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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Le sergent Simonie attendit d’être revenu dans ses quartiers avant de déplier son bout de papier.

Il ne fut aucunement surpris d’y découvrir un petit dessin de tortue. C’était lui l’heureux veinard.

Il avait toujours vécu pour un tel instant. Quelqu’un devait ramener l’auteur de la Vérité qui serait le symbole du mouvement. Ce ne pouvait qu’être lui. Un seul regret : il ne devait pas tuer Vorbis.

Mais la chose se ferait, et au vu de tout le monde.

Un de ces jours. Devant le temple. Sinon, personne n’y croirait.

Om suivait clopin-clopant un couloir sableux.

Il avait traîné un moment après la disparition de Frangin. Traîner est une autre spécialité des tortues. Elles sont pour ainsi dire championnes du monde de la discipline.

Foutu gamin inutile, songeait-il. Ça m’apprendra à vouloir m’adresser à un novice à peine cohérent.

Évidemment, le vieux tout maigre n’avait pas réussi à l’entendre. Pas plus que le maître queux. Enfin, le vieux devait être sourd. Quant au cuisinier… Om prit mentalement note de prévoir, une fois qu’il aurait retrouvé ses pleins pouvoirs divins, un sort particulier pour le cuisinier. Il ne savait pas exactement en quoi consisterait le sort en question, mais il serait à base d’eau bouillante et des carottes interviendraient sûrement quelque part dans la recette.

Il goûta un moment cette idée. Mais elle le menait où ? Nulle part ailleurs que dans ce jardin minable, sous la forme d’une tortue. Il savait comment il était arrivé là – il lança un regard noir de terreur sourde au tout petit point dans le ciel en qui l’œil de la mémoire reconnaissait un aigle – et il ferait mieux de trouver un moyen plus terrestre d’en sortir à moins de vouloir passer le mois à venir caché sous une feuille de melon.

Une autre pensée lui vint. C’est bon à manger, ces trucs-là !

Quand il aurait recouvré ses pouvoirs, il passerait le temps qu’il faudrait à mettre au point de nouveaux enfers. Et aussi deux ou trois nouveaux préceptes. « Tu ne mangeras pas la chair de la tortue. » Pas mal, celui-là. Il s’étonnait de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le contexte, tout était là.

Et s’il en avait imaginé un autre comme « Tu auras intérêt de ramasser toute tortue en détresse et de la transporter partout où elle le désire sauf (très important) si tu es un aigle », il ne serait pas dans un tel pétrin aujourd’hui.

Il n’y avait pas à tortiller. Il lui fallait trouver le cénobiarche en personne. Une personnalité comme un grand prêtre arriverait forcément à l’entendre.

Et il demeurait forcément quelque part dans cette ville. Les grands prêtres ne bougeaient guère, d’ordinaire. Il ne serait pas trop difficile à dénicher. Et Om avait beau habiter pour l’instant la carapace d’une tortue, il n’en restait pas moins un dieu. Alors comment lui serait-il difficile de dénicher le grand prêtre ?

Il fallait qu’il monte. C’est ça, la hiérarchie. Pour trouver l’homme en haut de l’échelle, on monte.

D’une démarche un peu cahotante sous sa carapace agitée de saccades latérales, l’ancien grand dieu Om entreprit l’exploration de la citadelle érigée à sa plus grande gloire.

Il ne put s’empêcher de remarquer que les choses avaient bien changé en trois mille ans.

« Moi ? fit Frangin. Mais… Mais…

— Je ne crois pas qu’il a l’intention de te punir, dit Nonroid. Même si tu mérites largement d’être puni, évidemment. Nous le méritons tous largement, ajouta-t-il pieusement.

— Mais pourquoi ?

— … pourquoi ? Il a dit qu’il voulait seulement te parler.

— Mais ce que je pourrais dire, aucun quisiteur n’a envie de l’entendre ! gémit Frangin.

