La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
— Vous avez aidé la police de votre pays et qui sait, la justice aussi…
— Je ne dirai plus jamais rien. Même si le meurtrier se confesse à moi et me donne tous les détails !
Il eut un petit sourire et se dressa de toute sa stature.
— Alors je serais obligé de vous poursuivre pour complicité. Comme je vous en ai soupçonnée depuis le départ de l’enquête.
Joséphine le regarda, bouche bée. Il n’allait pas recommencer !
— Je peux partir ? demanda-t-elle, désemparée.
— Oui. Et souvenez-vous : pas un mot à quiconque ! Et si vous apercevez votre mari, tâchez d’être un peu plus précise dans votre témoignage. Notez la date, l’heure, le lieu, les circonstances. Ça nous aidera.
Joséphine hocha la tête, tremblante, et sortit sans lui tendre la main ni lui dire au revoir.
Dans la vieille cour pavée du 36, quai des Orfèvres, elle aperçut le fils Pinarelli en train d’exécuter une série de passes martiales avec un jeune inspecteur en jean et polo Lacoste. Il se mouvait avec agilité et déclenchait des attaques cinglantes que le jeune esquivait de justesse.
Il s’interrompit en la voyant et vint vers elle.
— Alors ? Y a du nouveau ? demanda-t-il, l’œil gourmand.
— La routine. Je ne sais même plus pourquoi ils me convoquent. Ce doit être une manie chez eux !
— Détrompez-vous, ils savent très bien ce qu’ils font. Ils sont forts, très forts ! Ils sont en train d’établir un rideau de fumée, ils interrogent tout le monde, ils nous soutirent des infos, font semblant de nous écouter mais nous dirigent tout doucement là où ils veulent en venir !
Et je suis tombée dans leur piège, se dit Joséphine. La tête la première. Garibaldi a écouté ma petite élucubration sur les RV, a fait semblant d’être intéressé puis a enchaîné sur Antoine. Ou plutôt c’est moi qui lui ai apporté Antoine sur un plateau. Sans qu’il me demande rien.
— Bel homme, ce Garibaldi ! Il paraît qu’il fait des ravages chez la gent féminine. Un petit malin ! Il commence par vous mettre mal à l’aise, vous laisse entendre qu’il vous soupçonne, vous déstabilise et hop ! il porte l’estocade. Comme au krav maga ! Vous connaissez le krav maga ?
— Pas vraiment…
— J’étais en train de faire une démonstration au jeune inspecteur. Ça a été mis au point par l’armée israélienne. Pour tuer l’ennemi. Ce n’est ni un art, ni une discipline, c’est l’art de tuer en un éclair. Tous les coups sont permis. On peut viser les parties génitales et insulter l’ennemi…
Il eut une lueur de plaisir dans l’œil.
Elle se souvint de la manière dont il avait agressé Iphigénie. De la violence du coup qu’il lui avait porté quand elle avait voulu intervenir et de son agilité à monter les escaliers. Je pourrais parler de lui à Garibaldi. Ça lui ferait une nouvelle piste. Il est temps que je parte d’ici ! Je vois des assassins partout.
Dans la rue, elle leva le nez et aperçut Notre-Dame de Paris. Elle resta un long moment à contempler la façade, grimaça en apercevant les cars de touristes qui se déversaient dans la cathédrale. Ce n’était plus un lieu de culte, c’était devenu le Lido ou le Moulin-Rouge.
Elle regarda sa montre. Elle avait passé deux heures dans les locaux de la police. Pendant ces deux heures, elle n’avait pas pensé à Philippe.
Le Crapaud était de passage à Londres et déjeunait avec Philippe. Il avait choisi le restaurant du Claridge et griffait la nappe blanche de ses ongles courts et carrés.
— Tu sais ce qu’elles veulent les gonzesses aujourd’hui ? Du pognon. Point barre. Moi qui ne suis pas un canon de beauté, je me les fais toutes ! Il y en a une dernièrement qui m’avait envoyé bouler lors d’un cocktail et qui m’a rappelé. Si, si, mon vieux ! Elle a dû apprendre combien je pesais et elle est revenue ramper à mes pieds. Elle a payé cher ! Comme je l’ai humiliée ! Je te raconte pas !
