Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Jean-Christophe Tome I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Jean-Christophe Tome I

Электронная книга - «Jean-Christophe Tome I». Краткое содержание книги:

Vaste roman cyclique, ce roman fleuve est un signe d'amour et d'espoir adress? ? la g?n?ration suivante. Le h?ros, un musicien de g?nie, doit lutter contre la m?diocrit? du monde. M?lant r?alisme et lyrisme, cette fresque est le tableau du monde de la fin du XIX?me si?cle au d?but du vingti?me.
1 ... 9 10 11 12 13 14 15 16 17 ... 23
Перейти на страницу:

Maintenant, sa plus grande joie est quand sa m?re doit passer la journ?e en service, ou faire une course en ville. Il ?coute ses pas descendre dans l’escalier: les voil? dans la rue; ils s’?loignent. Il est seul. Il ouvre le piano, il approche une chaise, il se juche dessus; ses ?paules arrivent ? hauteur du clavier: c’est assez pour ce qu’il veut. Pourquoi attend-il d’?tre seul? Personne ne l’emp?cherait de jouer, pourvu qu’il ne f?t pas trop de bruit. Mais il a honte devant les autres, il n’ose pas. Et puis, on cause, on se remue: cela g?te le plaisir. C’est tellement plus beau, quand on est seul!… Christophe retient son souffle, pour que ce soit plus silencieux encore, et aussi parce qu’il est un peu ?mu, comme s’il allait tirer un coup de canon. Le c?ur lui bat, en appuyant le doigt sur la touche; quelquefois, il le rel?ve, apr?s l’avoir enfonc? ? moiti?, pour le poser sur une autre. Sait-on ce qui va sortir de celle-ci, plut?t que de celle-l??… Tout ? coup, le son monte: il y en a de profonds, il y en a d’aigus, il y en a qui tintent, il y en a d’autres qui grondent. L’enfant les ?coute longuement, un ? un, diminuer et s’?teindre; ils se balancent comme les cloches, lorsqu’on est dans les champs, et que le vent les apporte et les ?loigne tour ? tour; puis, quand on pr?te l’oreille, on entend dans le lointain d’autres voix diff?rentes qui se m?lent et tournent, ainsi que des vols d’insectes; elles ont l’air de vous appeler, de vous attirer loin… loin… de plus en plus loin, dans les retraites myst?rieuses, o? elles plongent et s’enfoncent… Les voil? disparues!… Non! elles murmurent encore… Un petit battement d’ailes… Que tout cela est ?trange! Ce sont comme des esprits. Qu’ils ob?issent ainsi, qu’ils soient tenus captifs dans cette vieille caisse, voil? qui ne s’explique point!

Mais le plus beau de tout, c’est quand on met deux doigts sur deux touches ? la fois. Jamais on ne sait au juste ce qui va se passer. Quelquefois, les deux esprits sont ennemis; ils s’irritent, ils se frappent, ils se ha?ssent, ils bourdonnent d’un air vex?; leur voix s’enfle; elle crie, tant?t avec col?re, tant?t avec douceur. Christophe adore ce jeu: on dirait des monstres encha?n?s, qui mordent leurs liens, qui heurtent les murs de leur prison; il semble qu’ils vont les rompre et faire irruption au dehors, comme ceux dont parle le livre de contes, les g?nies emprisonn?s dans des coffrets arabes sous le sceau de Salomon. – D’autres vous flattent: ils t?chent de vous enj?ler; mais ils ne demandent qu’? mordre et ils ont la fi?vre. Christophe ne sait pas ce qu’ils veulent: ils l’attirent et le troublent; ils le font presque rougir. – Et d’autres fois encore, il y a des notes qui s’aiment: les sons s’enlacent, comme, on fait avec les bras, quand on se baise; ils sont gracieux et doux. Ce sont les bons esprits; ils ont des figures souriantes et sans rides; ils aiment le petit Christophe, et le petit Christophe les aime; il a les larmes aux yeux de les entendre, et il ne se lasse pas de les rappeler. Ils sont ses amis, ses chers, ses tendres amis…

Ainsi l’enfant se prom?ne dans la for?t des sons, et il sent autour de lui des milliers de forces inconnues, qui le guettent et l’appellent, pour le caresser, ou pour le d?vorer.

