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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Ce ne sont pas des spaghettis ordinaires, ils ont été cuisinés avec amour par Rupert. Il n’était pas obligé de…

— Fais chier ! criait Hortense en repoussant son assiette, renversant le verre de mauvais vin rouge sur la table basse. Arrête de me culpabiliser, l’ayatollah !

Elle s’enfuyait dans sa chambre et hurlait qu’elle les détestait tous. TOUS.

— Mais qu’est-ce qu’elle a ? demandait Tom en remettant ses chaussettes trouées sur la table. Elle a un problème ?

Peter reprenait du fromage râpé et expliquait, sévère :

— Elle pensait qu’elle allait crouler sous les propositions après son show chez Harrods et que dalle ! Niente ! Alors forcément la Princesse est dégoûtée… C’est très bien, ça va lui apprendre à vivre…

Jean le Boutonneux souriait finement et déclarait que les spaghettis étaient délicieux, il n’en restait pas un peu ?

Shirley ne comprenait plus rien.

Elle regardait sa vie lui échapper et hésitait à la comparer à un champ de décombres ou à une aube nouvelle. Elle avait l’impression que les événements arrivaient malgré elle. En bourrasques. Chargées de faire le ménage.

La vie balayait son bonheur. Ce bonheur qu’elle avait mis tant d’années à construire. Et lui en proposait un autre en lui présentant un homme dont elle ne connaissait pas le mode d’emploi.

Il y a six mois encore, elle tenait bien droite, les mains sur les hanches, et se félicitait. Se vantait presque… Elle avait un fils, un beau garçon, équilibré, honnête, droit, intelligent, drôle, tendre, son amour, son complice. Un corps qu’elle pouvait tremper dans l’eau glacée des étangs de Hampstead sans qu’il éternue ni ne tousse. Une fondation à laquelle elle consacrait son temps et l’argent qui lui venait de sa mère, cet argent qu’elle avait si longtemps refusé… et des amants quand elle avait envie d’exorciser de noirs démons. Ceux qui lui restaient d’un passé qu’elle ne comprenait pas très bien, mais qu’elle acceptait en se disant je suis comme ça et alors ? Nous avons tous nos démons…

Que celui qui n’abrite pas un diablotin en son sein me jette la première pierre…

Elle avait mis tant de temps à se fabriquer ce bonheur, à le construire de ses propres mains, à le consolider, à l’étayer, à l’orner de frises, de guirlandes, de belles poutres imputrescibles… et la vie donnait un coup de pied dans cet édifice qu’elle chérissait.

Comme si le bonheur ne devait pas durer.

Comme si ce n’était qu’une étape, un moment de répit, avant d’affronter une nouvelle épreuve…

Cela avait commencé avec les questions de Gary sur son père. Un soir, dans sa cuisine, près du lave-vaisselle. Elle avait senti Dame Vie s’approcher, poser la main sur son épaule, lui dire prépare-toi, ma belle, va y avoir du grabuge. Elle avait encaissé en boxeur cabossé. S’était habituée à cette idée. L’avait apprivoisée, en avait enlevé les épines, en avait fait une belle rose, lisse, longue, ouverte, odorante. Cela avait nécessité du travail. Un travail sur elle-même. Lâcher prise, comprendre, sourire, lâcher prise, comprendre, sourire.

Et recommencer.

Puis il y avait eu le voyage en Écosse. Elle n’avait pas aimé en être informée par un message sur son répondeur. Il m’a appelée alors qu’il savait que j’étais occupée, que je ne pouvais pas répondre… Il fuyait. Il me fuyait.

L’irruption de Gary, un matin, chez elle… Le sac de croissants jeté sur le lit et cette exclamation. Pas lui ! Pas lui !…

Et enfin, le brusque départ pour New York.

Cette fois-là, elle avait reçu un mail. Elle détestait cette technologie nouvelle qui permet aux hommes de s’éclipser en se croyant quittes. De disparaître de votre vie en gardant le beau rôle.

Les mots écrits par Gary étaient nobles et beaux.

Mais elle ne les aimait pas. Elle n’aimait pas que son fils lui parle comme un homme.

