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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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— Les moyens de communication, les téléphones et les ordinateurs sont étroitement filtrés et contrôlés par le Vatican. Ainsi, ils connaissent tout ce qui se passe au saint-siège et, le cas échéant, ils ont des preuves contre ceux qui peuvent causer des problèmes. Mais, en général, ils gardent tout cela pour eux, me confirme l’ex-prêtre Francesco Lepore, qui a lui-même fait l’objet de surveillances renforcées avant sa démission.

L’ancien « ministre » de l’Intérieur de Jean-Paul II, Giovanni Battista Re que j’interroge à ce sujet, en présence de Daniele, doute toutefois que le Vatican ait eu les moyens d’une telle surveillance :

— Par définition, au Vatican, le secrétaire d’État connaît tout et, bien sûr, il a des dossiers. Mais je ne pense pas que Bertone était si bien organisé et qu’il faisait des fiches sur tout le monde.

Comme la plupart des systèmes de surveillance, celui de Bertone-Giani a suscité des stratégies de contournement ou d’évitement de la part des prélats de la curie. La plupart d’entre eux se sont mis à utiliser les applications sécurisées comme Signal ou Telegram ; ils se sont également procurés un second téléphone portable privé, avec lequel ils peuvent tranquillement dire du mal du secrétaire d’État, discuter des rumeurs sur leurs coreligionnaires ou socialiser sur Grindr. À l’intérieur du Vatican, où le réseau fibré est particulièrement filtré, ce second téléphone permet de franchir le « firewall » et d’accéder directement, ou depuis son ordinateur via un partage de connexion, à des adresses interdites, comme les sites érotiques payants ou les agrégateurs gratuits de vidéos de type YouPorn.

Un jour où je suis dans l’appartement privé d’un prélat chez qui je loge, à l’intérieur du Vatican, nous faisons une expérience. Nous testons plusieurs sites érotiques et nous sommes bloqués par un message : « Si vous souhaitez faire débloquer ce site, merci d’appeler le numéro interne 181, anciennement 83511, ou le 90500. » Quel efficace contrôle parental !

Je refais la même expérience, quelques mois plus tard, depuis l’appartement d’un évêque, toujours à l’intérieur du Vatican, et je lis cette fois sur l’écran que « l’accès à la page web demandée » est bloqué sur la base « de la politique de sécurité » du Vatican. Un motif est indiqué : « Adult ». Je peux utiliser la touche « Envoyer » pour demander le déblocage.

— Les personnages importants du Vatican pensent échapper à cette supervision. On les laisse faire ; mais si un jour ils deviennent un « obstacle », on pourra utiliser ce que l’on sait sur eux pour les contrôler, m’explique Francesco Lepore.

La pornographie, essentiellement gay, est un phénomène si fréquent au Vatican que mes sources évoquent « de graves problèmes d’addiction parmi les prélats de curie ». Certains prêtres ont même eu recours à des services dédiés pour lutter contre ces addictions, tel NoFap, un site spécialisé dont le siège est situé dans une église catholique de Pennsylvanie.

Cette surveillance interne est allée en s’amplifiant, durant le pontificat de Benoît XVI, à mesure que les affaires, les rumeurs et, bien sûr, le premier scandale Vatileaks, se sont multipliés. Tarcisio Bertone étant lui-même visé par ces fuites, son esprit paranoïaque s’en est trouvé décuplé. Il se mettra à chercher des micros dans ses appartements privés, à suspecter ses collaborateurs et il congédiera même son chauffeur qu’il soupçonnera d’informer le cardinal Sodano.

Pendant ce temps, la machine vaticane se grippe. Chargé des relations internationales, mais parlant mal les langues étrangères, Bertone s’isole des épiscopats locaux et multiplie les erreurs. Peu diplomate, il se concentre sur ce qu’il connaît le moins mal, à savoir la politique politicienne italienne et les relations avec les dirigeants du pays qu’il entend bien gérer en direct (ce point m’a été confirmé par deux présidents de la CEI, les cardinaux Camillo Ruini et Angelo Bagnasco).

