Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle prit des cours, le soir. Les élèves étaient plus dégourdis, elle apprendrait plus vite. C’était un investissement. Il ne fallait pas gaspiller son argent.
Chaval lui avait remis la clé du tiroir où la Trompette rangeait ses codes. Il lui avait donné le code de l’alarme. Elle savait qu’on le changeait tous les trois mois environ. Il ne fallait pas traîner.
Elle attendait le soir où elle pourrait se faufiler dans l’entreprise. Un soir où Ginette et René seraient sortis… Elle passait et repassait devant le 75, avenue Niel, guettant leurs allées et venues. Elle remarqua qu’ils allaient dîner chaque jeudi chez la mère de Ginette. René râlait en montant dans la vieille Renault grise garée dans la cour, il grommelait ta mère ! ta mère ! on est pas obligés d’aller la voir tous les jeudis tout de même ! Ginette ne répondait pas. Elle s’asseyait à l’avant, un paquet sur les genoux avec un beau ruban rose comme ceux qu’on noue dans les pâtisseries. Henriette, dissimulée derrière la grille, attendait.
Chaval découvrait le plaisir de régner en maître sur une pauvre fille.
Il commandait, elle obéissait, il menaçait, elle tremblait, il souriait, elle s’alanguissait. Il la faisait tourner en bourrique et elle se prosternait avec une dévotion qui lui donnait envie de la maltraiter.
Il ne la touchait pas, ne l’enlaçait pas, ne l’embrassait pas, il se contentait d’entrouvrir sa chemise blanche sur son torse bronzé et elle baissait les yeux. Je la dresse, songeait-il, je la dresse en attendant de savoir ce que je vais faire d’elle. Elle est si docile que tous les espoirs sont permis.
Dommage qu’elle soit vieille et moche, je l’aurais mise sur le trottoir. Bien que… Bien que… Certaines vieilles travaillent très bien. Il s’était renseigné. Il y en avait une qui claquait le pavé, près de la porte Dorée. Il l’avait rencontrée. S’était fait faire une gâterie en fermant les yeux pour ne pas apercevoir la nuque fripée qui montait et descendait le long de son membre. Il l’avait interrogée en se rebraguettant. Elle se faisait appeler la Panthère, prenait trente euros pour une pipe, cinquante s’il y avait pénétration. Elle était surtout connue pour ses travaux de bouche. Elle en faisait une bonne dizaine chaque soir, avait-elle précisé en crachant dans un Kleenex.
— T’avales pas ?
— Et puis quoi encore ? Tu veux un doggy bag et l’emporter chez toi ?
Il pensa à dresser la Trompette. Des heures supplémentaires en sortant du travail pour aider son bel amour dans le besoin ? Cette idée l’émoustillait et il se caressait en y pensant. Habillée en putain, elle arriverait peut-être à l’émouvoir…
Puis il songeait à sa combine avec Henriette… Il n’avait pas encore discuté son pourcentage. Erreur ! Erreur ! Il fallait lui tenir la dragée haute à la vieille. Elle ne lâcherait pas facilement. Il devrait obtenir 50 % sans difficulté…
Et sans rien faire !
Henriette, la Trompette… Il allait devenir riche grâce à ces femmes.
La vie lui souriait enfin. Il émergeait de sa torpeur. Il s’était surpris, le matin même, à chantonner dans la salle de bains. Sa mère l’avait entendu et avait poussé la porte.
— Ça va, mon bel enfant ?
— J’ai des projets, maman, de beaux projets qui vont nous rendre riches… On va enfin sortir de la mouise ! On s’achètera une belle voiture et on ira voir la mer le dimanche… Deauville, Trouville, tutti quanti…
Elle avait refermé la porte, confiante, et était allée acheter une bouteille de mousseux pour la boire, le soir même, avec des langues de chat. Il en avait été tout retourné. Il aimait voir sa mère heureuse…
Il s’était posté devant la glace, en slip. Avait cambré les reins, posé la main sur son ventre plat, avait gonflé biceps, triceps et quadriceps. Qu’est-ce qui m’a pris de devenir tout mou et flapi alors que j’ai de l’or dans les mains grâce à mon physique avantageux ? Avant je ne doutais pas, je ne tremblais pas, j’emballais, j’emballais et la vie s’emballait…
Je jonglais avec les femmes et cela me réussissait.