— C’est inutile, dit Philippe d’une voix douce mais ferme.
— Je lui fais faire les trucs les plus dégueulasses et elle avale ! Et quand je dis « avale », je…
Philippe lui fit signe de la main de ne pas développer et le Crapaud eut l’air déçu. Ses petits doigts impatients tapotèrent la nappe blanche.
— Toutes des salopes, je te dis. D’ailleurs, je vais te faire une confidence, j’en suis arrivé au point où je leur fous des branlées.
— Tu n’as pas honte ?
— Pas le moins du monde : je leur rends la monnaie de leur pièce. Qu’est-ce qu’il fout, le larbin ? Il nous a oubliés ?
Le Crapaud consulta sa montre, une grosse Rolex en or, qu’il fit tourner ostensiblement.
— Très chic ! fit remarquer Philippe.
— C’est grisant le pognon. Tu n’as même plus besoin de lever le petit doigt, elles s’allongent. Et toi, tu en es où dans ta vie sexuelle ?
— Not your business.
— J’ai jamais compris comment tu fonctionnais ! Tu pourrais toutes les avoir et tu n’en as jamais profité ! Qu’est-ce que ça t’apporte de chercher midi à quatorze heures ? Tu peux me le dire…
Le garçon déposait leur plat en détaillant les ingrédients d’un air savant, les yeux mi-clos, les doigts joints. Le Crapaud lui fit signe d’abréger. Il se retira, offusqué.
— Disons que c’est plus intéressant que de le trouver toujours à midi pile…
— C’est comme pour les affaires, j’ai jamais compris que tu te retires ! Avec tout le pognon que tu te faisais.
— Et que je continue à me faire, lui fit remarquer Philippe en contemplant sa sole meunière.
Et là, pensa-t-il, il va m’annoncer qu’il réduit ma participation ou qu’il proposera lors de la prochaine réunion du conseil qu’on m’évince du poste de président. C’est pour cette raison qu’il m’invite à déjeuner. Je n’en vois pas d’autre. Autant lui faciliter la tâche et qu’on en finisse !
— T’es vraiment ouf ! Tu avais la plus belle femme de Paris et tu la largues. Tu avais monté une affaire en or et tu la largues aussi, tu cherches quoi ?
— Comme tu le disais : midi à quatorze heures !
— Mais ça n’existe pas, mon vieux ! Grandis, grandis un peu…
— Pour devenir comme toi ? Pas vraiment envie.
— Ah ! Commence pas ! cracha le Crapaud, la bouche pleine.
— Alors change de sujet. Tu me dégoûtes à parler comme ça. Tu sais, quoi, Raoul ? Tu as le don de gommer le beau, autour de toi. On te laisserait seul à côté d’un Rembrandt, au bout de quatre heures, il n’y aurait plus qu’une toile blanche et des clous.
— Attention ! Je vais mal le prendre ! s’exclama le Crapaud en pointant son couteau vers Philippe.
— Et ça changera quoi ? Tu ne me fais pas peur. Je n’ai pas besoin de ton argent parce que ton argent, c’est moi qui l’ai fait. Et c’est moi qui t’ai choisi pour que tu continues à le faire fructifier. Je ne te savais pas si obscène, sinon je crois que j’aurais hésité… Comme quoi, l’âme des gens sait se travestir et la tienne, tu l’as planquée longtemps.
— Hé, oui ! Mon petit vieux, j’ai pris de l’assurance ! Je ne suis plus ton caniche… Et d’ailleurs, je voulais te dire…
Ça y est ! On approche du cœur de l’affaire. Je lui fais de l’ombre. Il ne me supporte plus.
— J’ai l’intention d’attaquer ta femme !
— Iris ? dit Philippe en s’étranglant.
— Tu en as une autre ?
Philippe secoua la tête.
— Elle est sur le marché, non ?
— On peut dire ça comme ça.
— Elle est sur le marché, elle ne va pas y rester longtemps. Alors je lance une OPA sur elle et je trouve plus sport de te prévenir. Ça ne te gêne pas ?
— Tu fais ce que tu veux. Nous sommes en instance de divorce.
Le Crapaud eut l’air une nouvelle fois déçu. Comme si une grande partie du charme d’Iris résidait dans le fait que Philippe l’aimait encore.