Un jour, Melchior le surprit. Il le fit tressauter de peur avec sa grosse voix. Christophe, se croyant en faute, porta ses mains ? ses oreilles pour les pr?server des redoutables claques. Mais Melchior ne grondait pas, par extraordinaire; il ?tait de bonne humeur, il riait.

– Cela t’int?resse donc, gamin? demanda-t-il, en lui tapant amicalement la t?te. Veux-tu que je t’apprenne ? jouer?

S’il le voulait!… Il murmura que oui, ravi. Ils s’assirent tous deux devant le piano, Christophe juch?, cette fois, sur une pile de gros livres; et, tr?s attentif, il prit sa premi?re le?on. Il apprit d’abord que ces esprits bourdonnants avaient de singuliers noms, des noms ? la chinoise, d’une seule syllabe, ou m?me d’une seule lettre. Il en fut ?tonn?, il les imaginait autres: de beaux noms caressants, comme les princesses des contes de f?es. Il n’aimait pas la familiarit? avec laquelle son p?re en parlait. Du reste, quand Melchior les ?voquait, ce n’?taient plus les m?mes ?tres; ils prenaient un air indiff?rent, en se d?roulant sous ses doigts. Cependant Christophe fut content d’apprendre les rapports qu’il y avait entre eux, leur hi?rarchie, ces gammes qui ressemblent ? un roi, commandant une arm?e, ou ? une troupe de n?gres attach?s ? la file. Il vit avec ?tonnement que chaque soldat, ou chaque n?gre, pouvait devenir ? son tour monarque, ou t?te de colonne d’une troupe semblable, et m?me qu’on pouvait en d?rouler des bataillons entiers, du haut en bas du clavier. Il s’amusait ? tenir le fil qui les faisait marcher. Mais tout cela ?tait devenu plus pu?ril que ce qu’il voyait d’abord: il ne retrouvait plus sa for?t enchant?e. Pourtant il s’appliquait: car ce n’?tait pas ennuyeux, et il ?tait surpris de la patience de son p?re. Melchior ne se lassait point; il lui faisait recommencer la m?me chose dix fois. Christophe ne s’expliquait pas qu’il se donn?t tant de peine: son p?re l’aimait donc? Qu’il ?tait bon! L’enfant travaillait, le c?ur plein de reconnaissance.

Il e?t ?t? moins satisfait, s’il avait su ce qui se passait dans la t?te de son ma?tre.

*

? partir de ce jour, Melchior l’emmena chez un voisin, o? l’on avait organis?, trois fois par semaine, des s?ances de musique de chambre. Melchior tenait le premier violon, Jean-Michel le violoncelle. Les deux autres ?taient un employ? de banque, et le vieil horloger de la Schillerstrasse. De temps en temps, le pharmacien venait se joindre ? eux et apportait sa fl?te. On arrivait ? cinq heures, et on restait jusqu’? neuf. Apr?s chaque morceau, on absorbait de la bi?re. Des voisins entraient et sortaient, ?coutaient sans mot dire, debout contre le mur, hochaient la t?te, remuaient le pied en mesure, et remplissaient la chambre de nuages de tabac. Les pages succ?daient aux pages, les morceaux aux morceaux, sans que rien p?t lasser la patience des ex?cutants. Ils ne parlaient pas, contract?s d’attention, le front pliss?, poussant de loin en loin un grognement de plaisir, parfaitement incapables d’ailleurs non seulement d’exprimer la beaut? d’un morceau, mais m?me de la sentir. Ils ne jouaient ni tr?s juste ni tr?s en mesure; mais ils ne d?raillaient jamais, et suivaient fid?lement les nuances qui ?taient marqu?es. Ils avaient cette facilit? musicale, qui se contente ? peu de frais, cette perfection dans la m?diocrit?, qui abonde dans la race qu’on dit la plus musicienne du monde. Ils en avaient aussi la voracit? de go?t, peu difficile sur la qualit? des aliments, pourvu que la quantit? y soit, ce robuste app?tit, pour qui toute musique est bonne, d’autant plus qu’elle est plus substantielle, – et qui ne fait pas de diff?rence entre Brahms et Beethoven, ou, dans l’?uvre d’un m?me ma?tre, entre un concerto creux et une sonate ?mouvante, parce qu’ils sont de la m?me p?te.

