Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Hipponicus tiqua. « La totalité du corps expéditionnaire ?
— Moins les défunts, répondit Créon d’un air sinistre.
— Mais… et le reste du pays ? » demanda le marchand, visiblement secoué. Il avait des propriétés dans l’intérieur des terres. « Si la majorité de nos soldats se retranche dans la capitale, les troupes d’Antiochos auront toute latitude pour piller et incendier la contrée ! »
Tu pilles d’abord, tu incendies après ! Everard se rappela cette blague du XXe siècle, que l’on connaissait sûrement dans les époques antérieures ; tout bien considéré, elle n’était pas vraiment drôle, mais à l’approche d’une catastrophe, même l’humour noir est source de détente.
« N’aie crainte », dit Zoilus d’une voix apaisante. Ainsi qu’Hipponicus l’avait expliqué à Everard, le ministre du Trésor avait des contacts dans tout le royaume. Sous son nez proéminent, ses lèvres esquissèrent un sourire pincé. « Notre roi sait ce qu’il fait. Tant que ses forces resteront concentrées ici, l’ennemi n’osera pas s’éloigner. Sinon, nous risquerions d’envoyer des détachements l’attaquer par surprise et réduire ses troupes. N’est-ce pas, Créon ?
— Ce n’est pas aussi simple, surtout sur le long terme. » Le regard dont l’officier gratifiait le fonctionnaire en disait long : Vous autres, les civils, vous vous prenez toujours pour de fins stratèges. « Mais Antiochos joue la prudence, c’est exact. On n’a guère de peine à s’en rendre compte. Après tout, notre armée est encore d’attaque et il est très loin de ses bases. »
Everard, qui avait observé un silence respectueux face à ces deux dignitaires, décida de hasarder une question. « Qu’est-il arrivé exactement, sire ? Peux-tu nous répéter ce que les dépêches t’ont appris ? »
Quoique un rien condescendant, Créon lui répondit sur un ton affable, un guerrier s’adressant à un autre. « Les Syriens ont avancé le long de la rive sud de l’Arios. » C’est-à-dire la rivière Hari Rud à l’époque d’Everard. « S’ils n’avaient pas procédé ainsi, ils auraient dû traverser le désert. Euthydème savait qu’Antiochos allait l’attaquer, bien sûr. Cela faisait longtemps qu’il s’y attendait. »
Naturellement, songea Everard. Cette guerre couvait depuis une soixantaine d’années, depuis que le satrape de Bactriane s’était révolté contre la monarchie séleucide pour déclarer l’indépendance de sa province et s’en proclamer le roi.
Les Parthes s’étaient soulevés à peu près en même temps, précisément dans le même but. De souche iranienne quasi pure – des Aryens, au sens premier du terme –, ils se considéraient comme les héritiers de l’Empire perse qu’Alexandre avait conquis et dont ses généraux s’étaient partagé les dépouilles. Les descendants de Séleucos, l’un des généraux en question, qui avaient déjà fort à faire avec leurs rivaux à l’ouest, s’étaient soudain retrouvés menacés sur leurs arrières.
Ils régnaient actuellement sur la Cilicie (qui correspondait au centre et au sud de la Turquie du temps d’Everard) et sur la région de Laodicée, au bord de la Méditerranée. Leurs provinces et leurs États vassaux recouvraient la plus grande partie de la Syrie, de la Mésopotamie et de la Perse (l’Irak et l’Iran du XXe siècle). Si ce royaume était le plus souvent qualifié de syrien, ses souverains étaient gréco-macédoniens, parfois métissés de levantins, et leurs sujets appartenaient aux ethnies les plus diverses. Antiochos III en avait reconstitué l’unité après qu’il eut été secoué par une série de conflits armés et de guerres civiles. Il avait monté une première expédition en Parthie (le nord-est de l’Iran) et soumis les rebelles – pour le moment. À présent, il était bien décidé à reconquérir la Bactriane et la Sogdiane. Par la suite, il ambitionnait de s’emparer de nouvelles terres au sud, voire de marcher sur l’Inde…
«… a gardé ses espions et ses éclaireurs sur la brèche. Il a pris position au niveau du gué que les Syriens étaient obligés d’emprunter. » Créon soupira. « Mais Antiochos est un homme rusé, et aussi audacieux qu’il est résistant. Peu avant l’aube, il a envoyé un bataillon de piquiers…»
L’armée bactrienne, tout comme la parthe, était en majorité constituée de cavaliers. Cela était conforme non seulement à la tradition, mais aussi au terrain asiatiques ; cependant, ces cavaliers étaient terriblement vulnérables la nuit, lorsqu’ils se retiraient à une distance qu’ils espéraient suffisante pour les protéger de l’ennemi.
