à l’aise face à Junior.
Ce gamin avait une étrange manière de le regarder. Ses yeux le perçaient comme deux tournevis.
— Je vais prendre un thé et un jus d’orange pour Junior…
— Il va en mettre partout !
— Non. Il boit très proprement…
— Dis, c’est normal qu’il soit si rouge ?
— Il dessine, il se concentre…
Junior était en train de pénétrer le cerveau de Chaval. Il avait franchi le corps du fornix et butait sur le septum lucidum, membrane double et fine séparant la partie antérieure des deux hémisphères cérébraux. L’effort le congestionnait, il poussait, poussait comme s’il était assis sur son pot.
— Et ses cheveux rouges, c’est normal aussi ?
— Oui, parce que en fait, c’est un clown… Tu n’as pas remarqué ? répondit Josiane, piquée au vif. Un clown rouge avec des joues rouges, des cheveux rouges, un nez rouge… et si tu le branches, il clignote. C’est idéal à Noël, on économise les guirlandes… Il m’arrive de le louer parfois pour des anniversaires, ça t’intéresse ? Je te ferai un prix…
— Excuse-moi, dit Chaval, battant retraite, je ne suis pas très habitué aux enfants.
— Je te demande, moi, si c’est normal d’avoir un long filament d’excrément sous le nez ?
— C’est pas un trait de merde, c’est une fine moustache !
— Junior, c’est pareil… Ce n’est pas un clown, c’est mon fils adoré, et tu la fermes ! Si tu continues à te comporter comme ça avec les gens, à les mépriser du haut de ta grandeur de nain, t’iras pas au paradis, je te le prédis !
— C’est pas grave, j’ai réservé ailleurs…
Junior, ravi du temps gagné en joute oratoire entre Chaval et sa mère, progressait, franchissait le septum lucidum, le corps calleux et établissait enfin une liaison directe avec le cerveau de Chaval.
— Tatamayabobo ! s’écria-t-il touchant au but.
Josiane tapota son brushing, humecta ses lèvres, se drapa dans son pashmina rose et demanda :
— Donc, tu voulais me voir pour faire la connaissance de mon enfant ?
— Pas vraiment, dit Chaval en étirant un fin sourire qui déforma sa joue gauche. Je me suis souvenu de ton ingéniosité à trouver des produits pour Casamia… Je vais être honnête avec toi, Josy…
Josy… Une alerte retentit dans le cerveau de Josiane. L’homme tentait de l’amadouer en lui donnant le petit nom de tendresse qu’il lui murmurait autrefois près de la machine à café pour la plier dans ses bras. Junior crayonna un grand trait rouge dans son livre.
— … j’aimerais beaucoup retourner travailler à Casamia. Je pense que Marcel a besoin de quelqu’un. Il ne suffit plus à la tâche. Il s’épuise, ton homme.
Josiane restait muette et, suivant les conseils de Junior, le laissait parler.
— Il a besoin d’un commercial fringant, disponible, avisé et cet homme rare, c’est moi !
— Tu as besoin de moi pour te présenter devant lui ?
— Je voulais savoir si tu étais favorable à cette idée…
— Il faut que j’y réfléchisse, dit Josiane en versant son thé Lipton étiquette jaune. On ne peut pas dire que je te porte dans mon cœur…