Christophe se tenait ? l’?cart, dans un coin qui lui appartenait, derri?re le piano. Nul ne pouvait l’y d?ranger: car il fallait, pour y entrer, qu’il march?t ? quatre pattes. Il y faisait ? moiti? nuit; et l’enfant avait juste la place de s’y tenir, couch? sur le plancher, en se recroquevillant. La fum?e du tabac lui entrait dans les yeux et la gorge; et aussi, la poussi?re: il y en avait de gros flocons, comme des toisons de brebis; mais il n’y prenait pas garde, et ?coutait gravement, assis sur ses jambes, ? la turque, et ?largissant les trous dans la toile du piano avec ses petits doigts sales. Il n’aimait pas tout ce qu’on jouait; mais rien de ce qu’on jouait ne l’ennuyait, et il ne cherchait jamais ? formuler ses opinions: car il croyait qu’il ?tait trop petit et qu’il n’y connaissait rien. Tant?t la musique l’endormait, tant?t elle le r?veillait; en aucun cas, elle n’?tait d?sagr?able. Sans qu’il le s?t, c’?tait presque toujours la bonne musique qui l’excitait. S?r de n’?tre point vu, il faisait des grimaces avec toute sa figure; il fron?ait le nez, il serrait les dents, ou il tendait la langue, il faisait des yeux col?res ou langoureux, il avait envie de marcher, de frapper, de r?duire le monde en poudre. Il se d?menait si bien qu’? la fin une t?te se penchait au-dessus du piano, et lui criait: «Eh bien, gamin, est-ce que tu es fou? Veux-tu laisser ce piano? Veux-tu ?ter ta main? je vais te tirer les oreilles!» ce qui le rendait penaud et furieux. Pourquoi venait-on lui troubler son plaisir? Il ne faisait pas de mal. Il fallait qu’on le pers?cut?t toujours! Son p?re faisait chorus. On lui reprochait de faire du bruit, de ne pas aimer la musique. Il finissait par le croire. – On e?t bien ?tonn? les honn?tes fonctionnaires, occup?s ? moudre des concertos, si on leur avait dit que le seul de la soci?t? qui sentit vraiment la musique ?tait ce petit gar?on.

Si l’on voulait qu’il se t?nt tranquille, pourquoi lui jouait-on des airs qui font marcher? Il y avait dans ces pages des chevaux emport?s, des ?p?es, les cris de la guerre, l’orgueil du triomphe; et l’on aurait voulu qu’il rest?t, ainsi qu’eux, ? branler la t?te et ? marquer la mesure avec son pied. On n’avait qu’? lui jouer des r?veries placides, ou de ces pages bavardes, qui parlent pour ne rien dire; il n’en manque pas en musique: ce morceau de Goldmark, par exemple, dont le vieil horloger disait tout ? l’heure, avec un sourire ravi: «C’est joli. Il n’y a pas d’asp?rit?s. Tous les angles sont arrondis…» Le petit ?tait bien tranquille alors. Il s’assoupissait. Il ne savait pas ce qu’on jouait; m?me il finissait par ne plus l’entendre; mais il ?tait heureux, ses membres s’engourdissaient, il r?vassait.

1 ... 9 10 11 12 13 14 15 16 17 ... 23
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)