La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
(Une musique douce.)
Masque17.
Note 17: Le masque était une représentation allégorique qu'on donnait aux mariages des princes et aux fêtes des cours.
(Entre Iris.)
IRIS.-Cérès, bienfaisante déesse, laisse tes riches plaines de froment, de seigle, d'orge, de vesce, d'avoine et de pois; tes montagnes herbues où vivent les broutantes brebis, et tes plates prairies où elles sont tenues à couvert sous le chaume; tes sillons aux bords bien creusés et fouillés qu'Avril, gonflé d'humidité, embellit à ta voix, pour former de chastes couronnes aux froides nymphes; et tes bois de genêts qu'aime le jeune homme délaissé par la jeune fille qu'il aime; et tes vignobles ceints de palissades; et tes grèves stériles hérissées de rocs où tu vas respirer le grand air: la reine du firmament, dont je suis l'humide arc-en-ciel et la messagère, te le demande, et te prie de venir ici sur ce gazon partager les jeux de sa souveraine grandeur; ses paons volent vite: approche, riche Cérès, pour la recevoir.
(Entre Cérès.)
CÉRÈS.-Salut, messagère aux diverses couleurs, toi qui ne désobéis jamais à l'épouse de Jupiter; toi qui de tes ailes de safran verses sur mes fleurs des rosées de miel et de fines pluies rafraîchissantes, et qui des deux bouts de ton arc bleu couronnes mes espaces boisés et mes plaines sans arbrisseaux; toi qui fais une riche écharpe à ma noble terre: pourquoi ta reine m'appelle-t-elle ici sur la verdure de cette herbe menue?
IRIS.-Pour célébrer une alliance de vrai amour, et pour doter généreusement ces bienheureux amants.
CÉRÈS.-Dis-moi, arc céleste, sais-tu si Vénus ou son fils accompagnent la reine? Depuis qu'ils ont tramé le complot qui livra ma fille au ténébreux Pluton, j'ai fait serment d'éviter la honteuse société de la mère et de son aveugle fils.
IRIS.-Ne crains point sa présence ici. Je viens de rencontrer sa divinité fendant les nues vers Paphos, et son fils avec elle traîné par ses colombes. Ils croyaient avoir jeté quelque charme lascif sur cet homme et cette jeune fille, qui ont fait serment qu'aucun des mystères du lit nuptial ne serait accompli avant que l'hymen n'eût allumé son flambeau; mais en vain: l'amoureuse concubine de Mars s'en est retournée; sa mauvaise tête de fils a brisé ses flèches; il jure de n'en plus lancer, et désormais, jouant avec les passereaux, de n'être plus qu'un enfant.
CÉRÈS.-La plus majestueuse des reines, l'auguste Junon s'avance: je la reconnais à sa démarche.
(Entre Junon.)
JUNON.-Comment se porte ma bienfaisante soeur? Venez avec moi bénir ce couple, afin que leur vie soit prospère, et qu'ils se voient honorés dans leurs enfants.
(Elle chante.)
Honneur, richesses, bénédictions du mariage;
Longue continuation et accroissement de bonheur;
Joie de toutes les heures soit et demeure sur vous.
Junon chante sur vous sa bénédiction.
CÉRÈS.
Produits du sol, surabondance,
Granges et greniers toujours remplis;
Vignes couvertes de grappes pressées;
Plantes courbées sous leurs riches fardeaux;
Le printemps revenant pour vous au plus tard
A la fin de la récolte;
La disette et le besoin toujours loin de vous;
Telle est pour vous la bénédiction de Cérès.
FERDINAND.-Voilà la vision la plus majestueuse, les chants les plus harmonieux!… Y a-t-il de la hardiesse à croire que ce soient là des esprits?
PROSPERO.-Ce sont des esprits que par mon art j'ai appelés des lieux où ils sont retenus, pour exécuter ces jeux de mon imagination.
FERDINAND.-O que je vive toujours ici! Un père, une épouse, si rares, si merveilleux, font de ce lieu un paradis.
(Junon et Cérès se parlent bas, et envoient Iris faire un message.)
PROSPERO.-Silence, mon fils: Junon et Cérès s'entretiennent sérieusement tout bas. Il reste quelque autre chose à faire. Chut! pas une syllabe, ou notre charme est rompu.
