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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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L’homme secoua la tête.

— Et les soldats ?

— Non. Mais vous, mon capitaine, vous en avez fait ?

— Non.

Woermann secoua la tête pour faire comprendre à Oster que l’entretien était terminé. Non, il n’avait pas fait de cauchemars. La réalité quotidienne lui suffisait.

— Je vais appeler Ploiesti, dit Oster en quittant la chambre.

Woermann se demanda si l’annonce de ce cinquième décès ferait réagir Ploiesti. Oster avait déjà signalé quatre morts, et il n’y avait pas eu la moindre proposition d’aide ou d’abandon du donjon. Visiblement, ils se moquaient bien de ce qui se passait ; ce qui importait, c’était que quelqu’un surveillât le défilé. Woermann devrait bientôt prendre une décision à propos des corps ; mais il voulait surtout passer une nuit paisible, sans victime, avant de les faire rapatrier. Une nuit, rien qu’une seule.

Il se remit à son tableau mais la lumière avait changé. Il nettoya ses pinceaux. Il n’espérait pas vraiment capturer le tueur ce soir mais, du moins, personne ne mourrait. Et cela serait excellent pour le moral. Une idée atroce s’imposa alors à lui : et si le tueur était l’un de ses hommes ?

Lundi 28 avril

Il était plus de minuit. Le sergent Oster avait compté les hommes et personne ne manquait. Les lampes supplémentaires installées dans la cour et au sommet de la tour rendaient les hommes plus confiants. Leur demander de veiller toute la nuit était véritablement draconien mais cela risquait de marcher.

Woermann se pencha par la fenêtre donnant sur la cour. Oster était à sa table, les hommes allaient par couple, les générateurs fonctionnaient parfaitement. Des feux avaient été placés sur la montagne. Le portail était gardé, de même que l’ouverture de la caverne souterraine.

Le donjon était à l’abri.

Woermann se rendit compte qu’il était le seul homme de toute la garnison à ne pas être accompagné. Mais c’était le prix à payer quand on est un officier.

Il remarqua alors que l’ombre s’épaississait à la jonction de la tour et du mur sud. L’ampoule qui y était accrochée baissa d’intensité puis s’éteignit. Il pensa que les générateurs avaient lâché, mais toutes les autres lampes n’avaient même pas faibli. L’ampoule était défectueuse, rien de plus.

Un des gardes en poste près du mur sud l’avait également remarquée. Woermann fut tenté de lui dire d’appeler son partenaire, mais il n’en fit rien. L’autre soldat se trouvait près du parapet, il ne pouvait y avoir aucun danger.

Il regarda donc le soldat s’enfoncer dans l’ombre – une ombre particulièrement épaisse. Woermann détourna les yeux au bout d’une quinzaine de secondes mais son attention fut à nouveau attirée par un hurlement étouffé suivi d’un bruit métallique – le bruit d’une arme qui tombe à terre.

Woermann scruta l’ombre, les mains crispées sur le rebord de la fenêtre, mais il ne vit rien.

L’autre soldat avait également entendu le bruit métallique et il se dirigea vers l’endroit d’où il provenait.

Woermann vit un point rouge s’allumer dans la nuit.

La lampe fonctionnait de nouveau. Puis il vit le premier soldat. Il gisait sur le dos, bras tendus, jambes repliées. Sa gorge était déchiquetée. Et ses yeux aveugles, accusateurs, le fixaient, lui, Woermann.

L’autre soldat cria au secours mais Woermann se rejeta en arrière contre le mur de sa chambre, tentant de réprimer la bile qui lui montait aux lèvres. Tout mouvement, toute parole lui était interdite.

Il s’abattit sur la table qu’on lui avait confectionnée deux jours plus tôt et se saisit d’un crayon. Il fallait que ses hommes s’éloignent de cet endroit, il fallait qu’ils partent du donjon, du col de Dinu si nécessaire. Aucun moyen de défense n’était envisageable contre ce dont il venait d’être le témoin. Et puis, il ne contacterait pas Ploiesti. Ce message atteindrait directement le Commandement Suprême.

