À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
À la Belle Époque, qui n’était pas si belle que ça, cavaler prend un sens coquin et machiste, « courir après les femmes » ; alors, on n’a pas parlé de cavale, mais de cavaleur.
Le cheval et la chevauchée étant oubliés, la cavale, fuite précipitée, a été réservée aux délinquants qui jouent au voleur et au gendarme. À la fuite et à l’évasion, le mot cavale ajoute l’idée de cache-cache et la volonté de se mettre hors la loi, tandis que cavalcade, pris à l’italien, s’orientait vers la manifestation bruyante. Il y a bien des façons de cavaler : celle de la cavale est tout sauf caracolante : discrète au contraire, sauf quand les médias s’en mêlent. Les forcenés, les tueurs fous en cavale manifestent le refus absolu de la loi et la volonté extrême de nuire. Du temps du roman d’Albertine Sarrazin, La Cavale, c’était seulement l’évasion ; aujourd’hui, semble-t-il, c’est la fuite éperdue et dangereuse. La France, avec d’autres sociétés, semble cavaler dans un western. La cavale n’a plus rien d’hippique, et pas grand-chose d’épique ; c’est maintenant une affaire de voitures volées et de fusil-mitrailleur. Pour parler moderne, ce n’est plus du tout cool, la cavale ; ce serait plutôt nuit grave[12], comme toute violence.