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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Seize heures. L’après-midi se poursuit avec le comité d’investissement. Examen des magasins en perte de vitesse, étude des possibilités pour les relancer ou les fermer. Marcel rechigne à licencier. Il préfère se dire qu’ils vont trouver des produits qui relanceront le chiffre de vente. Examen des dossiers des produits nouveaux. Lecture des tests. Projections en chiffres. Discussion avec les responsables.

Dix-sept heures trente. Réunion avec les financiers du groupe. Si Marcel est toujours majoritaire, ils détiennent 35 % de son affaire et ont leur mot à dire. Chiffre d’affaires de l’année en cours. Résultat opérationnel courant. Projet de convention des cent vingt grands leaders de la chaîne. Avec la conjoncture tendue, la responsabilité de Marcel Grobz est de maintenir la pérennité et la santé financière du groupe. Dans le sud de l’Europe, certains magasins ne garantissent pas un niveau d’activité suffisant dans les cinq années à venir, il va falloir les fermer, à moins que…

Et Marcel Grobz se heurte à nouveau à la découverte du produit qui donnerait un coup d’accélérateur aux ventes. Dans le regard des financiers, il lit l’inquiétude liée à la récession majeure qui s’annonce et il ne sait quoi leur répondre.

Dix-neuf heures. Retour avenue Niel et étude au calme des problèmes du jour et de ceux du lendemain. Le développement de l’économie numérique, la montée en puissance d’Internet, l’appétit croissant des consommateurs pour les achats en ligne. Signature du courrier. Il est seul. Une lumière crue éclaire le plateau de son bureau. Il passe un doigt sur la surface, le regarde et l’essuie sur sa manche. Il pose son menton dans sa main, fixe la glace face à lui. Aperçoit un homme corpulent, la cravate de travers, deux boutons de sa chemise défaits, le ventre qui déborde, des mains épaisses, des cheveux roux en couronne sur le crâne rose. Réfléchit. Se renverse dans son fauteuil, s’étire. Se dit qu’il faudrait qu’il fasse un peu de sport, qu’il maigrisse… Et qu’il se trouve un bras droit. Il ne suffit plus à tout faire. Il n’a plus l’âge ni la force.

Vingt et une heures. Marcel Grobz quitte son bureau et rentre chez lui.

Une autre journée passée sans que je m’en aperçoive, se dit-il en regardant l’heure à sa montre. Et demain, je recommence…

Il est fatigué. Il se demande combien de temps il pourra tenir à ce rythme.

Il ne monte plus jamais les escaliers à pied.

Il prend l’ascenseur.

La lettre était arrivée le matin au courrier. Iphigénie avait reconnu l’en-tête au nom du syndic et l’avait posée sur la table de la cuisine. Elle n’arrivait plus à respirer, se tenait les côtes et ses jambes ne la portaient plus. C’était comme si un troupeau de chevaux sauvages l’avait piétinée.

Elle attendit la pause-déjeuner, fit cuire les saucisses et réchauffer la purée de Clara et Léo. Ils rentraient déjeuner à la maison. Cela lui coûtait moins cher que la cantine.

Elle ouvrit la lettre en la déchirant presque.

Elle lut une fois puis relut.

Le troupeau de chevaux sauvages lui passa à nouveau sur le corps.

Elle devrait quitter sa loge. Elle avait trois mois pour trouver un nouvel emploi, puisque le podologue ne l’avait pas engagée, un nouveau toit. Tout se mit à tourner autour d’elle.

Clara et Léo cessèrent de dessiner des rails dans la purée et demandèrent :

— Ça va pas, maman ?

— Si, si…

— Alors pourquoi t’as de l’eau dans les yeux ?

Mylène Corbier tendit son passeport au douanier de Roissy.

— Bienvenue à Paris, dit le douanier en levant les yeux sur la belle blonde qui se cachait derrière de grosses lunettes noires.

Elle dodelina de la tête.

— Vous pouvez ôter vos lunettes ?

Elle s’exécuta. L’œil droit ressemblait à une grosse betterave.

— Vous vous êtes pris l’aileron de l’avion dans l’œil ? dit-il.