— … l’entendre. Tu ne contestes pas les désirs du diacre, j’en suis sûr, fit Nonroid.

— Non. Non. Bien sûr que non », convint Frangin. Il baissa la tête.

« Brave garçon. » Nonroid lui tapota le dos aussi haut qu’il put lever la main.

« Cours-y vite, fit-il. Je suis certain que tout se passera bien. » Puis, parce que lui aussi avait été élevé dans le respect de l’honnêteté, il ajouta : « Probablement. »

Les marches étaient rares dans la Citadelle. Le cheminement des nombreuses processions qui ponctuaient les rituels alambiqués du Grand Om exigeait de longues pentes douces. Les quelques marches existantes restaient assez basses pour accueillir le pas chancelant des grands vieillards. Et les grands vieillards, eux, n’étaient pas rares dans la Citadelle.

Le vent ramenait sans cesse du sable du désert. Des monticules se formaient sur les marches et dans les cours malgré tous les efforts d’une armée de novices balayeurs.

Mais une tortue est affligée de pattes parfaitement inefficaces.

Tu bâtiras des marches moins hautes, siffla Om en se hissant sur l’une d’elles.

Des pieds défilaient dans un martèlement sourd tout près de lui. Il suivait une des voies principales de la Citadelle ; elle menait à la place des Lamentations et des milliers de pèlerins l’empruntaient chaque jour.

Une ou deux fois une sandale vagabonde se prit dans sa carapace et le fit tournoyer.

« Que tes pieds s’envolent de ton corps et s’enterrent dans une termitière ! » hurla-t-il.

Après quoi il se sentit un peu mieux.

Un autre pied le happa et l’envoya glisser sur les pavés. Il atterrit avec un claquement métallique contre une grille courbe enchâssée au ras du sol dans un mur. Seul un mouvement rapide comme l’éclair des mâchoires l’empêcha de disparaître à travers les barreaux. Il se retrouva pendu par le bec au-dessus d’une cave.

Une tortue possède dans les mâchoires des muscles d’une puissance étonnante. Om se balança doucement en gigotant des pattes. D’accord. Une tortue en terrain rocheux et crevassé est rompue à ce genre d’incident. Il suffit qu’une patte s’accroche…

De faibles bruits attirèrent son attention. Un cliquetis de métal suivi d’un gémissement à peine perceptible.

Om fit pivoter son œil.

La grille se situait tout en haut d’un mur d’une salle très longue et basse. Les puits de lumière qui criblaient la Citadelle éclairaient brillamment les lieux.

Vorbis avait insisté là-dessus. Les inquisiteurs ne devaient pas œuvrer dans l’ombre, affirmait-il, mais dans la lumière. Où ils voyaient distinctement ce qu’ils faisaient.

Om le voyait aussi.

Il resta un moment suspendu à sa grille, incapable de détacher son œil de la rangée d’établis.

En général, Vorbis déconseillait les fers portés au rouge, les chaînes à pointes et les bidules pourvus de forets et de grosses vis, sauf pour une représentation publique un jour de jeûne important. C’était étonnant les résultats qu’on obtenait, disait-il toujours, avec un simple couteau…

Mais nombre d’inquisiteurs préféraient les vieilles méthodes.

Au bout d’un moment, Om se hissa tout doucement jusqu’à la grille dans des contractions convulsives des muscles du cou. L’esprit ailleurs, il accrocha d’abord une patte antérieure à un barreau, puis l’autre. Ses postérieures gigotèrent un instant et une griffe trouva une prise sur la maçonnerie grossière.

Il peina quelque temps puis se hala de nouveau dans la lumière.

Il s’éloigna lentement en rasant le mur afin d’éviter les pieds des passants. Il ne pouvait faire autrement que marcher lentement, de toute façon, mais à présent il marchait lentement parce qu’il réfléchissait. La plupart des dieux ont du mal à marcher et réfléchir en même temps.

Tout le monde avait accès à la place des Lamentations. C’était une des grandes libertés de l’omnianisme.

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