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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— TU l’as appelé ?

— Pour être honnête, c’est Jean-Christophe qui a posé les questions, mais on avait mis au point une stratégie…

Jean-Christophe était le professeur de l’après-midi, celui qui avait trouvé grâce aux yeux de Junior.

— Alors tu dis quoi, là ? conclut Junior.

Josiane réfléchissait. C’était une sacrée bonne idée mais…

— Un mur floral… Ça marche comment ?

— Imagine un fin, très fin matelas pneumatique avec des ouvertures…

Josiane hocha la tête.

— Dans le mince coussin, on implante un système d’irrigation, une couche de terreau, des graines… Les graines vont pousser et éclore dans les trous prévus à cet effet, tous les dix, vingt centimètres, faisant ainsi un rideau de fleurs ou de végétation. Tu accroches ton mur floral où tu veux. Tu peux le mettre dans ton salon, ta chambre, ton bureau, à l’intérieur ou dehors…

— Mais c’est formidable, Junior…

— Cet homme possède des dizaines de murs floraux prêts à être emportés ! Il a imaginé plusieurs thèmes : forêt vosgienne, forêt tropicale, roseraie, clairière, palmeraie, bambouseraie, etc.

— Tu veux dire qu’on peut commencer tout de suite ?

— Affirmatif.

— Mais comment as-tu pu le convaincre de ne pas signer avec Alinéa ?

— J’ai doublé son pourcentage… Et il connaissait Casamia.

— Ça reste intéressant pour nous ?

— Absolument…

— Tu es incroyable, mon amour…

— J’ai juste fait marcher mes neurones ! Tu savais qu’on naissait avec cent millions de neurones et que, dès l’âge de douze mois, on commençait à en perdre si on ne les utilisait pas ? Moi, je ne veux en perdre aucun ! Les faire tous marcher… D’ailleurs, chère mère, j’ai décidé d’étudier le piano… Tu crois que ce serait un atout pour séduire Hortense ?

— Euh…

— Tu penses encore que je suis trop petit pour elle ?

— Ben…

— C’est fatigant ! Tu me mets toujours des limites ! Une mère est censée propulser son enfant vers l’avant et non lui couper les ailes ! J’ai le regret de te dire que tu es une mère castratrice. Freud, à ce sujet…

— Je m’en bats la paupière, moi, du Viennois ! Et si je me permets d’être sceptique c’est que tu as dix-sept ans de moins qu’elle et que cela me paraît beaucoup !

— Et alors ? La belle affaire ! Quand j’aurai vingt ans, elle en aura trente-sept, elle sera dans la fleur de l’âge, belle et rebondie… Et je l’épouserai.

— Et qu’est-ce qui te fait croire qu’elle dira « oui » ?

— Parce que je serai devenu brillant, riche, étourdissant. Elle ne s’ennuiera jamais avec moi. Une fille comme Hortense, il faut lui envoûter le cerveau… Lui remplir la tête d’idées. Quand on était à Londres, on s’asticotait, c’était un jeu amoureux entre nous, elle me disait I’m a brain ! et je lui répondais I’m a brain, too[35], ça la faisait rire… On est du même bois, elle et moi. Notre voyage de noces, nous le ferons en montgolfière, nous survolerons la Mongolie et la Mandchourie, vêtus de longues robes safran, je lui lirai du Nerval et…

— Junior, l’interrompit Josiane, si on revenait au mur floral ?

— T’es vraiment pas romantique, mère !

Le téléphone sonna. Josiane décrocha. Eut un léger haut-le-corps et se renfrogna. Junior leva un sourcil, demanda qui était l’intrus. Il reniflait une embrouille, un gars malintentionné.

— Chaval…, chuchota Josiane. Il veut me proposer une affaire…

— Mets le haut-parleur, dit Junior.

Josiane s’exécuta. Elle écouta Chaval lui proposer une collaboration et lui fixer rendez-vous. Junior acquiesça de la tête. Josiane accepta. Puis raccrocha.