Elle soupira.

— Si seulement…

Un dernier souvenir de M. Wei[36]. Ou plutôt de son garde du corps. Il l’avait conduite à l’aéroport pour être sûr qu’elle partait seule et n’emportait rien. Elle aurait pu cacher une valise dans une consigne. Il avait voulu fouiller son sac avant qu’elle passe la douane. Elle avait refusé – elle avait caché ses bracelets en diamants et sa parure Chaumet dans de vieux Kleenex. Il l’avait secouée. Elle s’était défendue, avait trébuché, heurté le bord métallique d’une rampe. Il avait haussé les épaules et s’était éloigné, craignant un scandale.

Elle avait pris le vol de treize heures quarante qui arrivait à dix-sept heures quarante à Roissy. Onze heures de vol. Onze heures à remâcher sa désillusion. À l’aéroport de Pékin, l’hôtesse chinoise avait été surprise qu’elle voyage sans bagages. Des groupes de Français qui rentraient au pays se montraient des photos sur leurs téléphones portables. Le personnel de nettoyage, discret, balayait le moindre papier jeté à terre. Le terminal 2 resplendissait de propreté. On pourrait manger par terre, se dit-elle en enregistrant chaque détail. Elle ne reviendrait plus. Son bel appartement resterait vide. Ses meubles seraient vendus. Que deviendrait sa ligne de produits de beauté ? M. Wei avait besoin d’elle pour la développer. Il serait furieux…

Le douanier lui rendit son passeport, elle sortit, sans passer par les bagages.

M. Wei avait bien voulu lui rendre son passeport, mais rien d’autre. Et puis, avait-il aboyé, de quoi avait-elle besoin pour se rendre au chevet de sa vieille mère malade ? Lons-le-Saunier n’est pas Paris… Elle n’aurait pas de toilettes à porter, de frais à faire. Tu laisses tout ici comme ça je suis sûr que tu reviens, il avait lancé, furieux. Je dois t’empêcher de faire des bêtises, tu le sais… Tu n’es pas heureuse ici ? Pense à tout l’argent que je t’ai fait gagner. Ton bel appartement, tes meubles, ta télé à écran plat… Tout ça grâce à moi… Elle avait baissé la tête. Ses doigts s’étaient refermés sur son passeport comme s’ils agrippaient un bout de liberté. Elle partait pauvre comme Job, après avoir trimé deux ans à Pékin. Outre les bijoux, elle avait réussi à dissimuler dix mille dollars dans sa gaine Sloggy.

Elle avait fêté son départ dans l’avion. Avait demandé un whisky bien tassé en prétendant que c’était son anniversaire. L’hôtesse lui avait demandé avec un clin d’œil complice quel âge elle avait, elle avait répondu trente-six ans. Et elle s’arrêterait là. Elle n’aurait jamais quarante-deux ans. Elle lui avait apporté trente-six bonbons en papillotes de toutes les couleurs, lui avait souhaité bonne chance.

Et maintenant, qu’est-ce que je vais faire ? se dit-elle en se plaçant dans la file d’attente du bus pour rejoindre Paris. Personne ne m’attend… Ni à Paris ni à Lons-le-Saunier.

Elle chercherait un emploi de manucure ou d’esthéticienne. Elle retournerait dans son ancien salon à Courbevoie, demanderait s’il n’y avait pas une place pour elle. C’est là qu’elle avait rencontré Antoine Cortès. Elle n’avait pas tiré le bon numéro. Il y en aurait d’autres. Elle leur chanterait la chanson de son succès en Chine, ça leur donnerait peut-être des idées.

Elle se mit à fredonner tout en suivant les touristes qui montaient dans le car Air France en traînant leurs grosses valises. Elle fredonnait d’une voix rauque et sensuelle en tâtant les billets cachés dans sa gaine.

Dottie retrouva Becca dans la cuisine. Elle préparait le repas du soir, avait ouvert son livre de cuisine à la page des crumbles. Fronçait le sourcil en lisant une recette, les mains blanches de farine. Dottie se demanda si c’était le bon moment pour lui parler.

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