IRIS.-Vous qu'on appelle naïades, nymphes des ruisseaux sinueux, avec vos couronnes de jonc et vos regards toujours innocents, quittez l'onde ridée, et venez sur ce gazon vert obéir au signal qui vous appelle: Junon l'ordonne. Hâtez-vous, chastes nymphes; aidez-nous à célébrer une alliance de vrai amour: ne vous faites pas attendre.
(Entrent des nymphes.)
Et vous, moissonneurs armés de faucilles, brûlés du soleil et fatigués d'août, quittez vos sillons, et livrez-vous à la joie. Chômez ce jour de fête; couvrez-vous de vos chapeaux de paille de seigle, et que chacun de vous se joigne à l'une de ces fraîches nymphes dans une danse rustique.
(Entrent des moissonneurs dans le costume de leur état; ils se joignent aux nymphes et forment une danse gracieuse vers la fin de laquelle Prospero tressaille tout à coup et prononce les mots suivants; après quoi les esprits disparaissent lentement avec un bruit étrange, sourd et confus.)
PROSPERO.-J'avais oublié l'odieuse conspiration de cette brute de Caliban et de ses complices contre mes jours: l'instant où ils doivent exécuter leur complot est presque arrivé. (Aux esprits.) Fort bien… Éloignez-vous. Rien de plus.
FERDINAND.-Voilà qui est étrange! Votre père est agité par quelque passion qui travaille violemment son âme.
MIRANDA.-Jamais jusqu'à ce jour je ne l'ai vu troublé d'une si violente colère.
PROSPERO.-Vous avez l'air ému, mon fils, comme si vous étiez rempli d'effroi. Soyez tranquille. Maintenant voilà nos divertissements finis; nos acteurs, comme je vous l'ai dit d'avance, étaient tous des esprits; ils se sont fondus en air, en air subtil; et, pareils à l'édifice sans base de cette vision, se dissoudront aussi les tours qui se perdent dans les nues, les palais somptueux, les temples solennels, notre vaste globe, oui, notre globe lui-même, et tout ce qu'il reçoit de la succession des temps; et comme s'est évanoui cet appareil mensonger, ils se dissoudront, sans même laisser derrière eux la trace que laisse le nuage emporté par le vent. Nous sommes faits de la vaine substance dont se forment les songes, et notre chétive vie est environnée d'un sommeil.-Seigneur, j'éprouve quelque chagrin: supportez ma faiblesse; ma vieille tête est troublée; ne vous tourmentez point de mon infirmité. Veuillez rentrer dans ma caverne et vous y reposer. Je vais faire un tour ou deux pour calmer mon esprit agité.
FERDINAND ET MIRANDA.-Nous vous souhaitons la paix.
PROSPERO, à Ariel.-Arrive rapide comme ma pensée.-(A Ferdinand et Miranda.) Je vous remercie.-Viens, Ariel.
ARIEL.-Je suis uni à tes pensées. Que désires-tu?
PROSPERO.-Esprit, il faut nous préparer à faire face à Caliban.
ARIEL.-Oui, mon maître. Lorsque je fis paraître Cérès, j'avais eu l'idée de t'en parler; mais j'ai craint d'éveiller ta colère.
PROSPERO.-Redis-moi où tu as laissé ces misérables.
ARIEL.-Je vous l'ai dit, seigneur: ils étaient enflammés de boisson, si remplis de bravoure qu'ils châtiaient l'air pour leur avoir soufflé dans le visage, et frappaient la terre pour avoir baisé leurs pieds; mais toujours suivant leur projet. Alors j'ai battu mon tambour: à ce bruit, comme des poulains indomptés, ils ont dressé les oreilles, porté en avant leurs paupières, et levé le nez du côté où ils flairaient la musique. J'ai tellement charmé leurs oreilles, que, comme des veaux, appelés par le mugissement de la vache, ils ont suivi mes sons au milieu des ronces dentées, des bruyères, des buissons hérissés, des épines qui pénétraient la peau mince de leurs jambes. A la fin, je les ai laissés dans l'étang au manteau de boue qui est au delà de ta grotte, s'agitant de tout le corps pour retirer leurs pieds enfoncés dans la fange noire et puante du lac.