— Cet homme mitonne un louche ragoût, dit Junior en passant un doigt dans ses boucles rouges. J’aimerais bien savoir ce que c’est. Allons-y ensemble…

— Mais tu joueras à l’enfant…, dit Josiane. Sans ça, il va se méfier…

— Promis.

— Je me demande bien ce qu’il me veut… Je sais qu’il traîne avenue Niel, qu’il essaie de retrouver sa place auprès de ton père… Il a besoin de moi pour montrer patte blanche.

Junior ne répondit pas. Il était tout entier concentré sur les raisons de l’appel de Chaval et ses neurones tournaient à un million de tours/seconde.

— Il doit me prendre pour une gourde sans bouchon…, marmonna Josiane en se souvenant des jours anciens où Chaval la menait par le bout du nez.

— T’en fais pas, maman, c’est lui qu’on va mettre en bouteille, pas nous…

Sept heures quarante-cinq. Comme tous les matins, Marcel Grobz monte dans sa voiture conduite par Gilles, son chauffeur. Gilles lui a acheté les journaux afin qu’il ait le temps de feuilleter la presse avant son premier rendez-vous à Bry-sur-Marne, au grand entrepôt de Casamia. Après avoir racheté le premier fabricant de meubles chinois, Marcel Grobz a dû changer la structure de sa société et déménager. L’affaire devenait trop grosse pour tenir dans les murs de l’avenue Niel. À Bry-sur-Marne étaient centralisés les services commerciaux, les laboratoires d’idées, les commandes en attente d’être livrées. Ne demeuraient avenue Niel que les bureaux des cadres principaux et de leurs secrétaires, une salle de réunion, les services juridiques et comptables. Et un entrepôt qui s’occupait des livraisons urgentes, des échanges, que dirigeait René.

Neuf heures. Réunion des directeurs de départements. Ce matin-là, Marcel Grobz valide l’ensemble de la stratégie des mois à venir : les achats, les budgets, les grands axes de développement. Parmi les priorités : l’accélération du processus de centralisation de l’entreprise et l’accueil réservé aux clients. Marcel Grobz en est persuadé, c’est en soignant le service clientèle qu’ils marqueront des points face à la concurrence. Plus personne ne fait attention aux gens, on les traite comme des numéros, on les fait attendre, ils sont au bord de l’apoplexie… La crise actuelle doit nous rapprocher de nos clients. Nous devons nous engager à leur assurer le meilleur service et le meilleur prix.

Douze heures. Marcel Grobz descend au showroom pour voir les nouveaux produits. Inspecte chaque article, en vérifie la provenance, lit les fiches techniques. Valide les envois en province, à l’étranger, à Paris.

Treize heures trente. Retour au siège, avenue Niel, après avoir avalé un sandwich jambon-beurre-cornichons dans la voiture. Gilles lui a préparé un thermos de café noir. Il défait la ceinture de son pantalon, se déchausse et s’assoupit quelques minutes.

Arrivé porte d’Asnières, Gilles le réveille. Marcel s’ébroue, passe la main sur son visage, demande s’il n’a pas trop ronflé. Gilles sourit et lui répond que ce n’est pas grave…

Quatorze heures quinze. Marcel Grobz reçoit dans son bureau la responsable du développement durable afin de valider les accords de la mission Handicap qui prévoit l’embauche d’un certain nombre de salariés handicapés.

Quinze heures. Conférence téléphonique quotidienne avec le responsable Chine, l’assureur, l’avocat et un médecin. Récemment, la marque Casamia a vendu des fauteuils de relaxation produits en Chine et certains clients se sont plaints de crises d’eczéma dues à un lot contaminé par un fongicide. Marcel Grobz tient à ce que chaque client soit entendu et indemnisé. Ils ont déjà reçu cinq cent quarante-quatre dossiers de plaintes et les indemnisations se situent entre trois cents et deux mille euros selon le cas.

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