«… qui a repoussé nos détachements vers le gros de nos troupes. Les siennes n’ont pas tardé à suivre. Euthydème a estimé qu’il était plus sage de battre en retraite, de se regrouper et de gagner notre cité. En chemin, des renforts sont venus grossir son corps expéditionnaire. Quant à Antiochos, il est à sa poursuite mais garde ses distances. On n’a assisté depuis qu’à quelques escarmouches. »
Hipponicus se rembrunit. « Si j’en crois ce que je sais d’Antiochos, voilà qui ne lui ressemble guère. »
Créon haussa les épaules, vida sa coupe et la tendit à un esclave. « Nos espions affirment qu’il a été blessé lors du passage du gué. Pas assez pour l’immobiliser, de toute évidence, mais peut-être suffisamment pour le ralentir.
— Cependant, dit Zoilus, il a eu tort à mon sens de ne pas profiter sur-le-champ de son avantage. Bactres est bien approvisionnée. Ses murs sont imprenables. Une fois à l’abri, le roi Euthydème…
— Peut attendre patiemment qu’Antiochos nous affame en montant un blocus ? coupa Hipponicus. J’espère que telle n’est pas son intention ! »
Sachant quel cours allaient suivre les événements, Everard s’autorisa à intervenir. « Pas nécessairement. Si j’étais à la place de votre souverain, je commencerais par me retrancher ici, en effet, mais pour mieux préparer une sortie et livrer une nouvelle bataille, gardant la possibilité de m’abriter à nouveau dans la cité en cas de défaite. »
Créon opina.
« Une redite de la guerre de Troie ? protesta Hipponicus. Que les dieux nous accordent une issue plus favorable ! » Il inclina sa coupe et fit couler quelques gouttes sur le sol.
« N’aie crainte, répéta Zoilus. Notre roi est plus sage que Priam. Et son fils aîné, Démétrios, a l’étoffe d’un nouvel Alexandre. » Visiblement, cet homme était avant tout un courtisan.
Mais ce n’était pas pour autant un simple flagorneur, sinon Hipponicus n’aurait pas souhaité sa présence. Dans ce cas précis, il ne faisait qu’énoncer la vérité. Euthydème était un authentique autodidacte, un aventurier originaire de Magnésie qui s’était emparé de la couronne de Bactriane ; mais c’était aussi un combattant rusé doublé d’un gouverneur compétent. Dans les années à venir, Démétrios traverserait l’Hindu Kuch pour conquérir une bonne partie du domaine de l’empire Maurya alors en pleine décadence.
À moins que les Exaltationnistes ne triomphent malgré tout, à moins que l’avenir dont venait Everard ne soit annihilé.
« Eh bien, j’ai intérêt à fourbir mes armes, soupira Hipponicus. Outre moi-même, il y a dans cette demeure… trois hommes en âge de combattre. Mes fils…» Il ne put réprimer une grimace.
« Bien, gronda Créon. Nous avons revu notre organisation. Présente-toi à Philippe, fils de Xanthe, dans la tour Orion. »
Hipponicus se tourna vers Everard. Leurs bras se touchaient. Le Patrouilleur sentit son hôte frémir.
Zoilus prit la parole, non sans méchanceté. « Si tu ne souhaites pas participer à notre guerre, Méandre, il vaudrait mieux partir sur-le-champ.