Le secrétaire d’État de Benoît XVI s’entoure également de collaborateurs sans envergure qui suscitent quelques rumeurs. Ainsi du désormais célèbre Lech Piechota, l’assistant préféré de Bertone, avec lequel il semble avoir une relation fusionnelle, comme Ratzinger avec Georg Gänswein ou Jean-Paul II avec Stanisław Dziwisz. [https://www.bookys-gratuit.org/]

J’ai tenté d’interviewer Piechota, sans succès. Depuis la fin du pontificat de Benoît XVI, ce prêtre polonais a été recasé, m’avait-on laissé entendre, au Conseil pontifical de la culture. Lors d’une de mes nombreuses visites dans ce « ministère », je prends des nouvelles de Piechota et tente de savoir par quel miracle celui qui ne semble jamais s’être intéressé aux arts a-t-il pu atterrir là ? Aurait-il un talent artistique caché ? Serait-il placardisé ? J’essaie innocemment de comprendre.

J’interroge donc à deux reprises les responsables du « ministère » de la Culture sur Piechota. Est-il là ? La réponse est catégorique :

— Je ne vois pas de qui vous parlez. Il n’est pas ici.

Étrange déni. Lech Piechota figure bien dans l’Annuario Pontificio comme chargé de mission au Conseil pontifical de la culture, à côté des noms du père Laurent Mazas, du prêtre Pasquale Iacobone et de l’archevêque Carlos Azevedo, que j’ai tous trois interviewés. Et en téléphonant au standard de ce « ministère », on me passe bien Piechota. Nous parlons brièvement, même si étrangement, l’ancien assistant du Premier ministre, un homme qui dialoguait chaque jour avec des dizaines de cardinaux et chefs de gouvernement du monde entier, ne parle ni français, ni anglais, ni espagnol.

Piechota est donc bien l’un des chargés de mission du « ministère » de la Culture mais on semble avoir oublié jusqu’à sa présence. A-t-il des choses à se faire reprocher depuis que son nom a fuité dans les affaires Vatileaks ? Faut-il absolument protéger cet assistant personnel et particulier du cardinal Bertone ? Pourquoi ce prêtre polonais Piechota se fait-il si discret ? Pourquoi quitte-t-il parfois son bureau du Conseil pontifical de la culture lorsque Bertone le fait prévenir (selon deux témoignages) ? Pourquoi le voit-on circuler dans une grosse voiture de fonction : une Audi A6 de luxe, vitres et lunette arrière teintées, avec plaque diplomatique du Vatican ? Pourquoi Piechota habite-t-il encore le palais du Saint-Office, où je l’ai croisé à plusieurs reprises, et où cette grosse voiture est garée sur une place de parking privilégiée où nul n’a le droit de stationner ? Et lorsque j’ai posé ces questions à des membres de la curie, ils se sont mis à sourire ? Pourquoi ? Pourquoi ?

IL FAUT DIRE que Tarcisio Bertone a beaucoup d’ennemis. Parmi eux, il y a Angelo Sodano, resté dans les murs au début du pontificat de Benoît XVI. Du haut de son Collège éthiopien, qu’il a fait restaurer à grands frais, l’ancien secrétaire d’État se tient en embuscade. Il est certes « placardisé » mais il demeure decano (doyen) du collège des cardinaux : ce titre lui procure encore une autorité supérieure sur tous les électeurs du conclave qui le prennent encore pour un faiseur de pape. Comme Sodano a exercé le pouvoir absolu trop longtemps, il a, lui aussi, ses mauvaises habitudes : de son placard doré, il manipule les hommes, et les dossiers sur ces hommes, comme s’il était resté aux manettes. Bertone n’a compris que trop tard que Sodano était l’un des dynamiteurs en chef du pontificat de Benoît XVI.

À l’origine, comme souvent, il y a une humiliation. L’ancien cardinal secrétaire d’État de Jean-Paul II a tout fait pour rester en cour. La première année de son règne, le pape a maintenu Sodano à son poste pour la forme et pour une autre raison plus significative : il n’avait personne d’autre à qui faire appel ! Joseph Ratzinger n’a jamais été un cardinal politique : il n’a pas de bande, pas d’équipe, personne à placer, ni à promouvoir, sinon Georg, son assistant personnel. Cependant, Ratzinger a toujours nourri une grande suspicion à l’égard de Sodano sur lequel il a, comme tout le monde, des informations qui le choquent. Il a été abasourdi par ce qu’on lui a raconté sur son passé chilien, au point qu’il n’a pas voulu croire à ces rumeurs.

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