Il avait quitté à regret son reflet dans la glace, s'était appuyé sur le bord du lavabo, avait réfléchi… Il va falloir que j’appelle Josiane. Elle doit s’ennuyer avec son rejeton. Je la flatterai, je lui dirai qu’il n’y avait pas meilleur limier qu’elle. Elle se dilatera d’aise et me trouvera des projets à présenter au Vieux.
Cette fois-ci, j’imposerai le pourcentage d’entrée.
Elle sera le dernier rouage de mon ouvrage.
Kevin Moreira dos Santos dépérissait.
Ses notes piquaient du nez. La menace de la pension se précisait. Son père avait déclaré la veille pendant le dîner qu’il s’en irait en septembre prochain chez les Augustins à Marne-la-Vallée.
— C’est quoi, cette plaisanterie ? il avait demandé en repoussant son assiette.
— Ce n’est pas une plaisanterie, c’est un fait, avait dit le père en découpant de son Opinel une tranche de pain qu’il mettrait dans la soupe. Ils te prennent en sixième à condition que tu suives des cours de rattrapage tout l’été. Je t’ai inscrit. Affaire réglée, on n’en parle plus.
La vieille bique avait déclaré forfait. Elle avait pris la mouche un jour où il lui avait, soi-disant, mal parlé. Elle s’était cabrée sur sa chaise et avait déclaré, ça suffit, j’en ai trop entendu, je jette l’éponge…
Il s’était esclaffé. Comment elle parle, la vieille ! Comment elle parle ! Ça veut dire quoi je jette l’éponge, tu perds les eaux ou quoi ?
— Ça veut dire que je me casse…
— Alors plus d’ordinateur, avait lâché Kevin, sûr de son effet, en faisant vibrer son élastique entre les dents.
— Je n’ai plus besoin de ton ordinateur, espèce de rat gélatineux. Je vais m’en acheter un tout neuf. J’ai appris à m’en servir. Les vents te sont contraires et me sont favorables… Je mets les voiles !
Il était resté bouché bée.
S’était pris l’élastique dans le nez. Avait couiné lamentablement.
— Ça t’en bouche un coin, hein ?
Il n’avait pas trouvé de réplique cinglante.
Elle avait poussé le bouchon encore plus loin.
— Et souviens-toi d’une chose, je sais comment tu t’enrichis aux dépens de ta mère. Alors si d’aventure, j’ai besoin de tes services, tu t’exécuteras. Et sans broncher ! Sinon je te dénonce… Je suis claire ?
Sujet, verbe, attribut.
C’était clair.
Junior et Josiane avaient étalé leurs dossiers sur la table de la salle à manger et se faisaient des politesses pour savoir qui allait parler en premier.
— Je crois que j’ai trouvé un truc formidable, dit Junior. Et toi ?
— J’ai deux ou trois bricoles, pas terribles…
— Vas-y, montre-moi, dit Junior.
— Non, toi d’abord…
— Non, toi…
— Je n’en ferai rien, commence, Junior ! Je suis ta mère, tu dois m’obéir !
Junior brandit une chemise cartonnée orange et en sortit un projet.
— Un mur floral…, expliqua-t-il.
— Quézaco ? dit Josiane en se penchant dessus.
— C’est une idée que j’ai trouvée sur le site jeunesinventeurs.org…
— Tu sais te servir d’un ordinateur ? demanda Josiane, ébahie.
— Enfin… m’man ! C’est l’enfance de l’art !
— Mais justement tu n’es encore qu’un enfant !
— Bon… On parle sérieusement ou on s’épuise dans de vaines querelles ?
— OK, OK. Tu permets quand même que je sois étonnée…
— Donc, je reprends… il existe un site pour jeunes inventeurs et ils ont plein d’idées…
— Sauf qu’elles ne sont pas encore réalisées ! s’exclama Josiane. Et ça prend des années de passer de l’idée au produit fini. Et toc !
— Tu ne m’as pas laissé finir, chère mère… J’ai trouvé l’idée sur le site des jeunes inventeurs et ENSUITE, j’ai fait une enquête pour savoir si elle avait été réalisée. Et… et… Elle l’est… Par un industriel normand à la retraite, M. Legrand, une sorte de génie qui travaille dans son coin, invente, farfouille, brevette et ça marche ! Il a résolu tous les problèmes : le poids, la résistance, l’esthétique, l’ensemencement. Il est prêt, il attend une grosse commande. Il était en contact avec Alinéa quand je l’ai appelé…