Mais que lui écrire ? Il chercha son inspiration dans les croix qui le narguaient mais en vain. Comment lui faire comprendre les événements sans passer pour un fou furieux ? Comment lui expliquer qu’ils devaient quitter le donjon parce qu’une chose surnaturelle les menaçait, une chose qui se moquait totalement de la puissance de l’armée allemande ?

Il jeta des phrases sur le papier, les rayant l’une après l’autre. L’idée d’abandonner sa position lui déplaisait souverainement mais ce serait provoquer le malheur que de passer une autre nuit dans cet endroit. Il n’aurait plus aucun contrôle sur les hommes. Et, à ce rythme-là, il n’aurait bientôt plus personne à commander.

Commander… sa bouche se tordit lorsqu’il prononça ce mot. Il n’assurait plus le commandement de ce donjon. Une chose noire, horrible, s’en chargeait désormais.

VII

LES DARDANELLES
Lundi 28 avril
2 heures 44

Ils voguaient au milieu du détroit quand il sentit le batelier s’approcher de lui.

Le voyage n’avait pas été de tout repos. Après Gibraltar, le rouquin avait rejoint Marbella, où il avait loué le canot à moteur de dix mètres de long sur lequel il se trouvait à présent. C’était une embarcation élancée, surbaissée, équipée de deux gros moteurs. Son propriétaire n’était pas un marin d’eau douce : le rouquin savait reconnaître un vrai loup de mer quand il en rencontrait un.

Le propriétaire avait âprement discuté son tarif jusqu’au moment où il avait appris qu’il serait payé en dollars-or, la moitié au départ et l’autre moitié quand ils débarqueraient sur le littoral de la mer de Marmara. Le propriétaire avait également insisté pour s’adjoindre un équipage, mais le rouquin avait refusé : à lui seul, il constituerait tout l’équipage.

Ils naviguaient depuis six jours, sans interruption, et filaient vingt nœuds en moyenne ; ils se relayaient à la barre toutes les huit heures, et ne s’arrêtaient que pour faire le plein dans des anses discrètes où le capitaine paraissait bien connu. Le rouquin réglait toutes les dépenses.

Et maintenant, alerté par le ralentissement du canot, il attendait que Carlos, le propriétaire, descende et tente de le tuer. Carlos avait attendu le moment propice depuis leur départ de Marbella mais l’occasion ne s’était jamais présentée. Le terme du voyage approchait, et Carlos n’avait plus que ce soir pour s’emparer de la ceinture à porte-monnaie. Le rouquin savait que c’était cela qui l’intéressait. A plusieurs reprises, Carlos l’avait frôlé pour s’assurer qu’il la portait toujours.

Le capitaine semblait de plus très intrigué par la boîte à la forme étrange qui ne quittait jamais le rouquin.

La porte donnant sur le pont arrière s’ouvrit doucement, laissant pénétrer un peu d’air frais. La silhouette de Carlos apparut brièvement puis la porte se referma.

Le rouquin entendit le bruit caractéristique d’une lame d’acier qu’on tire d’un fourreau de cuir. Ce périple plutôt agréable allait s’achever lamentablement. Carlos avait été un bon compagnon, il l’avait guidé avec art dans les eaux trop bleues de Sardaigne, dans le détroit qui sépare la Sicile de la Tunisie, dans les Cyclades, dans la mer Égée, enfin. Et ils se trouvaient à présent dans les Dardanelles, chenal étroit qui fait communiquer la mer Égée avec la mer de Marmara.

Quel dommage que cela doive se terminer ainsi…

Il vit la lame d’acier briller au-dessus de sa poitrine. Sa main gauche saisit le poignet avant même que la lame eût bougé, et sa main droite immobilisa l’autre poignet de Carlos.

— Eh bien, Carlos…

— Donne-moi ton or !

— Tu en aurais eu encore plus si tu me l’avais demandé. Pourquoi veux-tu me tuer ?

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