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À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
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À la Belle Époque, qui n’était pas si belle que ça, cavaler prend un sens coquin et machiste, « courir après les femmes » ; alors, on n’a pas parlé de cavale, mais de cavaleur.

Le cheval et la chevauchée étant oubliés, la cavale, fuite précipitée, a été réservée aux délinquants qui jouent au voleur et au gendarme. À la fuite et à l’évasion, le mot cavale ajoute l’idée de cache-cache et la volonté de se mettre hors la loi, tandis que cavalcade, pris à l’italien, s’orientait vers la manifestation bruyante. Il y a bien des façons de cavaler : celle de la cavale est tout sauf caracolante : discrète au contraire, sauf quand les médias s’en mêlent. Les forcenés, les tueurs fous en cavale manifestent le refus absolu de la loi et la volonté extrême de nuire. Du temps du roman d’Albertine Sarrazin, La Cavale, c’était seulement l’évasion ; aujourd’hui, semble-t-il, c’est la fuite éperdue et dangereuse. La France, avec d’autres sociétés, semble cavaler dans un western. La cavale n’a plus rien d’hippique, et pas grand-chose d’épique ; c’est maintenant une affaire de voitures volées et de fusil-mitrailleur. Pour parler moderne, ce n’est plus du tout cool, la cavale ; ce serait plutôt nuit grave[12], comme toute violence.

9 janvier 2001

Séisme

Version savante de tremblement de terre, le mot séisme, apparu il y a quelque cent vingt ans, est pris au grec sismos ou seismos, le dérivé d’un verbe qui signifie « secouer », « faire trembler ». Les érudits qui connaissent l’origine de ce terme trouvent que secousse sismique est un pur et simple pléonasme. Mais comme il y a d’autres secousses que celle de la Terre, le besoin de préciser requiert un adjectif : certainement, secousse tellurique est mieux dit que secousse sismique. Séisme, prononciation épelée des lettres grecques, a été concurrencé par sisme et l’on dit toujours sismique, sismographie, etc., à côté de séismique et séismographie. Sisme était d’ailleurs la forme normale en français, comme sistre, du mot grec écrit sé-is-tron et prononcé sistron’. C’est pourquoi Haroun Tazieff, grand volcanologue, terme qu’il préférait à vulcanologue, voulait qu’on dise sismique et me l’avait fait savoir.

De toute façon, parler de « secousse » et même de « tremblement » à propos de cette réaction violente de l’écorce terrestre, minime à l’échelle de la planète, mais catastrophique pour les humains qui vivent à l’endroit où la terre tremble — on parle d’épicentre —, c’est aussi un euphémisme. Car les séismes, mesurés par la fameuse échelle de Richter, ont des effets terribles pour ce qui importe le plus, la vie humaine. Là encore, on emploie bien des euphémismes : à côté des morts, on parle de disparus, il y a aussi des blessés, des sans-abri et, à côté des victimes directes, le désespoir des proches et la terreur de toute une population, qui n’a pas de nom.

Ces grandes catastrophes ont souvent lieu dans des pays sans grands moyens matériels : à une vie quotidienne difficile s’ajoute alors la brutalité du drame collectif. Acharnement contre les défavorisés de la planète. Bon Dieu ! que fait le Dieu bon ? Quand le séisme n’est pas un microséisme, il appelle une aide immédiate. Incapable de maîtriser les mouvements des plaques telluriques, la communauté internationale se doit de réagir avec un minimum de solidarité. Salvador[13] signifie « le sauveur » en espagnol ; pourtant, malgré ce patronage, il manque cruellement de sauveteurs. Il y a des moments de vérité où les symboles ne suffisent pas.

15 janvier 2001

Retraite

L’histoire des mots est un témoin fidèle de la vie sociale et, en l’espèce, des acquis sociaux. Prenons le mot retraite, dérivé de l’ancien verbe retraire. Ce dernier a été remplacé par retirer, de même que traire, spécialisé en agroalimentaire, comme on ne disait pas encore, a cédé la place à tirer.

En effet, la retraite fut d’abord l’action de se retirer : on dit encore battre en retraite, et personne ne souhaite que les retraites modernes soient elles-mêmes réduites à la défaite.

La retraite était donc avant le XIXe siècle une affaire militaire, ou bien religieuse. Aujourd’hui, on ne se retire plus pour prier ; et à peine s’il y a encore quelques retraites aux flambeaux.

Cependant, dès le XVIIe siècle, le mot retraite peut désigner le départ des affaires et la fin de l’activité professionnelle. Simple départ, alors, sans avantage particulier. Mais dans l’armée de Louis XV, on a commencé à dire retraite pour la pension d’un officier qui s’en allait, puis pour celle d’un fonctionnaire. Mais c’est au XIXe siècle, peu avant la révolution de 1848, que les retraites deviennent un système, un régime pour des travailleurs après une vie de travail. À preuve, l’expression caisse de retraite, qui représente cette évolution sociale. L’Allemagne de Bismarck, que nous imaginions moins sociale, s’était la première préoccupée du sort des vieux travailleurs.

Mais il faudra attendre, en France, les lois sociales du Front populaire ; en Angleterre, puis ailleurs dans le monde, la Social Security, sécurité sociale. Les régimes de retraite ont abouti à ce que nous connaissons : régime général, retraites complémentaires, âge de départ à soixante ans. Faut-il réformer le système ? Sans doute. C’est la manière de faire et la répartition des financements qui opposent syndicats et patrons — pardon, entrepreneurs. Chacun veut forcer l’autre à se retirer, sinon à prendre sa retraite. Dans l’affaire, personne ne veut battre en retraite. Le Medef, au contraire, attaque : on dit qu’il met la pression. Dans la marine de Louis XIV, les navires tiraient un « coup de canon de retraite » avant de prendre leur service de nuit. Mais c’était un coup à blanc. Espérons que la guerre des retraites ne se fera pas à balles réelles.

16 janvier 2001

Torture

Pour désigner des réalités insupportables et qui mettent en œuvre la volonté du mal, il arrive que le langage emploie des mots neutres ou innocents. C’est le cas de torture, pris au XIIe siècle au latin tortura, du verbe torquere, qui signifiait simplement « tourner », avant de s’appliquer au corps humain. Mais alors que tordre et torsion se sont restreints à l’action physique sur les choses, torture s’est appliqué vers la fin du Moyen Âge aux souffrances infligées comme peine juridique et, surtout, pour « extorquer » des aveux. Et le mot tortionnaire a suivi. On disait en ancien français géhenne, mot qui venait de l’hébreu Ghê-Hinnom, la vallée de Hinnom, car en ce lieu, près de Jérusalem, la Bible nous dit que des idolâtres avaient sacrifié des enfants par le feu. Par un adoucissement extraordinaire, la géhenne, mot de l’enfer, est devenu une simple gêne. Rien à voir avec la gégène, qui vient du groupe électrogène.

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12

On sait que cette expression, qui n’a pas vécu longtemps, a désigné la cigarette, qui « nuit gravement à la santé ».

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13

Un tremblement de terre, avec ses suites, torrents de boue, glissements de terrain, venait de ravager et d’endeuiller cet État d’Amérique centrale.

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