« Shirley… »

Et voilà qu’il l’appelait par son prénom ! Il ne l’avait jamais appelée par son prénom :

« Je pars pour New York. J’attendrai là-bas de savoir si je suis pris à la Juilliard School. Je ne veux plus rester ici. Trop de choses se sont passées que je n’aime pas… »

C’était quoi, ce « trop de choses » ? La rencontre avec son père ? Oliver dans son lit ? Une histoire avec une fille ? Une nouvelle dispute avec Hortense ?

« Mère-Grand est au courant. Elle va m’aider au début… »

Mère-Grand avait été consultée, elle. Mère-Grand avait donné son accord.

« J’ai besoin de vivre seul. Tu as été une mère parfaite, admirable, un père et une mère à la fois, tu m’as élevé avec sagesse, tact et humour et je t’en serai à jamais reconnaissant… Si je suis devenu ce que je suis, c’est grâce à toi et je t’en remercie. Mais aujourd’hui, il faut que je parte et que tu me laisses partir. Fais-moi confiance. Gary. »

Et voilà ! Expédiée, en quelques lignes.

Il y avait un post-scriptum.

« Dès que je serai installé, je te donnerai mon adresse et un numéro de téléphone. Pour le moment, tu peux m’envoyer des mails. Je les consulte régulièrement. Ne te fais pas de souci. Take care… »

Fin du message. Fin d’une époque où elle avait été heureuse.

Plus heureuse qu’avec n’importe quel homme.

Et maintenant, je fais quoi ? marmonnait-elle en regardant les voitures dans la rue, les passants sous des parapluies retroussés par le vent, la bouche du métro qui les aspirait, petites fourmis pressées. Bourrasques de pluie, bourrasques de vie.

La vie n’aime pas l’immobilité.

Et Oliver était entré en scène.

Sa mine de roi modeste, son rire d’ogre doux…

Un rire sur plusieurs octaves qui débordait sur les mots, cela faisait un torrent de grognements joyeux, c’était irrésistible. On l’entendait rire de loin, on souriait, on se disait en l’enviant un peu, tiens voilà un homme heureux !

Sa manière de faire l’amour comme on fait du bon pain…

Ses mains qui la pétrissaient de caresses, de promesses, de paix sur la terre aux hommes et aux femmes qui s’aiment…

Ses baisers tendres, attentifs, presque respectueux, alors qu’au plus profond d’elle piaffait une demande exigeante, la trace d’une ancienne blessure qui ne demandait qu’à être rouverte, à s’épancher… Pas comme ça, pas comme ça… Ces mots ne finissaient pas de s’engouffrer dans les baisers d’Oliver, dans ses regards étonnés, bienveillants, dans ses étreintes où elle piétinait attendant autre chose, autre chose qu’elle n’osait pas formuler…

Qu’elle ne savait pas formuler…

Elle tournait en rond. Elle s’énervait. Elle avait envie de le blesser, de lui planter des banderilles, mais il ouvrait grand les bras, ouvrait grand sa vie pour qu’elle s’y fasse une place.

Il réclamait son âme.

Et elle avait un problème avec son âme.

Elle ne voulait la partager avec personne. Ce n’était pas de sa faute.

Elle avait appris à se défendre, à donner des coups, elle n’avait jamais appris à s’abandonner. Elle donnait en comptant les pièces, méfiante comme une épicière qui rend la monnaie et ne fait pas crédit d’un penny.

Elle se laissait enlacer, allonger sur le grand lit, tentait de toutes ses forces de le suivre, de parler son langage. Se relevait, furieuse, brossait ses cheveux à s’en faire saigner le cuir chevelu, prenait une douche brûlante, une douche glacée, s’étrillait, furieuse, au gant de crin, serrait les dents, lui jetait des regards noirs.

Il partait. Il reviendrait ce soir. Il l’emmènerait écouter un concert avec des préludes de Chopin, tu sais celui que tu aimes bien, l’opus 28, puis ils iraient dîner dans ce petit restaurant sur Primrose Hill qu’il avait repéré l’autre soir en rentrant d’un enregistrement et ils regarderaient Londres du haut des collines en buvant un bon vieux vin français, bourgogne ou bordeaux ? moi, j’aime les deux, concluait-il en éclatant de son rire à octaves.

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